CHAPITRE XIV
LA PEINTURE
Nous avons vu que les Étrusques aimaient à relever par des tons plus ou moins éclatants les profils de leurs édifices et les reliefs de leurs statues. Mais s'ils ont fait beaucoup de polychromie décorative, ils ont aussi appliqué la couleur à des compositions. La peinture est de tous les arts celui qui a eu chez eux la plus brillante fortune, grâce aux modèles qu'ofi"raient par milliers les céramiques importées de la Grèce, grâce aussi aux céramistes grecs établis en Etrurie, qui y apportaient des ateliers de leur pays non seulement la technique spéciale de la peinture sur vases, mais encore les traditions de la grande peinture hellénique. C'est aussi de tous les arts étrusques celui que nous connaissons le mieux. Parmi les chambres sépulcrales découvertes en si grand nombre dans les nécropoles, beaucoup ont leurs parois décorées de peintures. Il est vrai qu'en maint endroit ces peintures ont aujourd'hui disparu, soit que dans la précipitation des fouilles on les ait détruites, soit qu'elles aient été à la longue effacées 'par l'air, l'humidité, la fumée des torches et le vandahsme des touristes. Mais pour les unes il reste des descriptions précises, prises au moment de la découverte par des témoins dignes de foi, qui en ont analysé la composition, le sujet, le style, la coloration ; pour les autres il reste des coi)ies qui, pour n'être pas toujours d'une exactitude parfaite, sont néanmoins des documents intéressants. L'Institut de correspondance archéologique de Rome (aujourd'hui Institut allemand) possède une collection de copies en couleur. 11 y a aussi quelques co[)ies au musée Grégorien du Vatican,
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au musée de Bologne, ainsi qu'au musée liritannique. Beaucoup de ces copies luallieureusement ne rendent pas le style des fresques originales. Toutes les peintures qui subsistent sont décrites avec beaucoup de soin et d'exactitude dans l'ouvrage de Dennis.
L'art de la peinture n'était pas également cultivé dans toute l'Etrurie. Comme celui de la sculpture, il semble avoir été localisé dans certaines régions. La nécropole la plus riche est celle de Cornéto, où l'on peut compter environ cinquante caveaux à peintures' : viennent ensuite les nécropoles de Cliiusi ' (une douzaine de caveaux), de Cervétri' (quatre caveaux), de Vulci ' et d'Orviéto ' (deux caveaux), enfin de Biéda'', Bomarzo', Cosa", Orte'', Véies '", Vétulonia" (chacune un caveau).
Abstraction faite des plaques Campana et des sarcophages de marbre de Cornéto, toutes les peintures que nous avons h étudier sont des peintures murales. Ou remarque tout d'abord que les parois qu'elles couvrent ne sont jamais en maçonnerie. Il n'y a de peintures que li\ où les chambres sépulcrales sont creusées dans l'épaisseur d'une roche
1. Voir dans Dennis (I . p. •lu'') la liste des principales tombes à peintures. U f.-int y ajouter quelques tombes découvertes depuis 187l> : Bulltliiw, IfrS, p. I«I2, 184 ; 1881, p. 92 ; 1884, p. 117, 118. Aunall, 1881, p. 5-28. Monument!, XI, pi. XXV- XXVI (Tombe degli Aut/uri edttia caecia'). On a trouvé de plus h Cornéto deux sarcophages ornés de peinture.':. Biilletino. 187(;, p. 70. J/oniimrnti, IX, pi. LX. Journal nf hellenic tludift^ 1883, pi. XXXVI -XXXVIII. — Sur les peintures de Cornéto, voir Gerhard, J'illiire lanjuinienêi, 1831 ; Campanari, Pillure Mit grMt tarquinieti, 1838; Boissier, It» Peintures <le Corm'to (dans les Promenades archtologtrjuei) et les articles de Brunn etdeHelbig dans les Annal i de 1869, 18<i3, 1870 (nous y renverrons plus loin). Sur la peinture étrusque en général, voir Woermann, (letchichle der Malerei, p. 101 et eniv.
2. Tombes principales : Depotilo dei dei, ou tomba dei Pr^gg'io al Moro, ou encore grotta délie monache (Jnno/i, 1829, p. IIC. Inghirami, Muieo ciiu»iHO,pl. CXXII-CXXXIII. Micali, Monumenti j)rr ierrire,p\. LXIX-LXX); — tomba Casttccini
(Annati, 183.'., p. 19; 1851, p. 2.'.6. Monument,, y, pi. XXXII-XXXIV) ; — tomba délia Scimia, ou tombe h'ranroii (Annali, 1850, p. Cil. Munuminll. V, pi. XIV-XVI).
3. Urottit dei In'clinlo, ou tomba délie pillure {liullelino, 1834, p. 97, Canina, Klnir. marlt., I, pi. LXIII, LXIV). — Crrt(-7 ,lei rilieri {Annal!, 185», p. 58. Des Vergers, III, pi, I-III): — tombe des plaques Campana (.Innn/i, 1859, p. 325. Monumenii. VI. pi. XXX); —tombe des plaques Boccanera(/iu//f/i'nt., 1874, p. 128).— Pline(//. -V., XXXV, 18) signale des peintures murales & Ccrre,
4. Tombe François (Des Vergers, III, p. 18, pi. XXI-XXX); — tombe Cimpanari ÇBulletino, 1833, p. 77. .4.1110;;, 1838, p. 249. ^fonument!, II, pi. LUI, LIV).
5. Tombe délie due bighe (Bulletino, 1863, p. 50. Conestabile, Pillure mui-aUa/retco. p. 17-31, pi. I- III); —tombe Golini {Bulletino, 18(53, p. 41. Conestabile, Pitture mural!, p. 31, pi. IV-XI).
i>. Peintures disparues (Dennis, I, p. 217).