Perrot et Chipiez, IJisl. <k l'art, I, p
;■>. On signale quelques canopes provenant de Cervétri (Dennis, I, p. 240. Brunn, Glyptotltkjue,
n» 42. Milani, Museo italiano, I, p. 299, note 7). Mais l'origine n'en est pas certaine. On peut rapprocher des canopes une urne trouvée dans la tomhe Campana à Téies, en forme d'édicule cintré avec une tête sur le faîte. Cette ume se trouve reproduite plus haut, p. 288, fig. 19G.
i;. Brogi, BuUetino, 1875, p. 218; 187G, p. 153; 1882, p. 230. Milani, Museo italiano, 1, 1885, p. 299, note 7.
L'ART ÉTlîUSQUE.
qu'elle se développe d'elle-même, indépendamment de toute influence hellénique.
A ce point de vue, l'étude en est fort intéressante. Au début, l'art en est encore grossier et rappelle celui des masques dont nous ]iarlions tout à l'heure. Le détail du modelé est plein d'incorreetions ; tout est sec, anguleux, et laisse plutôt l'impression d'une caricature enfantine taillée en plein bois que celle d'un portrait façonné dans l'argile. Et cependant jusque dans ces essais quelque peu informes se révèle un sentiment assez vif de la réalité, un effort pour faire autre chose iju'une tête conventionnelle, ])our saisir le trait particulier d'une physionomie. Il n'y a pas deux têtes qui se ressenil lient. On devine un uuvrier soucieux de cojiier la nature, l'eu à peu son «eil se forme, sa main s'assouplit et se prête mieux à l'interprétation de la tigure humaine. JjC modelé devient i>lus ferme et plus sûr. l>e visage n'a plus rien du masque primitif, si ee n'est une certaine raideur, qui tient sans doute î\ ce que le portrait est fait non d'a])rès le vivant, mais d'après le mort. Chaque tête a son caractère : ici c'est une femme jeune, aux joues pleines; li\ c'est une vieille, amaigrie, ridée, aux pommettes saillantes; ailleurs c'est un adolescent imberbe à l'air étomié; plus loin c'est un homme fait i\ l'expression rude et énergique. Tout cela est traité avec un accent personnel et une vigueur parfois un ]ieu brutale, qui trahissent la franchise d'un art consciencieux et indi'peiidant. Si toutes ces têtes étaient de plus grandes dimensions, on pourrait se demander si elles ne reproduisent pas un mas(iue pris sur le défunt. En tous cis, rien n'empêche de croire qu'un masque de ce genre ait servi de modèle. Il me paraît certain (jue les Etrusipies ont connu l'art de mouler les visages des morts. Le Louvre possède deux têtes de gran-
Fig. 230. — Cane:; .ion
5Ius-}e de Florence. H.nUciir, y™,56.
LA SCULPTURE FUXÉRAIliE. 335
ileur naturelle qui ont bien l'air d'être les épreuves d'effigies ainsi moulées (fig. 227-228). L'une d'elles surtout est saisissante d'expression et a toutes les apparences d'une face convulsée par l'agonie '.
Le sculpteur des canopes est si naïvement préoccupé d'être vrai qu'il n'oublie rien de ce qui peut préciser la ressemblance : les moindres détails sont accusés, les prunelles, les cils, les poils des sourcils, la barbe fine, courte et bien peigoée, les cheveux tantôt lisses, tantôt frisés en longues mèches, qui tombent comme des franges tout autour du front et de la tête, tantôt ramassés en perruque derrière la inique et retenus par une épingle dont la tête est une roulette '. Souvent les oreilles sont percées et portent des fils de bronze enroulés en spirale''.
Avecle temps le type de l'urne-canope tend à devenir moins simple. On ne se contente pas de donner, au moyen d'une tête, une individualité précise à l'ossuaire anonyme de bronze ou de terre cuite qui contient les cendres. On veut que cet ossuaire lui-même achève pour ainsi dire le portrait, ou du moins que par une sorte de convention plastique il ait quelque chose du corps dont les restes lui sont confiés. Comme il est muni de deux anses qui s'arrondissent sur ses flancs '' ou qui se dressent sous forme de têtes de griffon ', l'idée vient de transformer ces anses en liras. Tantôt l'urne-canope a deux moignons coupés court presque au ras des épaules ''; tantôt les bras, indiqués par un coutuiir sommaire et un léger relief, pendent sur les côtés, ou se replient comme sur une poitrine, ou se croisent comme sur un ventre '' ; tantôt enfin deux bras mobiles et rapportés s'emboîtent dans l'ouverture circulaire des anses où les fixe un crochet '. Ces bras, modelés avec assez de soin, se tendent en avant, et les mains à demi fermées sont percées de trous comme si elles étaient destinées à porter quelque chose, une arme
1. Selon Pline (XXXV, lô.t), ridée de mouler le visage des morts ne serait pas antérieure à Vépoque d'Alexandie et serait due à Lysistratos, frère deLysippe. Mais rien ne prouve que cette pratique n'ait pas été connue auparavant en Italie.
2. Milani, Mus. ital., pi. IX', 14". Milani remarque (p. .321, note 2) que parmi les têtes féminines 11 y en a beaucoup qui sont absolument chauves, ce qui donne à supposer que peut-être on les affublait d'une perruque de cheveux véritables.
3. Xothie, 188-1, p. 384. BuUetim, 188.'i, p. ILS, note. Milani {iluseo ital., I, p. 310) signale une tête où le nez est percé d'un trou, et se demande si la figure ne portait pas à l'origine un anneau de bronze au nez.