Pline, //. .V, XXXIII, m
LA SCULPTUIIE.
ble but : c'est uu artifice nécessaire, destiné à cacher les rugosités de l'argile, les inégalités de cuisson, ainsi que les raccords des pièces rapportées ; c'est aussi un moyen de donner plus de réalité, plus de vie à la statue, ce qui est la grande préoccupation du sculpteur en Toscane '.
Les Etrusques ont presque autant façonné la pierre que l'argile. Xous avons vu avec quelle hardiesse de ciseau ils s'at- ^-^^^"-^ laquaient à la roche vive ; il suffit de rappeler les façades de Castel d'Asso, de Biéda, de Sovana, de Xorchia, et surtout les chambres à bas-reliefs de la tombe dei Eilievi à Cervétri. Les statues de pierre devaient être nombreuses; malheureusement la plupart ont péri et, sauf quelques pièces, presque tout nous est arrivé en fort mativais état. On n'a guère en entier que quelques figures d'animaux, lions ou sphinx, quelques statues représentant des femmes assises, d'un type archaïque et qui rappellent les déesses mères de la Grèce, enfin les coitvercles des sarcophages et des p. „,,, „...,.
1 O Fig. 203. — Cinerau-e-statue en cisyo,
urnes. Les bas-reliefs sont moins rares. Outre trouvéàcuusi.iiicaii,j/™,m.,„ed.,
pL XSVI, 2. Hauteur, 1",40.
ceux des sarcophages et des urnes, qui se
comptent par centaines, on a quelques cippes décorés de figures, provenant de Chiusi ou des environs, et un certain nombre de stèles historiées provenant en grande partie de Bologne.
Pour les sculpteurs étrusques, toutes les pierres sont également bonnes. Tandis que la statuaire grecque, après avoir essayé, à l'origine,
1 . Sur la polirchromie des statues, voir Schoeler, Ueber Farbenanstrtch h. Farhi^kelt plast, Biîdw. bei den Alten, 1829. Blumner, Technologie, p. 120
et suiv. Boeckler, Die Pohjchr. in derant. Sculpt., 1882. Treu, Sollen wir unsere Staiuen bemalen,
302 L'ART ETliUSgL'E.
de plusieurs calcaires locaux, finit par s'en tenir exclusivement au marbre, et non pas au marbre quon peut trouver partout, mais au plus beau de tous les marbres, à celui de Paros, dont le grain se prête le mieux à toutes les souplesses d'un modelé savant et scrupuleux, la statuaire étrusque, qui n'a pas de si hautes ambitions, se contente des pierres qu'elle trouve à sa portée. Pierres à petit ou à gros grain, tufs calcaires jaunes ou gris, marbres durs, albâtres tendres, pierres volcaniques compactes ou poreuses, elle emploie tout indifféremment; chaque région met en œuvre la pierre dont elle dispose, Cornéto le nenfro gris, Volterra l'albâtre, Chiusi le cispo ou pierre fétide, Pérouse le travertin. Plus la matière est tendre, plus ou la recherche, parce qu'elle est facile à ciseler, comme si l'idéal était non pas de faire bien, mais de faire vite et d'économiser le travail. Quant à la nuance de la pierre, elle importe peu, puisque la sculpture lapidaire, au même titre que la sculpture céramique , comporte une couverte de couleurs, déposée tantôt directement sur la surface de la pierre, tantôt sur un enduit de stuc plus ou moins épais '. l-ics tons ne se sont pas aussi bien conservés que sur les statues et les bas-reliefs de terre cuite, mais il en reste encore quelques traces qui permettent d'affirmer lexistence de cette polychromie.
Bien souvent la pierre enii^loyée n"a pas une consistance suftisante pour qu'on puisse faire la statue tout d'une pièce. Cela arrive surtout â Chiusi, dont le cispo est si friable qu'un coup d'ongle l'entame aisément. La plupart des statues, en effet, qui proviennent de cette localité ou des environs ont des morceaux rapportés, des bras, des pieds, des têtes, qui s'emboîtent dans des trous ménagés h dessein et dont le sculpteur ne s'est même pas donné la peine de dissimuler l'ajustage. Tous ces appendices sont tant bien que mal luaiiitcnus en ]ilace ]>ar des crochets (fig. 203).
La statuaire métallique parait avoir été en Etrurie supérieure â la sculpture lapidaire : la matière étant moins vulgaire, il était naturel que la facture fût plus soignée. Les statues en bronze qui nous restent
1. D.ins U tombe des Ko/uninii & Péron^e, toutes les statues sont ca trarcrtin rcvvtu d'un codiilt coloré. Conestabilc, Srpolcro rfei lu/unni, p. 68, liO.
LA SCULPTURE
ne sont pas très nombreuses, j'entends les grandes pièces; car pour ce qui est des figurines, elles se comptent par milliers. Les plus remarquables sont V Ondeiir du musée de Florence, le J/ans de Todi, la Minerve et la Chimère d'Arezzo, ainsi qu'une tête ailée du dieu Sommeil trouvée près de Pérouse ' (fig. 20-1).
Fig. 204. — Têie du Sommeil, eu bronze. Mustje Britannique, iïoitumenli. VIII, p!. LIX. Hauteur, U'",I7.
l'resijue toutes les statues de bronze retrouvées jusqu'ici en Étrurie proviennent de la haute Toscane et de l'Ombrie. Est-ce un effet du hasard? ou n'est-ce pas plutôt que l'industrie métallurgique était loca-
1. Encore n'est-il pas bien certain que cette tête soit de la main d'un artiste étrusque (Brunn, Annali, 1868, p. 351 et suiv.l. — Je ne parle pas de la Louve du Capitole, qui très vraisemblablement
n'appartient pas à l'art étrusque et peut être considérée comme ime oeuvre grecque du sixième siècle. Voir Eayet, Jlonum. de l'art antique, 1. 11.
lisée dans ces parages, comme la sculiiture lapidaire était en grande partie localisée dans la région de Cliiusi '? A l'exception d'un buste de femme, trouvé dans la Grotte tVIsis à Vulci, et dont nous aurons à parler plus loin, toutes les statues métalliques de l'Etrurie sont en bronze coulé; elles se composent de plusieurs pièces fondues séparément et soudées ensemble. Les raccords se voient très nettement sur le Mars de Todi. C'était du reste la pratique ordinaire dans les ateliers helléniques, comme le montre une belle coupe à figures rouges du musée de Berlin ', et l'on sait qu'en fait de technique industrielle les Etrusques se sont mis de bonne heure à l'école de la Grèce. Les statues étaient quelquefois dorées : Vitruve signale des figures décoratives de bronze doré sur des frontons toscans ".
Nous ne savons pas ce qu'a été en Etrurie la sculpture sur bois. Pline mentionne à Populonia une image de Jupiter en bois de vigne, et à Rome, sur le Capitole, une image de Véjovis en cyprès '. C'étaient probablement des idoles informes, comme l'étaient les images populaires des vieilles divinités italiques, Italus, Silvaniis, Satu nuis, Ja nus, Vertumnus, que l'on adorait dans les campagnes sous la forme d'un tronc d'arbre plus ou moins dégrossi '.
On trouve en Etrurie quelques ivoires sculptés. Tel est, par exemple, ce fragment de dent d'éléphant taillé en forme de seau qui a été découvert dans une tombe de Cliiusi (fig. 205). Telles sont encore les quatre plaques de coffret qui sont aujourd'hui au Louvre ' et qui présentent l'une un char traîné ])ar des chevaux ailés, l'autre une scène de chasse, la troisième un lianquet, et la quatrième le dieu marin Oannès de la mythologie as.syrienne (fig. 200). Le travail en est fin et trahit une main habile ; malheureusement il n'est pas certain que cette main soit celle d'un ouvrier étius(|ue. Je les attribuerais volontiers i\ (pielque artiste chypriote, de même (pie j'attribuerais le seau de Chiusi i\ une fabrique phénico-cartliaginoise". Il est pro-