IMMEUBLES
Le peintre possédait à Delft trois maisons :
i° La maison nommée Spangien, dans laquelle il
MICHIEL VAN MIEREVELT.
mourut, et qui était située sur le côté occidental de l’Oud-Delft 1 ;
2° Une maison sise sur le côté occidental du Marché aux grains ( Corenmarct ), portant le nom de Vliegende paert, et qui se trouve presque en face de la brasserie que Jan Steen occupa pendant quelques années2;
3° Une maison, avec pavillon et jardin, située en dehors de la Waterlootsclie poort, dans la juridiction de la ville de Delft.
En dehors de ces trois maisons, le peintre possédait encore sept propriétés de campagne, ou biens patrimoniaux mis en culture, et d’une étendue d’environ quarante morgens ou arpents 3.
Ces biens, ainsi que les trois maisons, étant demeurés indivis entre ses petits-enfants, il ne nous a pas été permis d’en établir la valeur exacte. Mais presque tous les terrains du Delfland consistant en des prairies d’une fertilité merveilleuse, il est clair que la terre valait en ce
1. Cette maison est aujourd’hui occupée par la poste aux lettres. Elle a été complètement restaurée, mais à ses dimensions exceptionnelles, à ses cinq larges fenêtres de façade, il est facile de voir que ce fut de tout temps un immeuble considérable. Elle tirait son nom des armoiries d’Espagne qui étaient incrustées dans la façade; ce qui laisse à supposer que, dans le principe, elle fut occupée par un des hauts fonctionnaires de Charles-Quint ou de Philippe II. A l’intérieur, on voit encore une grande cheminée, reste unique de l’installation primitive. Au-dessus de cette cheminée se trouvait une peinture représentant une allégorie qu’on disait être de la main même de Mierevelt. On ajoutait que ses trois filles lui avaient servi de modèles. En 1 863, m’a-t-on dit, cette peinture fut enlevée.
2. Le cheval volant ou le Pégase. Cette maison tire également son nom d’une pierre incrustée dans la façade et qui représente un Pégase en bas-relief galopant en un petit cartouche. (Voir le cul-de-lampe de la fin.) Cette maison, qui existe toujours et dont nous donnons une reproduction, est située non loin de la Pepersteeg.
3. La grandeur du morgen est de o hectare 85 centiares. Ce mot qui signifie « matin », n’est pas sans analogie avec le mot « journal » employé dans le même sens dans l’ouest de la France.
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temps, comme elle vaut encore aujourd’hui, un prix considérable.
Le second titre englobe toutes les créances : créances hypothécaires, fonds publics, emprunts de ville et d’État, actions de la Compagnie des Indes, etc. Il se divise en quarante-huit articles d’importance très inégale, et représentant une valeur totale de près de 5o,ooo florins (49,700), dont le détail serait fastidieux. Indépendamment de ces créances garanties, la succession avait à recouvrer, en argent confié à quinze particuliers, une somme globale de 5, 200 florins, prêtés à des intérêts différents. Parmi les débiteurs de ces 5, 200 florins, je relève le nom d’un marchand de tabac, auquel Mierevelt a prêté 1,000 florins; celui d’un garçon brasseur, lequel redoit 2 florins 10 sols. Le peintre Heindrick van der Vliet, dont j’ai parlé, est inscrit pour 21 florins. Ces petites sommes, prêtées au denier seize, c’est-à-dire à gros intérêts, et qui sentent d’une lieue le prêt à la petite semaine, donnent, semble-t-il, un poids singulier aux accusations de parcimonie portées par van Mander et par de Bie.
Après l’argent placé, vient l’argent liquide. Jamais, je crois, peintre au monde n’eut chez lui une pareille variété d’espèces sonnantes de toutes provenances, de toutes valeurs et de tous pays.
Nous trouvons en effet, dans ses tiroirs, des doubles ridders, — des doubles albertines, — des doubles réaux d’or, — des doubles ducats, — des doubles couronnes de France, — des philippes d’or, — des impériales d’or, — des écus au lion, — des florins d’or, — des pistoles italiennes, — des portugalais d’or, — des doubles élisabeths,
— des guillaumes, — des petites couronnes de Brabant,
— desrixdaelders, — desducatons, — desdaelders, — des
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florins de Frise, etc., etc., et jusqu’à un lot de monnaies inconnues. Un lombard ou changeur n’eût pas été mieux assorti.
L’ensemble de cette réunion numismatique s’élevait à 5,829 florins 5 sols, somme énorme [pour l’époque, et qui, de nos jours, représenterait au moins de 40 à 5o,ooo francs.
Le quatrième titre comprend les objets mobiliers en métal précieux :
Argenterie, orfèvrerie, bijoux. En premier lieu nous relevons :
Une médaille d’or, cadeau du roi d’Angleterre, avec une chaîne, le tout taxé, d’après le poids, à 1 58 florins 14 sols;
Une médaille du roi de Suède, 3e florins i5 sols;
Une médaille du duc de Nieuburch, 21 florins i3 sols.
Ce sont là les décorations du peintre; pour le reste de son orfèvrerie et de ses bijoux, son esprit pratique se révèle. Nous ne trouvons que :
Une bague en or, — deux salières en argent, — • une tasse en’argent, — deux écuelles d’argent, — deux gobelets d’argent, — un gobelet d’enfant, — six cuillers d’argent, — • trois vieilles cuillers, — trois fourchettes et divers autres instruments en argent.
Pour un personnage aussi riche, et surtout pour le fils d’un orfèvre, cette argenterie était certes des plus modestes.
Réservant les œuvres d’art pour la fin, nous aborderons maintenant le Mobilier.
Celui-ci formait près de cent quatre-vingts lots. Sans être d’une magnificence princière, il paraît avoir été confortable et cossu. Tout y est en abondance et en nombre,
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le linge surtout. Un seul article est rare, et sa rareté vient confirmer une observation que j’ai consignée ailleurs1 relativement au peu de faïence et de porcelaine qu’on rencontrait dans les ménages hollandais au commencement du xviL siècle. Dans ce très long détail il n’est fait que deux fois mention de ces sortes d’objets : une fois en enregistrant « une armoire pour les verres, avec la porcelaine et les verres qu’elle renferme », l’autre fois à l’occasion de « quatorze brocs en terre avec couvercle en étain », et encore n’est-il pas certain que ces quatorze brocs fussent en faïence. Tout le service de table était en étain, en cuivre et en fer.
La bibliothèque, à laquelle nous arrivons ensuite, n’était guère bien fournie. Pour un homme qui avait, au dire de van Mander, une si belle écriture, Mierevelt, paraît-il, lisait peu. Peut-être ses travaux continuels ne lui en laissaient-ils guère le loisir. Quoi qu’il en soit, sa bibliothèque ne comprenait que vingt-six ouvrages, formant en tout une trentaine de volumes. La plupart avaient trait à la religion. C’étaient des livres de piété ou des ouvrages théologiques, tels que les Saints Évangiles, Y Ancien Testament, les Instituts de Calvin, un Tvaité de Luther, etc. Parmi les livres profanes, il ne faut pas oublier le Schilderboek (Livre des peintres), de Carelvan Mander, dont nous avons parlé aux premières pages de cette notice. Ensuite venait le Livre de chant (Lietboek), de Camphuyzen, une Chronique de Sébastien Frank, et sept petits recueils de chansons met sloote, dit l’inventaire, c’est-à-dire avec des fermoirs2.