Voir Aemstels oudheid, tome I, page
3. « Voor ’t opmaken van een schets van Govert Flink. » Je dois la communication de ce renseignement à M. de Roever, archiviste-adjoint d’Amsterdam. Voir, au sujet de ces tableaux, Houbraken, loc. cit., et Wagenaer, Amsterdam in ^yne opkomst, tome VII, page 45.
L’ART HOLLANDAIS
achever aucune de ces œuvres dernières. La mort impitoyable l’enleva de ce monde le 2 février 1660 après quelques jours de maladie1.
Lorsque Govert Flinck mourut, la petite colonie artistique d’Amsterdam, dont il était l’un des membres les plus actifs, fut plongée dans une sorte de deuil. Ses derniers succès avaient attiré les regards sur sa sympathique personne. On commençait à voir en lui un maître dont le talent faisait honneur à l’école tout entière. « La douleur, a dit Condillac, n’est point la seule marque des regrets. » Aussi voulut-on consacrer le souvenir de cet événement douloureux par une sorte de petit monument durable. On frappa une médaille commémorative en argent, qui fut offerte aux amis du défunt et à ceux qui avaient été ses protecteurs. C’est ce pieux souvenir que nous reproduisons à la page 78 de cette monographie, et le dessin si délicat et si précis de notre ami Goutzwiller nous dispense de la décrire.
Sur cette médaille, on tint à rappeler la dernière œuvre du peintre; on plaça donc deux génies soutenant une couronne que traverse un rayon de la lumière céleste, réminiscence du Salomon, et Vondel composa un sixain, qui peut nous sembler aujourd’hui singulièrement ampoulé et empreint d’une emphatique exagération,
1. Houbraken là encore se trouve en faute. Il fait mourir Flinck le 2 décembre 1660, ce qui est en désaccord avec la médaille commémorative reproduite page 78.
GOVERT FLINCK.
mais qui, aux yeux des contemporains, ne dépassait pas assurément les bornes des louanges permises :
Ici repose de Flinclt l’enveloppe mortelle,
Alors que son immortel esprit Atteste, avec son glorieux pinceau,
Combien la nature révère le peintre,
Qui sur la toile donne la vie.
L’art brave impunément la mort et le tombeau.
Mais, en même temps que ces amis fidèles élevaient une sorte de piédestal à l’artiste défunt, les hommes de loi pénétraient dans la maison, et leur langage, pour être moins poétique, ne manque pas lui non plus d’une certaine éloquence. Il a celle des chiffres, qui en vaut bien une autre, et c’est par eux que nous allons connaître exactement quelle était au moment de sa mort la situation de fortune de notre peintre.
Certes cette situation était relativement brillante. Govert Flinck passa les dernières années de sa vie dans une douce aisance. Son pinceau lui rapportait de quoi vivre, ses deux mariages lui avaient été profitables; il avait le nécessaire dans l’acception la plus large du mot, car c’est une sorte de nécessité pour les artistes que de s’entourer d’objets d’art, de plâtres, de gravures, de tableaux.
Comme il avait du goût, sa maison était décorée d’une façon élégante; mais il y a loin, bien loin de ce confortable d’artiste au luxe que son fils, par une vanité rétrospective facilement explicable, aimait tant à vanter. A en croire Nicolaas Flinck, en effet, son père aurait habité une sorte de palais, tout peuplé de blanches statues, entièrement tapissé de chefs-d’œuvre de premier ordre. Hélas ! ces trop brillants souvenirs grossis par l’éloi-
IO
L’ART HOLLANDAIS
gnement étaient singulièrement exagérés, et Houbraken, en se faisant l’éditeur complaisant de ces merveilleuses descriptions, ne se doutait certes pas qu’un jour quelques pièces authentiques retrouvées, après de longues et pénibles recherches, viendraient s’inscrire en faux contre ses trop pompeux récits.
Ce fut le 18 mars 1660 que les maîtres de la Chambre des Orphelins d’Amsterdam, officiellement informés du décès de Govert Flinck, procédèrent à la nomination de deux tuteurs, pour veiller sur le fils mineur que le peintre laissait après lui, et pour gérer la fortune du jeune orphelin. Tout d’abord ils confièrent la tutelle à Maarten Thovelingh, le frère d’Ingitta, et par conséquent oncle maternel de l’enfant, lequel déjà, du vivant même du père, avait été son subrogé tuteur, puis ils lui adjoignirent Ian Claes Ansloo1.
Conjointement avec la veuve de Flinck, pourvue elle aussi d’un tuteur légal2, les deux tuteurs de Nicolaas Anthoni procédèrent au recensement et à l’estimation des biens laissés par le défunt, puis après règlement et liquidation des petites dettes courantes, ils dressèrent un inventaire de ses biens meubles et immeubles. Cet inventaire fut soumis le 12 octobre suivant à la Chambre des Orphelins, et approuvé par le docteur Nicolaas Tulp et par Me Joris Backer, les maîtres ( iveesmeesters ■) en service cette année-là. Le résumé de cet inventaire fut ensuite
1. Le nom de Ansloo est connu par le portrait et l’eau-forte que Rembrandt a faits du pasteur Ansloo et de sa femme. L’acte de constitution de tutelle, qui porte ce nom, figure au Vooghdjeboek, c. f° 204 Il était demeuré inconnu jusqu’à ce jour.
2. L’ancienne loi hollandaise traitait les femmes veuves en mineures, et, les considérant comme incapables de contracter à quelque titre que ce fût, leur adjoignait, pour la gestion de leurs biens, un tuteur légal.
GO VERT FLINCK.
transcrit sur le 3oe registre de la Chambre des Orphelins, au f° 5 v° ; c’est là que j’ai été assez heureux pour le découvrir. On en trouvera la minute exacte parmi les pièces justificatives qui accompagnent ce travail1. En voici la traduction débarrassée de toute phraséologie judiciaire et réduite aux faits essentiels :
i° Deux maisons sises suri e. Laurier gracht avec une clôture en planches par derrière sur la Laurierstraat et une sortie de ce côté, estimées 2 i8,ooon, s.
20 Une obligation de 2,000 florins placée sur la province de Hollande au comptoir de
Me Uitenbogaert, en date du i3 janvier 1654,
majorée par les intérêts en cours à 2,060 »
3° Une obligation de 1,600 florins placée comme plus haut, en date du 21 septembre
1 6 5 1 , majorée à r ,6 3 2 »
40 Une obligation de 1,200 florins placée comme plüs haut, en date du 23 mars 1639, majorée à 1,224 »
5° Une obligation de 1,200 florins sur la compagnie des Indes-Orientales, en date du Ier juillet 1660, majorée par quinze mois
d’intérêts à ' 1,260 »
6° Une obligation de 1,800 florins sur Hendrick Vervorst à Emmerick, en date du 11 mars, majorée par six mois d’intérêts à.. . . 1 ,836 »
A reporter. . . 26,012 »