Beschryvinge der Stad Delft
3. Cette seconde édition fut donnée, en 1618, par Jacob Pieters Wacliter, libraire demeurant sur le Dam à Amsterdam. Elle présente quelques changements, notamment dans les gravures.
La première édition, donnée par le libraire ^aeschier van Wesbusch, de Haarlem, avait été privilégiée d’un octroy de huit années, pendant lesquelles il était défendu d’imprimer, éditer et mettre en vente le dit Schilderboek sous peine de la confiscation et d’une amende de 3oo livres à 40 gros.
L ’octroy que j’ai relevé sur le Register van acten pensioenen octroyen, etc., des États-Généraux (Ms. Arch. Royales) porte la date du 19 juillet i6o3.
MICHIEL VAN MIEREVELT.
gement. Enfin, par la minutie de certains détails consignés dans le Scliilderboek , on peut être amené à penser que c’est le peintre lui-même, qui a fourni au biographe les renseignements consignés par ce dernier dans son volume. Et cette supposition semble d’autant plus plausible, que, sinon directement, du moins par un ami commun, le graveur J. Maetham1 qu’ils firent travailler l’un et l’autre, Mierevelt et Van Mander furent certainement en relations2.
Cette date de 1 568 est donc éminemment respectable.
Une autre objection qu’on peut opposer à la date fournie par Bleyswijck, c’est sa précision même. Où le secrétaire de Delft a-t-il pris ce « ier mai » ? Cela est assez peu commode à deviner.
Ce n’est pas sur les registres de baptême de sa ville natale ; ceux-ci ne commencèrent à être régulièrement tenus qu’en 1616. Et même alors qu’en 1567, ils eussent été tenus avec tout le soin désirable, ils ne lui eussent rien appris de bien précis, car Mierevelt était anabaptiste.
Pour bien comprendre l’indécision qui plane trop souvent sur les principaux événements vitaux des hommes
1. Jacobus Maetham, né à Haarlem en 1571, est mort dans la même ville en 1 63 x (Immerzel, U, 207). Graveur habile, dont l’œuvre cataloguée par Bartsch compte 20g pièces et suivant Nagler atteint le chiffre de 247, c’est lui qui grava, d’après le dessin de Carel van Mander, le frontispice de la première édition du Scliilderboek (1604), qu’on trouvera en tête de cet ouvrage. En outre, il grava, d’après Mierevelt, le portrait de Philippe de Nassau, fils aîné de Guillaume le Taciturne, et plus tard il obtint même des États-Généraux le privilège de pouvoir seul, sur tout le territoire des Provinces Unies, éditer et vendre le portrait de Son Excellence le comte Henri de Nassau par M. Michiel van Mierevelt et gravé sur cuivre par Jacob Mathan, cela durant trois années consécutives, sous peine de la confiscation et d’une amende de cent livres de gros. — Voir aux Archives royales à la Haye, le Register van den acten pensioenen octroycn des États-Généraux à la date du 21 janvier 1610.
2. Un autre fait atteste des relations directes entre les deux artistes; Mierevelt possédait un certain nombre de dessins de Carel van Mander, qu’il avait bien certainement reçus du maître de Haarlem.
marquants de ces temps lointains, il faut se souvenir en effet que « l’état civil» n’existait pas alors, et que, grands et petits, riches et pauvres ne possédaient qu’un « état religieux ».
C’étaient les actes de baptême qui donnaient la date de la naissance, c’était la déclaration faite à l’Église, qui constituait l’acte de mariage, et c’est par l’ouverture de la fosse mortuaire, dans le petit cimetière entourant le temple, ou par l’enterrement sous les dalles mêmes du sanctuaire que la mort se trouvait constatée.
La constitution de la personne civile, indépendante de tout culte, est un événement tout récent; nous ne devons pas l’oublier, et ce n’est pas un des moindres bienfaits dont l’humanité est redevable à la France.
Imaginez, en ces temps reculés, un homme indépendant de toutes les croyances admises, vivant en dehors des religions reconnues, et cet homme pouvait naître, vivre et mourir, sans laisser d’autre trace de son passage en ce monde que son inscription sur le livre des contributions.
C’était en partie le cas pour les anabaptistes, qui ne recevaient le baptême que lorsqu’ils en témoignaient le désir, pensant se conformer ainsi à la parole de Jésus- Christ : « Allez, enseignez et baptisez ». Mierevelt, suivant l’usage encore usité de nos jours par les doopgepnden
i. Un exemple prouvera, pour le pays qui nous occupe, l’exactitude absolue de ce que j’avance : Au siècle dernier, au village de Wadinxveen, défense fut faite, au pasteur par le bailli d’inscrire sur les registres de baptêmes les enfants des paroissiens qui ne faisaient pas partie d’une association pour le soutien du culte ( tôt instant houding der openbare godsdienst); de la sorte, un grand nombre de personnes furent privées d’etat civil. Heureusement le pasteur Wideman avait procédé à des baptêmes clandestins et recueilli le nom des baptisés sur un registre spécial. — Par ordonnance royale du juin 3o 1820, n° 99, ce livre particulier fut annexé à l’état civil.
M1CHIEL V\N MIEREVELT.
hollandais, ne fut donc baptisé qu’aux environs de sa quinzième ou de sa seizième année.
Peut-être pour conserver la date précise de sa naissance, ses parents suivant l’habitude des mennonites de son temps, prirent-ils le soin d’en graver le jour et l’année sur une de ces pièces d’orfèvrerie qui, conservées dans la famille, acquéraient l’importance d’un document ? Ceci est d’autant plus probable que le père de Mierevelt, Jean Michielsz, était orfèvre et graveur.
Cette pièce est-elle tombée entre les mains de Bleyswijck ? Le fait paraît douteux, car je l’ai cherchée vainement, non seulement dans l’inventaire après décès de Michiel van Mierevelt, mais encore dans celui de ses enfants dressé vingt-cinq ans avant la publication de la Beschryvinge der s/ad Delft. Déjà, à cette époque, cette pièce avait disparu ; comment, en 1 667, se serait-elle retrouvée en la possession de Bleyswijck ?
Le certain, c’est que notre peintre naquit à Delft, chez son père, orfèvre et graveur, lequel demeurait sur la place du Marché. Grâce aux livres des impositions, il nous a été permis de retrouver sa maison; c’est la troisième sur le côté sud de la place, faisant vis-à-vis à la façade méridionale de l’hôtel de ville. Aujourd’hui elle porte le nom de ouden gaper, le «vieux bayeur1 ». Elle a été du reste entièrement refaite. Seules les proportions ont dû être respectées et demeurer les mêmes, à cause delà valeur du sol, qui en cette partie de la ville était plus cher que partout ailleurs. C’est une petite maison à deux étages et
i. On donne en Hollande le nom de Gaper à ces figures singulières que les pharmaciens et les droguistes placent au-dessus de leur magasin. Cette enseigne, Ouden gaper, semble donc indiquer que la maison du marché fut, après la mort de l’orfèvre Jan Michielsz, occupée par un apothicaire.
à trois fenêtres de façade, modeste par conséquent, et qui nous donne, par sa modestie même, quelques indications sur la situation financière des ascendants de notre artiste.
C’est dans cette maison que Mierevelt naquit et qu’il fut élevé. De bonne heure, nous dit Carel van Mander, il fit preuve d’un esprit docile. Il était attentif, studieux, intelligent, spirituel même, et si bien doué qu’à huit ans, décrivait mieux que certains maîtres d’école de la ville de Delft 1.
Ce dernier détail n’est-il pas typique? Toutefois gardons nous de voir une critique dans ce passage de Van Mander. Quoique cette prétention à la calligraphie puisse paraître pour le moins singulière chez un peintre, elle est, sous la plume du biographe, un éloge et un éloge peu commun. N’oublions pas en effet, qu’à cette époque, l’écriture était considérée comme un art véritable, et que les calligraphes de profession étaient sur un pied d’égalité artistique absolue avec les peintres. Cinquante ans plus tard,Coppenol marchera encore de pair avec Van der Helst et Rembrandt.
Toutefois pour ce qui regarde Mierevelt, la louange de Van Mander nous paraît un peu outrée. Certes son écriture était lisible et claire, mais elle n’approchait pas de ces fioritures ronflantes des maîtres écrivains de ce temps, et ses signatures n’ont rien à démêler avec les majestueux paraphes, dont les Johannes de Heem et plus tard les Van Huysum embellirent leursTableaux.
La signature ci-dessus relevée sur le portrait du
i. «... Dat liy beter schreef als eenigh School-meester binnen der Stad van Delft. » C. V. M. loc. cit.
MJEREVELD
MICHIEL VAN MIEREVELT.
prince Maurice de Nassau, aussi bien que la suivante qui provient du portrait du prince PhilippeGuillaumed’Orange
témoignent d’une main ferme et d’un esprit clair. La signature suivante relevée au bas du portrait de Jacob Cats
affecte des allures un peu plus relevées, mais dans tout cela il n’est rien cependant qui justifie des prétentions sérieuses à une (( belle main ».
Si des tableaux nous passons aux simples écrits, la calligraphie ne devient pas meilleure. On pourra s’en convaincre par les signatures ci-dessous :
signatures que nous avons soigneusement relevées sur des actes notariés. Elles indiquent une main indécise et mal assurée. Il est vrai qu’elles datent des derniers temps de son existence.
m,,miereveld.
Quoi qu’il en soit, le père Jan Michielsz, désireux de développer les heureuses dispositions de son fils, plaça le jeune Michiel non pas chez Jérôme Wierinx, comme l’a écrit Descamps par erreur1 et comme plusieurs biographes l’ont répété après lui, mais chez Willem Willemsz, peintre et graveur, puis chez un élève de Blockland nommé Augustyn, puis enfin chez Blockland lui-même, qui, après avoir habité Delft pendant quelques années, s’était retiré à Utrecht.
Mierevelt avait quatorze ans lorsqu’il quitta la maison paternelle. Il avait déjà fait ses preuves. On connaissait de lui deux curieuses compositions, deux planches gravées, une Samaritaine et une Judith tenant la tête d’Holoplierne, dont malheureusement aucune épreuve, que je sache, n’est parvenue jusqu’à nous.
Il resta seulement deux années et trois mois à Utrecht. Blockland vint à mourir, et ce fut un malheur pour notre jeune peintre, car il ne pouvait avoir un professeur meilleur ni plus expérimenté.
Blockland, en effet, avait beaucoup voyagé; il avait séjourné dans les Pays-Bas espagnols et visité l’Italie. Tout jeune encore, se trouvant à Anvers, il avait étudié
i. La Vie des Peintres flamands, allemands et hollandois. Paris, 1753. Ce qui a pu amener ia confusion de Descamps et de ses copistes, c’est que le peintre-graveur Willem-Willemsz n’est mentionné par aucun biographe. Bleyswijck, cependant, le donne comme premier maître à Mierevelt et les registres de la Gilde de Saint-Luc ( meestersboek , m. s. à la Bibliothèque royale de La Haye) attestent que ce n’est pas là un être de raison, car Willem-Willemsz est inscrit le troisième sur la liste des peintres fondateurs de la Gilde. Quanta Jérôme Wierix, il n’y a pas d’apparence qu’il ait habité Delft. Ses travaux attestent qu’il partagea son temps entre Amsterdam, lieu de sa naissance, et Anvers où il fut employé par Plantin. Voir : Kramm de Levens en werken der hollandsche en vlaamsche Kunstschilders. Amsterdam, i863, et l 'Enfance du Christ. Poème tiré des compositions de Jérôme Wierix, par L. Alvin, avec une notice biographique sur les trois frères Wierix, graveurs du xvic siècle. Paris, 1860.
MICHIEL VAN MIEREVELT.
dans l’atelier de Frans de Vriend (Frans Floris); et s’il avait contracté là le goût de ces compositions emphatiques et boursouflées, qui étaient si fort à la mode en ce temps, du moins avait-il appris jusque dans ses plus délicates pratiques son métier de peintre. Tous ses contemporains, sur ce point, lui rendent pleine et entière justice, et Carel van Mander parle avec les plus grands éloges des triptyques exécutés par lui, et qu’on voyait encore à Utrecht, au commencement du xvnc siècle, chez MUe van Honthorst.
Après avoir rendu un dernier hommage à son maître vénéré en le peignant sur son lit de mort, le jeune peintre emballa précieusement les copies qu’il avait exécutées sous ses yeux, les études qu’il avait faites dans son atelier, et rentra chez son père, où il reprit le burin et la pointe.
Rien ne faisait alors supposer la voie dans laquelle Mierevelt allait s’engager. Il excellait à peindre la « nature morte », les intérieurs de cuisine, les chaudrons, les vases d’or et d’argent.
En outre, il composait agréablement dans le goût de son maître, et l’on pouvait espérer de trouver en lui un peintre d’histoire.
« Il était en état «de porter l’art à sa plus haute perfection, nous dit Bleyswijck1. Mais les gens de notre nation commençaient -à perdre le goût des tableaux d’histoire et des compositions grandioses. Par contre, les portraits étaient recherchés avec passion. » C’est là ce qui décida de sa vocation. N’ayant pas l’envergure nécessaire pour remonter le courant, il préféra suivre la vogue, et cette prudente conduite lui réussit au delà de ce qu’il pouvait espérer.
. Beschrijvinge der stad Dclft, 1667, loc. cit.
J’ai dit autre part1 quel mouvement politique et artistique se produisit à Delft à la fin du xvie siècle. Cette petite ville devint tout à coup, par le siège de la cour des stathouders, l’un des rendez-vous politiques et diplomatiques les plus animés de l’Europe entière.
Bon nombre de nobles seigneurs et de belles dames y établirent leur résidence, et cette foule aristocratique éprouva le besoin d’avoir un portraitiste attitré. Il est si doux, quand on est au plus beau temps de la vie, de conserver pour ses vieux jours une resplendissante image de sa jeunesse et de sa beauté ! Virgile n’a-t-il pas dit avec raison :
Gratior est pulchro veniens in corpore virtus.
Mierevelt comprit de suite quel parti on pouvait tirer de cette spécialité. Dès lors il s’adonna à ce genre de production avec une ardeur inconnue avant lui et qui ne se démentit pas un seul jour.
N’ayant pu chez Blockland, qui ne voulut jamais peindre le portrait, prendre la note exacte qui devait faire sa fortune, il semble l’avoir empruntée à Pierre Pourbus, natif de Gouda, qui avait séjourné à Delft, et dont plus tard nous retrouverons dans son atelier deux esquisses qu’il conserva précieusement jusqu’à sa mort.
Il y a, en effet, plus d’un trait commun entre les œuvres de ces deux grands portraitistes. La gravité des personnages, la simplicité de la pose, la sévérité de la tenue, jointes à une précision, à une netteté particulièrement remarquables, les font de la même famille. L’un et l’autre semblent s’être pénétrés de cette parole d’un de leurs illustres contemporains : « Les gens d’Estat con-
i. Histoire de la faïence de Delft. Paris, 1878, page 18 et suiv.
MICHIEL VAN MIEREVELT.
seillent aux princes de dissimuler leurs imperfections et monstrer leur bonnes parties, imitans le bon architecte, qui loge (comme ils disent) ses plus beaux matériaux au frontispice de son bastiment. » Comme avait plu le talent de Pierre Pourbus, le talent de Michiel van Mierevelt devait plaire également et pour les mêmes raisons. Il possédait cette correction, cette clarté, cette élégance cossue, réservée, un peu froide, et enfin cette facture propre, lisse et serrée qui conviennent au public dont il s’était fait l’interprète. Aussi peut-on dire que jamais fabrication de portraits ne marcha avec autant d’activité et ne produisit avec plus de succès.
Ce n’est pas au hasard et sans dessein prémédité que j’ai employé le mot de « fabrication » pour qualifier la production de Mierevelt en tant que portraitiste. Le nombre de portraits sortis de l’atelier du maître de Delft tient en effet du prodige.
Sandrart1 prétend - que le peintre se vantait lui-même d’en avoir exécuté plus de dix mille. Il y a là de l’exagération et certainement beaucoup d’exagération, car, malgré les années nombreuses qu’il passa en ce monde, il aurait fallu qu’il ne consacrât que deux jours en moyenne à chacun de ses portraits.
i. « Ipse autem commémorasse dicitur sæpius quod ultra decem iconum elaboraverit millia, inter quos pro regibus, principibus, comitibus, aliisque magnatibus plurimæ, ut pro quibusdam centum et quinquagenta jloreni, pro aliis et plures eidem numerati fuerunt. »
Voir : Joachimi de Sandrart à Stockau, Academia nobilissima artis pictoriæ, i638, chap. xvi, page 295.
Une pareille hâte n’est certes pas admissible. La facture des portraits de Mierevelt, et c’était là un de leurs éléments de succès, est des plus soignées.
Son exécution, très poussée, précieuse même dans certains détails, notamment dans le finissage de la barbe, des cheveux, des yeux et des sourcils, qu’il traite avec une minutie toute spéciale, démentent une rapidité d’exécution qui pouvait être qualifiée de vertigineuse.
« On pense, dit Houbraken, qu’il a bien fait cinq mille portraits dans sa vie 1. » Nous voici déjà plus proches de la vérité. Mettons-en deux à trois mille, ce qui est encore énorme, et nous serons, je crois, bien près de la vérité.
Ces portraits, au dire de Sandrart, étaient payés i5o florins en moyenne.
Là encore exagération. Houbraken donne ce même prix, mais Houbraken a manifestement copié Sandrart. Nous possédons maintenant un fragment du livre de recettes de notre peintre, et nous connaissons son tarif.
A l’exception des portraits de princes, exécutés ad vivum, c’est-à-dire d’après nature et pour les princes eux-mêmes2, ou encore pour certaines grandes villes, et qui, par conséquent, étaient payés un prix exceptionnel, la moyenne de ses prix ne dépassait pas 5o florins.
Peut-être bien est-ce cela que Sandrart veut dire. Mais au lieu de « pro quibusdam centum et quinquagenta jloreni, pro al iis et pl lires eidem numer ati fue-
1. « Men gelooft dat in zijn leven wel 5,ooo portraitten gemaak heeft, waar onder zijn geweest daar hij i5o gulden voor gehad heeft. »
Voir : Houbraken Groote schouburgli der nederlandsche kunst-
schilders en Schilderessen, 1718, tome Ier, page 48.
2. Une résolution des Etats-Généraux en date du icr avril 1608 alloue à Mierevelt 200 florins pour avoir exécuté le portrait du prince d’Orange. Voir Resolutie der staten generaal à la date indiquée.
xMICHIEL VAN MIEREVELT.
runt, » comme l’écrit le traducteur, il faudrait lire « pro quibusdam centum, et quinquagenta jloreni pro aliis, et plures eidem numer at i fuerunt. » Le déplacement d’une virgule mettrait d’accord Sandrart et Mierevelt, le biographe et l’artiste. Il touchait « pour certains portraits cent florins, cinquante pour les autres, etc., etc. »
Notez que, réduite à ces proportions, l’industrie de Mierevelt était encore très lucrative. Il sut du reste lui faire donner une sorte de regain en exploitant la reproduction de ses tableaux. Nous avons déjà vu qu’il s’était entendu à ce sujet avec le graveur Jacob Maetham. Il eut des relations de même nature avec le graveur Jan Muller1. Plus tard il forma avec son gendre, le graveur Jacob Willems Delff, une association véritable pour le placement des gravures exécutées par celui-ci d’après ses propres tableaux. Il est même curieux de le voir, à cet effet, solliciter à maintes reprises des Etats-Généraux l’obtention de privilèges pour la vente exclusive de ces gravures et même des souscriptions à un certain nombre d’exemplaires.
En outre, c’était le moment où les hôtels de ville se meublaient. La vie municipale, qui étendait sur tout le pays son souffle bienfaisant, invitait les « magistrats » à décorer le sanctuaire de leur puissance. Les portraits des vieux ducs bourguignons, de l’empereur Charles Quint et de l’abhorré Philippe II avaient été détruits ou relégués
i. Jan Muller était né, suivant Immerzeel, en 1570. II habitait Amsterdam. Ses relations avec Mierevelt sont attestées par la pièce suivante : « 11 est accordé à M. Johan Muller, graveur à Amsterdam, 100 florins pour avoir présenté à Leurs Seigneuries les États, le portrait de Son Excellence gravé sur cuivrç d’après le dessin exécuté d'après nature par Maître Michiel van Mierevelt, peintre à Delft. » Voir Résolut ie der staten generaal, à la date du g juin 1608. — Dodt. Archief Ve et Kramm. Levens en Verken, etc., p. 1175.
dans les combles. Il fallait de nouvelles effigies pour remplacer celles que l’émancipation politique et religieuse avait supprimées. Les princes de la maison de N assau étaient alors dans toute la gloire de leur patriotique grandeur, et ce fut leur image qui prit, dans les massifs cadres d’ébène, la place des anciens comtes souverains.
Mierevelt, pour répondre aux désirs des municipalités et aux demandes qui se multipliaient, eut soin d’avoir toujours en magasin un assortiment de Guillaume le Taciturne , de Prince Maurice et plus tard de Frédéric- Henry. Enfin, comme les princes étrangers se croyaient parfois tenus de faire un cadeau à leurs hôtes, ou d’envoyer un gracieux présent aux personnes qui avaient servi leurs intérêts, et qu’en ces temps encore primitifs les décorations étaient rares, et que les tabatières n’existaient pas encore, il prit garde d’avoir en tout temps sous la main un petit assortiment de Rois de Bohême, de Rois de Suède et autres monarques généreux.
Il lui faut rendre du reste cette justice qu’il se montra toujours dans ses reproductions d’un éclectisme irréprochable. Jamais les passions religieuses ou politiques n’eurent de prise sur son pinceau. Et c’est avec le même soin et la même complaisance, qu’en ces temps de haines violentes et de luttes mortelles, il reproduisit les traits des plus farouches ennemis. Peintre attitré des sombres sectaires de Gomar, il fut également le portraitiste des Remontrants h et le vieux Barneveldt, quelques années avant de monter sur l’échafaud, posa dans son atelier en
I. Non seulement il peignit Oldenbarnevelt et son compagnon Grotius, mais encore il exécuta le portrait de la grand’mère des deux frères de Witt. Ce portrait, qui figura à la vente Macalester Loup (La Haye, 1806), était peint sur bois. Il mesurait 43 pouces et demi sur 33 pouces et demi et portait, avec la signature de Mierevelt, la date 1 63 1 .
MICHIEL VAN MIEREVELT.
même temps que Grotius. Quasi témoin de l’assassinat de Guillaume le Taciturne, dont il multiplia les images vénérées, il reproduisit également les traits de celui qui avait armé le bras de l’assassin 1. Peintre ordinaire du vainqueur de Nieuport, il fut pareillement le peintre des altesses vaincues dans cette journée décisive, qui commença la gloire de Maurice et acheva de rendre libres les Provinces Unies2. En un mot, il fit « tout ce qui concernait son état».
Qu’il se soit fait aider dans cette lucrative besogne, il n’en faut pas douter. Ses deux fils, Pierre et Jean, ses élèves Paulus Moreelse, Pieter Montfort 3, qui fut son disciple préféré, Pieter Diedericksen Cluyt, un autre peintre, Hendrich van der Vliet4, dont je retrouve le nom dans ses livres de compte, et enfin plus tard son petit-fils Jacobus Delff, l’assistèrent amplement.
L’état des portraits en cours d’exécution qui figure à son inventaire semble même indiquer qu’aux derniers temps de sa vie, il ne faisait plus lui-même que la figure et les mains, abandonnant à son petit-fils, ou à d’autres, les fonds, les vêtements et les accessoires. De là ces inégalités de facture et ces négligences qui, dans certaines œuvres, frappent les yeux et choquent les artistes.
« On ne peut rien voir de plus achevé que ses têtes,
1. Sur le catalogue de la vente J. -A. van Dam (Dordrecht, 1829) figure l’article suivant : Mierevelt M. n° 86, H. 7 p. 6 d., B. 5 p. 3 d. Het portret van Philippus II den Koning van Spanje, krachtig en meesterlijk gepenseeld. On voit par cette dernière désignation, aussi bien que par les dimensions du tableau, qu’il s’agit là d’une des œuvres soignées du maître.
2. Sur le catalogue de la vente Govert looten (Amsterdam, 1729) je relève le n° 3q : Twee kleine pourtraitjes van Albertus en Isabella aertshertog en hertogin van Ostenrijk, van Mierevelt, heel curieus en uitvoerig behandelt.