‹ L'art et les artistes hollandais (volume 4)Chapitre 29 sur 61 · GO VE RT F LIN CK · texte numérisé non relu

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fortement commandité notre peintre, car, dès 1644, celui-ci se voyait obligé d’hypothéquer sa nouvelle acquisition i.

C’est peu après cet appel au crédit que Flinck eut l’honneur d’être fiancé avec celle qui allait devenir sa femme. Elle se nommait Ingitta Thovelingh et était originaire de Rotterdam. Après la mort de son père, elle était venue avec sa mère s’établir à Amsterdam. Toutes deux étaient allées loger sur le Koningsgraclit.

La famille Thovelingh appartenait au patriciat de Rotterdam. Houbraken nous dit que le père d’Ingitta avait exercé les fonctions enviées d’administrateur de la Compagnie des Indes (Beivinthebber des Oostindische maatschappÿ). Les généalogies de la famille Thovelingh ne nous révèlent rien de pareil; mais, quoi qu’il en soit, Claes Maertens Thoofling (il écrivait ainsi son nom) était un personnage d’importance.

Marié à Maria Dircksz Bosch, il avait eu d’elle quatre enfants. Trois garçons, Maerten, Dirck, Pieter, et une fille, Ingitta, celle qui allait épouser Govert Flinck.

Au premier abord-, pour qui connaît bien la société hollandaise de ce temps, l’estime fort relative dans laquelle on tenait les artistes, et la morgue patricienne des familles riches, ce mariage ne laisse pas que de surprendre.

Malgré son talent, malgré ses relations brillantes, malgré la protection de la maison électorale de Brandebourg, et bien que Jan Mauritz de Nassau, gouverneur et feld-maréchal de Clèves, eût honoré l’atelier du Lauriergracht d’une visite courtoise, Govert Flinck était un bien mince personnage pour prétendre à une pareille union. Il semble qu’il y ait là une sorte de mystère qui mérite d’être éclairci.

1. Voir Scheltema, Aemstels oudlieid, t. II, p. 1 3 1 . Le montant de l’hypothèque était de 4,000 florins, empruntés à 5 pour 100.

L’ART HOLLANDAIS

Après avoir longtemps cherché, je crois avoir trouvé la clef de ce mystère dans un document singulier, fort peu connu, lequel nous a été transmis par une des célébrités médicales de ce temps, le fameux docteur Tulp, protecteur de Rembrandt, dont nous voyons le portrait dans la

Leçon d’anatomie.

De ce document, il semble résulter que si notre jeune fiancée était d’un sang patricien, ce sang n’était point, par contre, d’une pureté extrême; et la mort de ses quatre frères, qui s’en allèrent de vie à trépas sans avoir pu se marier, prouve en outre que les enfants des Thovelingh n’étaient point d’une défaite facile. Pour Ingitta, son sang vicié se compliquait d’une maladie terrible qui, dans les derniers temps de sa vie, lui donnait l’apparence d’un monstre. Elle était hydropique.

Après sa mort, son autopsie fut pratiquée par le chirurgien Job Meekeren, en présence des docteurs Samuel Coster, Guillaume Pison, Frans Vicq, Sylvius et Saga. C’est le procès-verbal de cette autopsie que nous a conservé le docteur Tulp. Il fut publié dans la troisième édition d’un livre devenu assez rare aujourd’hui 1 , et comme ce livre est rédigé en latin, le brave docteur y prend ses coudées franches. Pour la curiosité du fait, nous donnons

i. Nicola'i Tulpii Amstelodamensis exconsulis observationes editio quinta, 1716, page 348. Ce livre très curieux, dont il a été publié en i65o une édition en hollandais, sous le titre de : Drie boeken der niedicijnsche aenmerkingen , contient, outre une foule de curiosités médicales, quelques renseignements sur des artistes d’Amsterdam, notamment au chap. xvxn du liv. Ier, et au chap. xi du liv. II. Depuis que ces lignes sont écrites, j’ai eu, grâce à la bienveillante attention de M. Rogge, bibliothécaire d’Amsterdam, la communication du procèsverbal d’autopsie tel qu’il fut rédigé par Van Meekeren. — Ce- procèsverbal figure dans un recueil intitulé : Heel en geneeskonstige aenmerkingen van Job van Meekeren in p yn leven Heelmeester der Stad, Admiraliteit, etc.; j’ai joint la traduction de ce procès-verbal avec la figure qui l’accompagne à la citation latine du docteur Tulp.

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