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Voir le Discours de M. P. Scheltema

LE FILS DE REMBRANDT

ventes successives. Il semble qu’il alla s’engouffrer dans un abîme sans fond, car, avant comme après, Rembrandt se trouva insolvable; et c’est à grand’ peine que les tuteurs de son fils parvinrent à sauver de ce naufrage un peu plus du quart de l’héritage qui lui revenait de sa mère. Encore les créanciers protestèrent-ils, se disant dépouillés; de là ce procès dont nous relations à l’instant l’un des incidents. Il avait donc pris des engagements bien lourds et bien onéreux, ce pauvre grand homme, pour se voir ainsi tout d’un coup dépouillé de son patrimoine personnel, de la fortune de sa femme, de l’argent de ses tableaux et du produit de ses leçons1?

Il y a là, je le répète, un mystère inexpliqué dont les accusations malveillantes de M. Kramm et un passage mal traduit du livre de Sandrart ne pourraient même pas nous fournir la clef. Car la prodigieuse activité du vieux maître dément une vie de débauche, et son amour pour une servante n’est pas une de ces passions capables de ruiner un homme.

Mais une preuve plus convaincante des sentiments honnêtes du grand artiste, c’est son amour constant, persévérant pour sa famille. C’est cette affection de tous les instants pour sa vieille mère, qui se traduit par des portraits, par des tableaux, des dessins, des gravures, et jusque dans ses griffonnages, comme si l’image de cette

i. Sandrart nous apprend que l’atelier de Rembrandt était toujours fréquenté par un certain nombre de jeunes gens de bonne famille qui payaient une pension annuelle de cent florins, « indépendamment des avantages qu’il tirait de leurs travaux de peinture et de gravure, lesquels pouvaient bien s’élever entre 2,000 et 2,5oo fl. par an. » — Dans un récent travail qui a eu un grand retentissement, the Etched Work of Rembrandt critically reconsidered, Londres, 1877, M. Francis Seymour Haden s’est efforcé de faire la part de ce qui, dans Vœuvre de Rembrandt, revient à ses principaux élèves.

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chère vieille eût perpétuellement hanté son cerveau. C’est cette même constance de tendresse pour sa jeune femme, pour cette Saskia, que nous voyons apparaître à tout jnstant dans son œuvre, comme une tendre évocation, comme un sorte d’ange gardien. Ce sont les portraits de Titus, celui de sa nourrice. C’est enfin la bonne harmonie qui ne cessa de régner entre son fils et lui, et leur cohabitation constante, malgré des causes multiples de conflits, un second mariage, la naissance de deux enfants et des difficultés d’intérêt.

Jusqu’à l’époque de son mariage, en effet, Titus van Rhyn demeura chez son père et quand en 1668, à l’âge de vingt-sept ans, il épousa sa cousine Magdelana van Loo, il était encore domicilié sur le Rosengracht . C’est du moins ce qu’atteste la mention matrimoniale relative à cette union ; mention que je n’ai pu résister au désir de copier moi-même sur le proclamât ieboek de la ville d’Amsterdam. En voici la teneur exacte:

D. 1 o feb. 1 668.

Compareerd.cn : Titus van Ryn, van A. oud 2 y iaer geassrt met syn vader, Rembrandt van Ryn won. op d. rosegracht. — Magdalena van Loo, oud 2 y iaer geass : met haer moeder , Anna Huibreclits wont op Singel.

Est-il nécessaire de traduire?

Du 10 FÉVRIER I 668.

Comparaissent : Titus van Ryn, d’Amsterdam, âgé de 27 ans, assisté de son père Rembrandt van Ryn, demeurant sur le Rosegracht1. — Magdalena van Loo,

1. C’est le ddmicile des fiancés, et non celui de leurs ascendants, qui est mentionné sur le proclamatieboek.

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LE CLOCHER DE LA WESTERKERK Fac-similé d’un dessin inédit de Rembrandt (musée FodOr.)

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âgée de 27 ans, assistée de sa mère Anna Huibrecht, demeurant sur le Singel1 2.

Cette mention porte une signature de Titus, dont voici le fac-similé :

Immédiatement après son mariage, Titus quitta la maison paternelle et s’en fut habiter avec sa femme, c’est-à-dire dans la maison de sa belle-mère. Il n’y demeura point longtemps hélas! car sept mois plus tard, le 7 septembre, son nom se trouve inscrit sur le « Registre des morts qui sont ensevelis dans la Westerkerk-» .

Voici, dans sa terrible simplicité, la traduction de cette mention mortuaire, copiée sur le registre même.

1668 Septembre.

7. Titus van Ryn (demeurant) sur le Singel devant le marché aux pommes, 8 florins, tombe 1 53, côté nord de l’Église3.

1. M. Vosmaer donne pour ascendants à Magdalena van Loo Albertus van Loo et Cornelia van Uilenburg; au moins pour le nom de la mère il y a erreur. Il indique aussi l’âge de vingt-six ans pour le fiancé : nous voyons que celui-ci avait déclaré vingt-sept ans. A la vérité, son acte de baptême ne lui donne que vingt-six ans et cinq mois. Peut-être ne voulait-il pas paraître moins âgé que sa future; peut-être (ce qui est plus probable) fut-il baptisé tardivement, c’est-à-dire à l’âge de six à sept mois.

2. Register der Dooden die in de Westerkerk $yn begraven, 1 663- 1672, n° io5. A.

3. M. Vosmaer fait observer que le prix de i5 H. payé pour l’ouverture de la fosse de Rembrandt n’etait pas celui de la classes des pauvres,

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En mourant, Titus laissait sa femme enceinte ; celleci accoucha au commencement de l’année 1669, dans la seconde quinzaine de janvier, selon toute apparence1. L’enfant toutefois ne fut baptisée qu’en mars. C’était une fille, elle reçut le prénom de Titie, et son grand-père Rembrandt assista à la cérémonie. Ce fut le dernier acte public auquel le pauvre grand homme devait participer. Quelques mois après il s’éteignit. Le 8 octobre, on demandait à la Westerkerk l’ouverture d’une fosse pour « Rembrandt van Ryn, peintre sur le Roozegraft vis-àvis le Doolhof » et treize jours plus tard, Magdalena van Loo venait à son tour, réclamer elle aussi, son inscription sur ces sombres registres, et demander un dernier asile à cette même Westerkerk, où l’avaient précédée son beau-père et son mari.

Voici, dans sa brutalité, la mention mortuaire qui constate le décès de cette jeune femme.

1669 Octobre.

« Le 21 Magdalena van Loo, demeurant sur le Singel, avec Titus van Rijn. 8 fl. tombe 1 53. Côté nord. »

mais au contraire représentait une classe honorable. On voit que pour son fils il ne fut dépensé que la moitié. Cette constatation vient donc donner raison à l’historien de Rembrandt.

1. Nous faisons résulter l’âge de la jeune Titie de la pièce émanant de la Chambre des Orphelins qu’on lira plus loin. Le baptême, cérémonie religieuse, était la constatation d’un fait d’ordre religieux et ne devenait qu’accidentellement un acte d’état civil. Aucune obligation pénale n’étant édictée pour hâter l’époque de la présentation; celle-ci était parfois retardée à cause de certaines convenances. Ici, la santé de la mère et celle de l’aïeul, qui étaient l’une et l’autre compromises, peuvent servir d’explication à un baptême tardif.

Cette réflexion peut s’appliquer également à la différence d’âge, qui existe entre la déclaration consignée sur son acte de mariage et la mention baptismale, qui ne se rapportent pas à la même époque.

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Ainsi de cette première famille de Rembrandt, il ne restaitplus qu’une enfant de quelques mois, laquelle n’avait, pour veiller sur sa fragile jeunesse, d’autres protecteurs que les maîtres de la Chambre des Orphelins.

Ceux-ci du reste n’avaient point attendu que sa mère fût morte pour prendre en mains les intérêts de Titie. A peine le vieux Rembrandt avait-il rendu le dernier soupir, qu’ils étaient intervenus. Le livre des tutelles nous révèle leur vigilance. Voici en effet ce que nous y lisons:

« Titus van Ryn. — Le 1 1 octobre 1669, les maîtres de la Chambre des Orphelins ont établi et institué comme tuteur de la fille laissée par Titus van Ryn, et dont la mère est Maria van Loo, et comme administrateur des biens de ladite enfant François van Bilert (sic)1 »

Et, dès l’année suivante, sans doute à la requête du tuteur, ils allouaient à Titie un nouveau protecteur, Pieter Sahlier, «chargé de soutenir ses droits et revendications de l’enfant de Titus van Rhyn, relativement aux biens de Rembrandt van Rhyn pendant la durée du procès existant entre les successions du même Rembrandt et de Titus van Rhyn2». Ainsi, même au delà de la mort, ces terribles questions d’argent venaient encore s’agiter autour du nom du grand peintre. Insolvable il avait

1. Archives royales. — Monboir-en-Weeskamers, — Wooglidyeboeck. Registre, D., p. 17g.

2. Voici la teneur exacte de cette pièce importante, inconnue jusqu’à ce jour et qui figure sur 1 eWooglidyeboeck, D, à la page 206.

Titus van Rhyn.

Le 27 août 1670, les maîtres de la Chambre des Orphelins ont autorisé Pieter Sahlier à soutenir les droits et revendications de l’enfant de Titus van Rhyn relativement aux biens de Rembrandt van Rhyn, pendant la durée des procès et différends existant entre les successions du

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vécu, insolvable il était mort, n’ayant pu rembourser à son lils Titus ce qui lui revenait sur l’héritage de sa mère. Et de la sorte se trouve expliquée cette mention sans cela singulière et incompréhensible, de Catharina van Wijck (qu’on suppose avoir été la seconde femme de Rembrandt), venant déclarer que 'ses enfants n’ont rien touché sur la succession de leur père1 2.

Avant même que Pieter Sahlier eût pris en main les intérêts de la petite Titie, François Bylaert, en tuteur avisé, prudent et bien intentionné, avait eu soin d’établir d’une façon précise la situation successorale de la jeune enfant. En conséquence, le 20 novembre 1669, c’està-dire un mois après la mort de la mère, il présentait à la Chambre «un état et inventaire de tous les biens laissés par Titus van Rhyn et Magdalena van Loo, et revenant à Titie, âgée de dix mois, la fille mineure des susdits Titus van Rhyn et Magdalena van Loo, ainsi prétendant à la succession de ses père et mère ».

- Cette pièce, que j’ai été assez heureux pour découvrir dans les archives inexplorées des Chambres d’Orphelins, a une importance toute spéciale. Elle nous révèle en effet quelle était exactement la fortune de ces deux jeunes époux si rapidement enlevés, et par ricochet, elle jette une lueur intéressante sur la situation du vieux Rembrandt aux dernières heures de sa vie.

même Rembrandt van Rhyn et de Titus van Rhyn sus-mentionné, et à exercer ces droits et revendications en tout temps, en tous lieux et contre chacun. — Laquelle commission Pierre Sahlier accepte et promet de remplir ponctuellement.

Signé : Schellenger.

Willem Mus.

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