Ce qu’on doit lire
1 635. De dienende hoomans syn gewest (c’est-à-dire : 1 635, les chefshommes de service ont été) :
Willem van den Bundel,
Aerrend Aerrents van Sanen,
Antoni Pallemedes Steuaerts,
Claes Claessen van Swieten.
L’ART HOLLANDAIS
peintres restituée; nous nous trouvons maintenant en présence des deux frères, bien faciles à distinguer. Palamedes Palamedesz, le cadet, loué par Bleyswijck et chanté par Cornelisde Bie, et Anthoni Palamedesz, l’aîné, honoré par ses confrères du titre de syndic de la Gilde de Saint- Luc, tous deux gens de talent, considérés, respectés, et ayant, chacun dans la sphère qu’il s’est choisie, conquis des droits sérieux à l’estime des amateurs.
Ce premier point établi, il s’agit maintenant de pénétrer plus avant dans l’existence de nos deux peintres et de soulever, s’il est possible, le voile qui nous dérobe leur vie de famille, leur existence privée. Peut-être la chose est-elle faisable, et leurs deux physionomies, mieux ■caractérisées par ces détails toujours piquants et curieux, gagneront assurément en précision et en netteté.
Les traits d’Anthoni Palamedes ne nous sont connus que par un dessin à l’encre de Chine et à la sépia, du Frison Tako-Hajo Jelgersma. Ce portrait, le seul que nous ayons rencontré1 et dont nous donnons une re-
i. A la vente de M. van der Willigen, j’ai acquis ce portrait, le croyant unique. Depuis, j’ai su que l’amateur de Haarlem en avait fait exécuter sous ses yeux une copie à l’encre de Chine, simulant un dessin ancien. Ce fait, si je suis bien renseigné, ne serait point unique, et M. van der Willigen, ainsi que M. Kramm, d’Utrecht, auraient commis un certain nombre de supercheries de ce genre. Les amateurs feront bien •de se tenir en garde contre ces surprises toujours désagréables et parfois fort coûteuses.
Tako-Hajo Jelgersma, l’auteur du dessin dont nous donnons un facsimilé, peintre et dessinateur, né en 1702 à Harlingen, mort dans la même ville en 1795, est connu par le grand nombre de portraits d’artistes qu’il exécuta, en vue sans doute de la gravure. Immerzeel, dans ses Levens en Werken, t. II, p. 85, donne quelques détails sur lui.
LES PALAMEDES.
production fac--similaire en tête de cette notice, avait été recueilli par M. A. van der Willigen, l’auteur de l’excellent livre intitulé les Artistes de Haarlem. Il porte comme légende « Ipse se pinx 1634 », indiquant qu’il n’est lui-même que la copie d’un auto-portrait exécuté par le peintre.
Qu’est devenu l’original? Je ne saurais le dire, mais le dessin de Jelgersma doit être ressemblant, car il est facile d’y reconnaître ce beau gentleman à la moustache retroussée, aux cheveux ébouriffés, à la collerette plissée, qui, le jarret tendu, l’œil provocant, fumant, causant ou pinçant de la guitare, occupe le centre d’un grand nombre des compositions d’Anthoni Palamedes. Sociétés, conversations, entretiens discrets ou corps de garde tapageurs, on le retrouve un peu partout, ce grand et beau garçon, et sa persistance nous dit assez que ce doit être là l’image du peintre plutôt que celle d’un modèle, d’un protecteur ou d’un ami. Cette physionomie brave, cette allure solide et robuste se rapportent, du reste, fort bien à ce que nous savons de notre artiste. Il atteignit en effet un âge avancé, et les fonctions honorifiques qu’il exerça dans la Gilde de Saint-Luc, jusqu’aux derniers temps de sa vie, montrent que, malgré les années, il avait conservé toute son énergie et toute son activité1.
Avec son frère, nous sommes encore plus favorisés. Nous possédons un portrait de Palamedes Palamedesz, peint par Antoine Van Dyck, ce qui n’est pas un mince honneur. Malheureusement, nous ne connaissons ce portrait que par une gravure de Paul Pontius, gravure assez médiocre, faite à la hâte et sans application, comme
1. Quelques amateurs avaient cru reconnaître notre peintre dans le portrait d’homme si ferme, si net, si voulu, du musée de Bruxelles. Solide peinture où une certaine raideur d’allure semble s’adapter assez
L’ART HOLLANDAIS
si le sujet n’eût point inspiré le graveur, et par deux copies de cette gravure, l’une exécutée par Houbraken1, pour son ouvrage : De groote Schouburgh der Nederlandsche konstschilders , et la seconde dessinée par G. Eisen et gravée par Le Grand, pour la Vie des peintres flamands et hollandais de Decamps2.
Palamedes Palamedesz — on en peut juger, du reste, par le fac-similé de la gravure de Houbraken que nous donnons à la fin de cette étude — était plutôt laid qu’autre chose. Sa figure avait un aspect inintelligent et un peu bestial. Son nez retroussé, sa bouche épaisse, sa mâchoire proéminente, sa tête enfoncée dans les épaules, tout cela était peu fait pour inspirer un portraitiste. Aussi le pinceau délicat de Van Dyck, ce maître inimitable en
bien à cette idée d’un auto-portrait. Mais la signature est accompagnée d’une inscription qui ne laisse aucun doute à cet égard :
Le personnage représenté comptait quarante ans en i65o; il était donc né en 1610, et nous avons établi que notre peintre était né en 1600 ou 1601.
1. Inséré dans le livre de Houbraken, pl. N, t. II, p. 294, avec celles de Jan Lievens et d’E. Quellin, ce portrait se trouve reproduit avec un joli encadrement dans le livre de Campo Weyerman : De Levensbeschryvingen der Nederlandsche konstschilders, 1729, t. II, p. 5o.
2. Ce portrait a été, par une singulière erreur, placé à la page 407 du tome second, en tête de la biographie de Jacques Vaillant.
LES PALAMEDES.
fait d’élégances, ne parvint-il à donner ni grâce ni distinction à ces traits incorrects et à cette physionomie massive. Nous savons enfin que notre peintre mourut jeune, tout fait donc supposer qu’il ne jouissait pas d’une excellente santé.
PORTRAIT D’HOMME PAR ANTHONI PALAMEDES.
(Musée de Bruxelles.)
Quoique Bleyswijck n’en dise rien, il semble probable que les deux frères perdirent leur père de bonne heure, peu de temps après son retour d’Angleterre. Cette présomption, du moins, résulte des mentions du meestersboek et notamment du payement, par Anthoni, de ses droits de maîtrise. Si le vieux Palamedes Steaverts avait vécu encore en 1 6 1 3 , il eût certainement fait partie delà Gilde, qui venait d’être fondée. Son artistique industrie
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était de celles qui avaient accès dans la Compagnie de Saint-Luc. Or son nom ne figure pas sur les registres delà corporation, et, en second lieu, Anthoni, qui n’aurait pas manqué de se prévaloir de son titre de « fils de maître » pour ne payer que trois florins de droits d’entrée, au lieu de six, dut payer comme un simple bourgeois.
Un autre indice de cette mort prématurée, c’est la difficulté qu’Anthoni éprouva à se libérer. Il vous souvient de ces quatre années employées à parfaire une somme qui nous paraît aujourd’hui dérisoire. H fallait donc, ayant du talent, et surtout faisant des portraits, ce qui, en ce temps plus encore que de nos jours, était la branche vraiment lucrative de la peinture, qu’il eût de bien lourdes charges sur les bras. C’était un homme d’ordre cependant. La confiance que ses confrères lui témoignèrent avec tant de persistance le prouve assez. Enfin il n’était pas marié. Il est donc plus que supposable que, très jeune encore, il se trouva chef de famille, et qu’en cette qualité il dut pourvoir aux besoins de sa mère et élever son jeune frère.
Remarquez en outre, en opposition à ces débuts besogneux et pénibles, la facilité relative avec laquelle le jeune Palamedes se libéra de ce droit de maîtrise qui avait si lourdement pesé sur son frère Anthoni. Il solda sa créance en deux payements, qui semblent avoir été très rapprochés. Or, si l’on observe que, jusqu’au jour de son admission dans la Gilde, il lui était interdit de vendre ou de faire vendre ses oeuvres, on est amené à conclure qu’en cette circonstance il dut être aidé par quelqu’un, et le nom de son frère est incontestablement le premier qui s’offre à l’esprit.
D’autres observations résultant de documents ignorés, et que j’ai été assez heureux pour découvrir dans les archives de Delft, viennent confirmer cette présomption et
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la transformer en presque-certitude. Je veux parler du double acte de mariage des deux frères.
Palamedes, le plus jeune, se maria le premier. Le 1 9 janvier i63o, il fit publier ses bans avec Maria Euwouts van S’Gravesande (voir fac-similé n° 5), et le 1e1' février de la même année les deux fiancés étaient unis par le pasteur Isaac Junius. C’était là un brillant mariage pour un peintre. La famille de S'Gravesande, ancienne dans le pays, riche et bien apparentée, appartenait alors, et appartient encore aujourd’hui, au patriciat néerlandais1. Ewout Storm van S’Gravesande, le père de la nouvelle mariée, avait été avocat à la cour de Hollande et Zélande; né le 8 septembre 1 5y3, il avait épousé, en janvier i5g5, Eva van Swaanswyk, fille d’un bourgmestre de Leyde. De ce mariage étaient nés six enfants : trois fils, Dirk, Laurens et Jacob, et trois filles, Anna, Maria et Deliana. Ce fut l’avant-dernière de ces filles que Palamedes épousa; elle avait vu le jour en 1607, la même année que lui par conséquent. On comprend quelles relations solides une pareille union devait assurer à notre artiste, et de quelle considération elle devait l’entourer.
Anthoni, le plus âgé, se maria le second, dans la même année, et à peu de jours de distance. Le 16 mars i63o, deux mois par conséquent après le mariage de son frère cadet, il fit publier ses bans avec Anna Joosten van Hoorndyck, jeune fille, demeurant sur le Burchwal (voir facsimilé n° 6), et, le 3o du même mois, le pasteur Isaac Junius, le même qui avait donné la bénédiction nuptiale à Palamedes et à Maria Euwouts, sanctifiait cette seconde
1. Voir, pour la généalogie de la famille Storm van S’Gravesande, VHeraldieke Bibliotheek, t. II, p. 127. La Haye, 1872.
Dois-je rappeler que cette famille compte à l’heure actuelle, parmi ses membres, un aquafortiste d’un talent fort distingué?