L'A K C H I T E CT U R E F U X E R A I U E
La sépulture étant ainsi conçue comme le siège d'une seconde existence, image affaiblie de l'existence terrestre, il est naturel qu'on la dispose de telle sorte qu'elle soit le plus possible protégée contre les hasards de la destruction : il importe que l'ombre ne puisse pas être facilement dépossédée de sa demeure ni troublée dans la jouissance de son éternel repos. Il ne finit \)as que daus le cours des âges l'activité des vivants, en s'exerçant librement à la surface du sol, risque d'atteindre et de bouleverser par ime inconsciente j^rofanation les restes confiés à la terre. Aussi les dépose-t-on profondément. Les j^or^zi et les fosse sont toujours creusés à une profondeur moyenne de 2 mètres. Les chambres sépulcrales sont plus bas encore, à 8 et 10 mètres, quelquefois davantage. De là vient que tant de sépultures étrusques ont échappé aux convoitises des voleurs de tombeaux si nombreux dans l'antiquité et échappent encore tous les jours aux recherches industrieuses des fouilleurs italiens.
LES PRINCirAUX TYPES DE LA TOMBE ETRUSQUE
Nous avons déjà signalé et décrit quelques types de sépultures : le pozzo, lafossa, le ziro, la tombe à bucade Vétulonia. Il est inutile d'y revenir ici, d'autant plus qu'au point de vue de l'architecture ces tombes offrent peu d'intérêt.
On rencontre en Etrurie quelques constructions funéraires qui rappellent les dolmens de la France et de l'Angleterre. Elles se composent de quatre grandes pierres brutes dressées de chamii, qui en soutiennent une cinquième posée à plat '. L'intérieur de la chambre est
TaL crâne de lévrier à Orviéto {Aiiiiali, 1877, p. lOfi); — à A'olterm, os d'oiseaux et de chèvres (Dennis, IL p. 465); — àVulci, os de cheval et de chien (Dennis, II, p. 282); — à Cervétri, squelette de cheval (Dennis, II, p. 397) ; — à. Cométo, mâchoires de cheval (^Momimenti, X, pi. X'', 17, 1 8) ; — à Sovana, squelette de chien ayant encore dans la claviciJe la lame du couteau {.hiiiali, 1870, p. 11, note 1). Voir Pline le Jeune, LeUn:i, IV, 2.
1. Byres, Etruscan sejmh-hres. Gray, Tour to tlie sepidchres nf Etniria, Londres, 1843. Bindseil, TJic (tuti^-cn Grdber Italiens j /, die Graber der Elrtisker, Berlin, 1881. Knapp, Anmli, 1832, p. 279 et suiv. Sfonumenti , I, pi. XL et XLI. Durm, Baukuiisl der Etntsker,-p. 64 et suiv.
2. Elles ont en moyenne de 2 à 3 mètres de haut et de 3 ii 5 mètres de large.
quelquefois divisé en plusieurs compartiments par des dalles dressées formant cloisons. On y accède par une allée large de 1 mètre environ et longue de 5 ou 6 mètres, bordée de dalles dressées, elles aussi, de champ, mais plus petites que les précédentes. L'ensemble du monument est un peu en contre-bas et semble avoir été recouvert de terre à l'origine. C'est surtout aux environs de Saturnia que l'on observe ce genre de tombeaux '. Il y en avait d'analogues aussi h. Cortone" et h. Santa-Marinella ^ ; mais les traces qui en subsistaient encore au milieu de ce siècle ont disparu. Ils présentaient cette particularité qu'au lieu d'être couverts par une table horizontale, ils étaient surmontés de deux dalles arc-boutées l'une contre l'autre et formant pignon. A Santa-Marinella, le dolmen était entouré d'une sorte de chemin de ronde, clos par une enceinte de dalles semblables à celles qui bordaient l'allée d'entrée '. Ces monuments étaient-ils bien d'origine étrusque? Abeken dit qu'à Sauta-Marlnella on a trouvé des fioles d'albâtre avec des caractères hiéroglyphiques, ce qui indiquerait des tombes contemporaines de la période d'influence orientale on Etrurie, c'est-tWlire de la fin du septième siècle environ '". Mais il se peut que ces constructions remontent plus haut, qu'elles soient l'œuvre de populations antérieures aux Etrusques, et que ceux-ci les aient utilisées plus tard.
Dans la Toscane méridionale, notanunent aux environs de Cività Castellana ", de Véies ", de Sutri ', on remarque, au flanc des collines, de hautes falaises dont la surface, aplanie de main d'iiomme et découpée ;\ pic, présente de distance en distance des trous qui de loin font l'effet de meurtrières ou de niches à pigeons. Ce ne sont pas autre chose que des sépultures. Il y en a de très petites, destinées t\ ne recevoir que des urnes avec des cendres, et qui tantôt sont dis]iosées sans ordre, tajitôt s'alignent et se superj^osent comme dos casiers. Elles
1. Denni», II, p. 283. Bindseil, arCilxr Jer Klriiilctr, p. 15. Nothie, 1882. p. ST.