‹ L'art étrusqueChapitre 17 sur 357 · Helbig, Bie Ilalikn- in de · texte numérisé non relu

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L'ETRVRIE KT LES ETRUSQUES

tim'es de l'Italie. Il rem.irque qu'à un luoinent donné les Sicules, qui jusqu'alors occupaient une grande partie de la Péninsule, se portent vers le midi et passent en Sicile. Pourquoi ce déplacement? Est-ce une simple fantaisie? Non; ils subissent évidemment la poussée à\m flot humain qui de proche en proche déhorde vers le sud : c'est le flot de l'invasion italo-étrusque. Or il ressort des textes anciens que le passage des Sicules en Sicile s'accomplit dans les environs du onzième siècle avant notre ère, en tous cas bien avant le huitième siècle, date des jiremières colonies helléniques dans l'île. C'est donc vers le onzième siècle, ou peu après, qu'il conviendrait de placer l'installation des Etrusques en Italie : cette date est ]irécisément celle que donnent les traditions antiques pour le début de l'ère étrusque. Si l'on considère maintenant que toujours dans les environs du onzième siècle la péninsule des Balkans est profondément bouleversée, que les populations de l'Epire se jettent sur la Thessalie, et que les habitants de la Thessalie se jettent à leur tour sur la Grèce, il est permis de se demander si tant de révolutions ethnographiques presque simultanées ne se rattachent pas à une cause unique et s'il ne s'est pas produit à l'époque dont nous parlons ime grande jierturbation de peujiles au centre de l'Enroi^e, ])erturbation dont l'eflet a été de chasser les Italo- Etru.sques vers l'Italie, les Illyriens vers l'Epire, les Epirotes vers la Thessalie, et par contre-coup les Sicules vers la Sicile et les Doriens vers le Péloponnèse.

Si par certains détails le système de M. Helbig ]iont i)araitre trop absolu, il n'en est ]ias moins très vraisemblable dans ses lignes générales. M. Undset, qui a fait de son côté une étude approfondie des récentes découvertes archéologiques, arrive à des conclusions non pas identiques à celles de M. Helbig, mais très voisines des siennes '. Après avoir constaté qu'en Toscane on trouve des antiquités appartenant à la plus ancienne forme de la civilisation dite de Villanova, il compare ces antiquités à celles des terramares du nord de l'Italie et montre qu'elles dérivent directement de celles-ci. Les antiquités des

I. L'niiliclilmima nfcr'-jxJi tar<juin!ese. (Annali, 1S85, p. î-104.)

28 lai:t étrusque.

terramares i\ leur tour se relient à ilantres qui ont été recueillies dans le bassin dn Danube et notamment en Hongrie. On retrouve ainsi au cœur de rEurojie les éléments primitifs et comme les antécédents d'une civilisation dont le terme est en Italie. Cette civilisation a donc marché du nord-est au sud-ouest et a dû être entraînée vers la Péninsule par le courant d'une seide et unique migration.

Pour nous qui avons repris à notre tour l'examen détaillé des antiquités récemment découvertes en Toscane, nous ne pouvons (jue souscrire à l'opinion de MM. llclbig et Undset. Sans vouloir jioursuivre une précision qu'il est presque impossible d'atteindre eu matière ethnographique, surtout ([uand il s'agit d'événements aussi lointains, nous crovons que la migration des Etrusques en Italie s'est accomiilie par le nord. Nous n'avons pas, il est vrai, jiour nous les textes antiques : tout au plus pourrions-nous i)roduire le témoignage d'Iiellanicos disant que la première éta])e des Pélasges-Tyrrhéniens descendus de l'Apennin a été la ville de Cortone : encore Hellanicos indique-t-il un débarquement préalable à l'endiouchure du Pô, c'est-à-dire une immigration maritime. Mais qu'imjiortent ici les textes antiques? Ce qu'ils nous font connaître c'est ro])inion des anciens ;\ telle ou telle époque. Or la question est de savoir si cette opinion était conl'orme h la réalité des faits. Pour qu'elle le fût en toute certitude, il faudrait quelle eût (l'autres garants que des tra<litions ]Kqiulaires, et elle n'en a pas. Les traditions j)o]»ulaires conservent tpielquefois la vérité, mais le ])lus souvent elles la faussent. 11 est rare qu'elles ne soient jias ou amplifiées par des vanités locales, ou chargées de légendes parasites, ou dénaturées soit par le sinq'le efl'et de la transmission orale, soit jtar le travail sérulaire des imaginations, .le doute que les Grecs contemporains d'Hérodote ouïes Romains de l'Empire aient jamais eu des notions justes sur les grands moiivements de peuples dont le monde médilorranéen avait été le théâtre plusieurs siècles auparavant. Faudra-t-il s'en étonner, quand nous autres modernes, qui disposons de tant de ressources scientifiques, (pii avons reçu des générations d'autrefois non pas seulement des traditions orales, mais des docmneiits écrits, nous en sommes encore A nous demander d'oii venaient hs Nor-

L'ETRURIE ET LES ETRUSQUES 29

mands ' et à disenter sur les origines d'nne migration qni s'est accomplie non pas dans les ténèbres d'un passé préhistorique, mais dans la pleine lumière de l'histoire?

Du moment que l'on admet l'hypothèse de l'invasion par le nord, on est autorisé à considérer les Etrusques comme des barbares. Au onzième siècle il n'y a de civilisation vraiment digne de ce nom qu'en Orient et en Egypte. Les populations que l'Europe centrale lançait alors sur l'Italie devaient ressembler à celles que l'empire romain, quatorze ou quinze siècles plus tard, vit de toutes parts déboucher sur ses frontières. Qu'à ce moment ces hordes envahissantes n'aient pas eu de constitution politique bien définie, on n'aura pas de peine à le croire. Le système fédératif des douze cités, que l'antiquité nous dit être contemporain de l'installation des tribus étrusques en Italie, dut certainement s'étabhr à une époque plus récente, quand le flot de l'immigration se fut arrêté, et qu'au lieu de s'avancer avec l'élan irrésistible d'une grande masse humaine en mouvement, les Etrusques, éparpillés au milieu d'anciennes populations refoulées ou conquises, exposés à leur tour au péril d'invasions postérieures ou de retours offensifs, furent réduits à la défensive et sentirent le besoin de se grouper en vue de la résistance. Et si le système fédératif prit naissance dans l'Italie centrale, au sud de la Toscane, c'est que l'Italie centrale fut de toutes les contrées occupées par les tribus étrusques celle qui reçut le plus tût les influences civilisatrices de l'étranger et qui se trouva le plus menacée par les progrès de la puissance naissante de Eome.

L'histoire ne commence pour l'Etrurie qu'au moment où elle entre en relations avec Rome. Elle fournit plusieurs rois à la cité nouvelle. Les Tarquins sont des lucumons de Tnrquinii et Servius ïullius est un seigneur étrusque. Après l'expulsion des rois, l'Etrurie prend fait et cause pour eux et entre en lutte avec Rome dans la personne de Porsenna, roi de Clusium, personnage étrange, dont la figure a été sans doute dénaturée par la vanité romaine. La bataille du lac Ré-

1. Voir l'article de JI. Joret dans la Revue. cnd'jMc du 13 février 1888, p. 128.

gille (496 av. J.-C sauve les Romains de la tutelle étrusque. A partir de ce moment, il seuil «le que la décadence politique commence pour l'Étrurie. Partout les Étrusques sont débordés. La confédération campanienue, pressée entre les Grecs et les Samnites, s'affaiblit de jour en jour ; en 479 elle perd sa flotte devant Cunies, dans un combat contre l'escadre d'Hiéron de Syracuse ; elle disparait eu 423, quand sa capitale, Capoue, tombe aux mains des Samnites. La confédération circumpadane subsiste un peu plus longtemps, mais elle disparaît à son tour dans la grande invasion des Gaulois en 390. A peu près à la même époque, la confédération toscane perd successivement ses places les plus importantes, Vcii, Falerii, Vulsinii, Sutrînm, Nepe. Elle recule devant les forces romaines. En vain elle essaie de sauver son indépendance en s' alliant aux Samnites et aux Gaulois. Elle succombe près du lac Vadimou, à la fin du quatrième siècle, et sa dernière espérance lui échappe avec la défaite des Gaulois à Sentinum (293 av. J.-C). Dès lors elle entre dans l'orbite de la puissance romaine. Il y a encore des Étrusques répandus en Italie ; il y a encore une civilisation étrusque, mais on peut dire que l'Etrurie, en tant qu'expression politique, n'existe plus.

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