‹ L'art étrusqueChapitre 156 sur 357 · Dennis, II, p. 24C · texte numérisé non relu

Dennis, II, p. 24C

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pes suivis par les Étrusques dans rétablissement de leurs villes. Comme c'était principalement sur les escarpements naturels du terrain qu'ils comptaient pour assurer la défense de leurs forteresses, là où ces escarpements faisaient défaut ou paraissaient insuffisants, ils y suppléaient par des escarpements artificiels taillés dans le roc vif avec cette hardiesse de ciseau qui était dans les habitudes de leurs ingénieurs.

Je ne connais pas dans l'Etrurie propre d'autres restes d'ouvrages extérieurs. Mais, à défaut de l'Etrurie, le Latium nous fournit un exemple qu'on nous permettra de citer ici, parce que les deux régions paraissent avoir eu la même civilisation pendant des siècles. Ou sait que le Latium doit beaucoup à l'Etrurie et qu'à une certaine époque il a fait partie du domaine occupé par les Etrusques. Faut-il rappeler que Rome sous les rois a été une ville en quelque sorte étrusque pour l'industrie et pour les mœurs"? Or voici dans une ville du Latium un exemple curieux d'ouvrage fortifié en dehors de l'enceinte. Ardée, au sudouest de Rome, s'élevait comme beaucoup de villes étrusques, comme celle qui répond au site de Musarna, au confluent de deux cours d'eau, sur une langue de terre allongée en promontoire et dominant les vallées environnantes. A l'extrémité de ce promontoire, la ville proprement dite, entourée de ses murailles, occupait une sorte de plate-forme nettement circonscrite, bien défendue par des escarpements naturels, sauf d'un seul côté, du côté où elle se rattachait au jdateau, c'est-à-dire au nord-est. Il n'y avait là qu'une dépression de terrain tout à fait iusufîisante pour les nécessités de la défense'. Aussi s'était-on préoccupé d'en rendre l'abord malaisé par des ouvrages annexes. A un demi-kilomètre environ en avantdes murailles, l'accès du ]>lateau est fermé par un terre-plein gigantesque large de -lO mètres et haut de 20, précédé d'un fossé de 25 mètres de largeur. Ce talus ne semble pas avoir été, connue celui de Servius Tullius à Rome, soutenu par un revêtement de maçonnerie : c'est une sorte de digue en terre. Au milieu est laissé un passage, aujourd'hui encombré de pierres tail-

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lées qui attestent l'existence d'une porte fortitiée à cet endroit. Un peu plus loin, à un demi-kilomètre encore en avant de ce premier retranchement, s'en voit un pareil, quoique de proportions moindres. Cette fois on a profité d'une dépression de terrain qui formait une sorte de fossé naturel et l'on s'est contenté d'un talus, dans lequel on a pratiqué deux passages au lieu d'un, passages qui ne conservent aucune trace de portes fortifiées.

M. Ricliter, qui a étudié ces ouvrages sur place et à qui j'emprunte ces détails, les considère non pas comme des défenses extérieures et pour ainsi dire complémentaires, mais comme les restes de deux enceintes successives correspondant à deux agrandissements de la cité primitive. Il pense qu'il a dû se passer à Ardée quelque chose d'analogue à ce qui s'est passé à Rome, où l'on a vu la ville, d'abord réduite à la colline du Palatin, gagner de proche en proche les collines et les vallées voisines et reculer à y^lusieurs reprises les limites de son enceinte. J'avoue qu'il m'est difficile de partager cette manière de voir. Quand Eome s'est agrandie, elle s'est entourée d'une enceinte nouvelle qui l'a englobée tout entière. Ici au contraire les retranchements que nous avons décrits ne semblent pas avoir fait partie d'une enceinte continue ; ]\I. Richter remarque lui-même qu'en dehors de la plate-forme qui constituait le noyau primitif de la cité on ne rencontre pas de débris de murailles'. Je crois donc que ces talus et ces fossés ne sont pas autre chose ([ue d'énormes barrages jetés en travers d'un [jlateau trop facilement accessible et destinés à rendre malaisée l'approche de la ville du côté où la nature la défendait le moins contre les entreprises de l'ennemi.

Y a-t-il là l'application d'un .sj'stème emprunté au génie militaire des Etrusques et que l'on pourrait observer en Etrurie si le sol des villes étrusques avait été moins bouleversé? J'inclinerais à le penser. D'une part, le fossé de Musarna dénote chez les Etrusques l'emploi des ouvrages extérieurs de fortification ; d'autre ])art, Xagger de Servius Tullius à Rome, ouvrage d'ingénieurs étrusques au service d'un roi

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