L-ARCHITECTURE RELIGIEUSE
§ 1. OlilEXTATIOX DES TEMPLES.
Nous connaissons déjà le formalisme religieux des Etrusques et le soin qu'ils prenaient de ne jamais rien entreprendre sans avoir au préalable provoqué une sorte de consultation divine par un ensemble de cérémonies augurales dont le détail était consigné dans des livres spéciaux, lihri rituaJes. S'il est une circonstance dans laquelle ils ne pouvaient manquer de se conformer à cette discipline, c'est assurément lorsqu'ils songeaient à élever quelqiie édifice destiné aux cérémonies de leur culte traditionnel ' . Leur architecture religieuse devait être, plus encore que leur architecture civile et funéraire, subordonnée à des principes rigoureux d'orientation. Du reste, un texte de Festus dit expressément qu'il y avait des prescriptions sur la fondation et la consécration des autels et des sanctuaires ". Ces prescriptions étaient si précises qu'elles allaient jusqu'à fixer le minimum de sanctuaires que chaque ville devait avoir : de même que dans le mur d'enceinte il devait y avoir au moins trois portes, de même il fallait que dans l'intérieur de la ville il y eût trois temples au moins, dédiés, l'un à Jupiter, l'autre à Junon, le troisième à Minerve ''.
Si le nomlire des temples était ainsi déterminé, on peut affirmer que l'emplacement n'en était pas indifférent. Il devait y avoir une jiremière
1. Cicéron, pro iJomo sua, 41 : Kiintâ^m !>ic accepi, pontifices, in reliyloniim suscipiendi/, caput esse interpretari qua voluntas ihorum immortalium esse vtâeatur.
2. Festus, p. 2*.'), éd. Muller : liitiiaks nominantur ICtrusconim librij in qnlbHS prœscriptnm est,
qiio ritu coiidautirr urhes, (trie, œdes sacrentur.
S. Serrius, ad JEneid., I, 422 : Prudentes etruscœ àiseiplinœ ahtnt apitd conditores etriiscarum tirhinm non piilalas jiistas urbes puisse, in quibus non très 2>ortœ essent dedicatce et voticœ et tôt tempîa Jovis, Junonis, Minerrce.
formalité consistant à déterminer le templum, c'est-à-ilire les limites du terrain qu'on destinait au sanctuaire. Ce terrain était vraisemblablement choisi sur une hauteur ou sur un espace découvert, le temjiJum étant par définition un lieu d'où l'on pouvait embrasser tout l'horizon et qui pouvait s'apercevoir de tous les cotés '. Une pareille situation était facile à trouver dans les villes étrusques, toujours bâties sur des hauteurs ou des plateaux. Le choix fait, le personnage sacerdotal chargé d'accomplir les cérémonies d'orientation, ou, si l'on nous permet, pour plus de simplicité, d'employer ici un terme romain, Vaugure -, circonscrivait au moyen d'une formule {verha concepta) l'étendue qu'il s'agissait de consacrer. C'était ce qu'on pourrait appeler V inauguratio \ Varron nous a conservé les termes d'une de ces formules, de celle qui a servi pour le templum du Capitole ' ; la voici : « Que mes temples et les lieux que je réserve s'étendent aussi loin que je l'aurai déclaré dans mon langage rehgieusement correct. Que ce vieil arbre qui est là-bas, quelle que soit d'ailleurs l'espèce de l'arbre que j'entends désigner, marque sur la gauche la limite du templum et du terrain réservé. Que ce vieil arbre qui est h\-bas, quelle que soit d'ailleurs l'espèce de l'arbre que j'entends désigner, marque sur la droite la limite du templum et du terrain réservé. Entre ces points j'enferme mon templum par des lignes, par le regai'd, par la pensée, aussi exactement que possible "'. »
Dans le terrain qu'il a ainsi déterminé par des paroles sacramentelles ijocus effatus) l'augure attend les signes divins, éclairs, vols d'oiseaux, etc., qui seront comme les marques de la volonté des dieux ratifiant ou non le choix de l'emplacement dont il a pris provisoirement possession. Si le choix n'est pas ratifié, on se transporte ailleurs et l'on recommence la même opération. S'il est ratifié, on demeure, l'endroit devient sacré et prend le nom àçfanum °. A ])artir de ce
1 . Fcetus, p. 38. Vitruvc, IV, 6. Sur l'emplacement des temples italiques, voir DennL-, II, p. 33, note 2.
'.'. Dans le« pages qui suivent, nous «crons & chaque instant obligid'cmploj-cr des termes empruntés au langage des Romains, pour n'avoir pas & recourir K de pcr)iùtuellcs périphrase?.
.1. Tite-Livc, I. 6 : Itmplum inniii/iiralKiliir.