Milani, pi. XI, 10; XIII
L'AHT ETRUSQUE.
par exemple ou une fleur. Sur une urne-canope de Florence, d'ailleurs uniiiue eu sou genre, le liras droit levé semble avoir brandi un javelot
aujourd'hui disparu et le bras gauche se cache sous un bouclier dont le bord arrondi fait saillie sur la panse (fig. 231). Celle-ci est en terre cuite, mais présente des têtes de rivets qui trahissent l'imitation d'un vase de bronze formé de deux calottes métalliques. Il est évident que l'on a voulu représenter un guerrier armé de pied en cap. C'est donc bien le défunt lui-même dont le vase-canope nous offre l'image'.
11 n'y a pas jusqu'il la disposition de l'urne dans le tombeau qui n'indique que tel est le sens que les Etrusques attachent à ce genre de cinéraires. Elle est en efl'et, au fond de l'énorme jarre en terre cuite qui constitue le ziro , po.sée sur une chaise, emblème de la puissance et de l'autorité dont le défunt jouissait pendant sa vie (fig. 22G; ■. Et comme dans cette profonde retraite où la mort l'a confiné le défunt est censé toujours vivant dans sa poussière, il faut qu'il demeure eu communion avec ceux qu'il a laissés
Fig. 331. — CûDope repK-âcntant un guerrier avec sa lance et son bouclier. Musée de Florence. Milnni. Matto tinU I, pi. XII, 2. Hnnteur, O'-.aS.
1. Le tnusùc de Chiusi possède deux cinopcs d'un type plus bi^rre encore, portant non plus seulement le buste ilu dùfnnt avec quelque attribut, maU son image en pied, debout an sommet de l'urne. Cette image n'est pas antre chose qu'une l)oup6c informe, vêtue d'une longue robe h carreaux et rappelant, par son attitude, son geste et sa coiffure pendante, les xnnua de pierre qui surmontaient pnrfois les tombeaux de Chiusi. L'une d'elles n sur la tête un oiseau, peut-être la figure symbolique do l'àme ou de l'ombre. Ce qui achève de
donner A ces canopcs un caractère rtrangc, c'est qu'aux pieds de la poupée et tout alentour se dressent encercle, sur deux platesfonnes, au milieu d'anses divergentes & tête de griffon, plusieurs autres poupées plus petites, qui semblent se frapper la poitrine, sortes de pleureuses éternellement attachées aux niAnes du défunt. Voir Dennis, II, p. :un, :U1. Miculi, Monumenli iiieiliti , p. IK.H. pi. XXXIII.
2. Voir plus haut (p. 200, fig. l.'ifl) les chaifc» de la tombe Jclle StJit h CerN'étri.
LA SCULPTURE FUNERAIRE
derrière lui ; de là vient qu'un a toujours soin de ménager au sommet de l'urne-canope un ou plusieurs petits trous pour livrer passage aux niilnes.
Du jour où les Etrusques de Cliiusi eurent conçu le type de l'uruecauope avec bras, ils n'eurent qu'un pas à faire pour la transformer en statue. Il suffisait de compléter l'ébauche commencée, de supprimer tout ce qui dans l'urne rappelait le type primitif du pot à pause sphérique, de donner au buste un corps et des jambes et de l'asseoir sur une chaise seml)lable à celle qui jusqu'alors avait porté le vase-cauope. Mais comme au moment où se fit cette transformation l'Etrurie subissait l'influence de l'art grec, la statue cinéraire, issue du vase-canope , fut conçue à l'image des statues assises de la Grèce archaïque, dans l'attitude et avec le costume des déesses mères delà mythologie hellénique, à ce point qu'elle tint parfois, comme Déméter, ime grenade dans la main. Les statues cinéraires, qui sont toutes à peu près de grandeur naturelle, sont taillées dans la
'ig. 232. — Cinéraire-statue de Cliiasi. Musée de Païenne. 3Iicali,J/b/i.ineii., pi. XXVI, 1. Hauteur, l'",25.
pierre tendre et fétide qui est propre à la région de Chiusi; le corps est creux pour recevoir les cendres. La tête est mobile et sert comme de bouchon au goulot de ce récipient étrange. Les bras et les pieds, ordinairement mobiles aussi, s'emboîtent dans des cavités ménagées à dessein, où ils sont maintenus par des crochets de fer (fig. 232) '. Sur la foi d'Inghirami ', on attribue quelquefois à ces statues le nom
1. Ingliirami, Museo Cltiusino pi. 17, 18. Dennis, II. p. 21)9, 314 373. •2. Bulktino, 1831, p. 55.
jtRT BIBUSQUE.
(le Prosûipine, sous prétexte que, Proserpiue étaut considérée coimiic la gardienne des âmes, il était naturel d'enfermer les cendres des morts dans une statue de cette déesse. Cette dénomination me parait tout à fait arbitraire. Sans doute le type de la femme assise semble indiquer une divinité, ilais n'oublions pas que ce qui peut être vrai en Grrce n'est pas nécessairement vrai eu Etrurie. Les Etrusques ont indifféremment copié tous les types plastiques que le hasard leur faisait connaître, passant avec la plus extrême facilité des types orientaux aux types grecs. Ils ont copié la plupart du temps sans se soucier le moins du monde du sens des figures qu'ils reproduisaient. Nous aurons à le remarquer souvent, en particulier pour les vases noirs à reliefs et les miroirs. Il est très possible qu'ayant l'habitude d'asseoir les canopes, c'est-îVdire les images des morts, sur des chaises curules, ils aient été naturellement amenés à substituer à l'image conventionnelle et incomplète de l'urue-canope une image plus exacte, l'image du corps tout entier, et que, rencontrant le type de la déesse assise, type populaire en Grèce et que le commerce colportait partout sous forme de figurines, ils aient simplement reproduit ce modèle tout trouvé. Uennis, du reste, remarque très justement que s'il y a des têtes qui ont quelque chose d'impersonnel et d'idéal et qui peuvent être à la rigueur des figures divines, la plupart ont un caractère individuel si marqué, des traits de physionomie si particuliers qu'il est difficile d'y voir autre chose que des jjortraits.
Ce qui achève de prouver qu'il n'y a pas à chercher ici de symbolisme religieux, c'est une statue provenant de la collection Casuccini. Cette statue, tout à fait analogue aux précédentes pour le style et la technique, creuse connue elles et comme elles en pierre, représente non pas une femme, mais un homme assis dans un fauteuil '. Il ne saurait plus être question de Proserpine. Sera-ce Plutoii? Mais la figure avec sa barbe artistement coupée et ses traits fortement accentués a toute la personnalité d'un i»ortrait. Je crois donc qu'il faut considérer ces cinéraires-statues comme le déveloiipenieut plastiijur île la croyance