‹ L'art étrusqueChapitre 251 sur 357 · Dennis, I, p. 318. 1 i. Annall, 1859, p. 3ô5 et suiv · texte numérisé non relu

Dennis, I, p. 318. 1 i. Annall, 1859, p. 3ô5 et suiv

LART ETRUSmUE.

qu'il a songé aux i)lai.sirs de l'autre vie? Mais jamais ou n'a, que je sache, conçu l'idéal de l'éternelle félicité sous la forme d'une promenade en bateau ou d'une baignade. X'est-il pas naturel au contraire et raisonnable de penser que dans le cas particulier l'artiste ne s'est pas préoccupé de la convenance du sujet et qu'ayant à décorer une chambre sépulcrale il a composé des scènes de genre, analogues à celles qu'on mettait peut-être sur les murs des apparteiûents et dont on

Fig. 276. — Fay sage avec Uiigncnr, Tombe dri cniXiarori,ii Cornvto. J/onunifn/i.XXl, pi. Xlli.

a tant d'exemples dans les maisons de Pompéi ? En un mot, ces jiaysages ne sont-ils pas tout simplement des panneaux décoratifs '.

Il en est de même des groupes d'animaux qui ornent les tymi^ans. 11 n'y a pas <\ se demander si ces lions, ces panthères qui poursuivent ou dévorent leur proie sont des symboles des forces destructrices de la nature et par suite les symboles de la mort. L'origine de ces motifs est connue. Ils font partie de ce qu'on pourrait appeler le répertoire décoratif de l'art gréco-oriental. Ils pouvaient avoir, ils avaient A

1. Si l'on voulait h tonte force ntttaclicr ces tableaux & quelque id<>e funéraire, on ne poorniit y voir qu'une allusion aux préparatifs du banqoet funùbrc. Ces pécheurs et ces cbassenrs ser.«icnt comme les poun'oveurï «les poisfons et des oiseaux que l'on servait k ce banquet. Parmi le»

détritus dv' rcpa» servis devant certaines tombet d'Orviéto on a trouvé plusieurs aK'tcs de poisson (.VrtùiV, 1887, p. .1i)t>). et d'autre part on voit par une des fresques Golini que ces repas com|>ortalent aussi des volailles.

LA PEINTURE

coup sûr un sens pour les populations asiatiques qui les avaient conçus et popularisés. Mais pour les Etrusques comme pour les Grecs ils n'en out point. Les trouvant sur les étoffes, sur les tapis, sur les ustensiles que l'Orient répandait à profusion à travers le monde méditerranéen, les artistes de la Grèce et de l'Italie les ont copiés, sans y attacher d'autre valeur que celle d'une combinaison ornementale : ils les ont conservés sans trop savoir pourquoi, peut-être parce qu'ils n'avaient rien imaginé de mieux. Ils ont fait ce que feront l)lus tard les artistes européens, qui prendront aux Arabes les motifs des arabesques, sans se demander si ces motifs avaient ou non un sens à l'origine.

rig. 2?'. — Portion il'une frise de la tombe François, à Yulci. Xoël des Vergers, III, pi. SXYII.

Tout au plus pourrait-on faire une restriction en faveur des hippocampes et des dauphins. Il existe une théorie fort célébrée d'après laquelle les animaux marins seraient le symbole du voyage des âmes vers les Champs Élysées. Il est de fait que sur certaines urnes étrusques on voit l'âme enveloppée d'un suaire s'en aller à cheval sur la croupe d'un hippocampe. Qu'il puisse y avoir là quelque symbole funéraire, je n'en disconviens pas. Mais encore ne faut-il pas y attacher trop d'importance, ni chercher à y découvrir des dessous bien profonds. Tous les peuples ont ainsi des symboles qui se perpétuent d'âge en âge et dont on serait fort embarrassé de préciser le sens. Que signifient, par exemple, l'aigle, l'emblème de l'empire, l'alouette ou le coq, l'emblème des Gaulois? A quoi répond le symbole delà croix employé comme signature? D'où vient que le motif du chevron ou

du trèfle est l'insigne d'uu grade? Pourquoi le cyprès est-il un symbole funéraire? Que représentent à l'esprit de certains révoltés modernes ces immortelles rouges qu'ils arborent dans toutes les cérémonies funèbres, alors que l'immortalité est de toutes les croyances celle qu'ils ont le plus à cœur de rejeter? Tout cela n'a de raison d'être que dans la persistance irraisonnée de traditions séculaires dont le sens est oblitéré. Le même fait n'a-t-il pas pu se produire en Etrurie? Je croirais volontiers que les peintres étrusques out mis dans les tombeaux des dauphins et des hippocampes sans se demander pourquoi ils les y mettaient, tout simplement parce que de tout temps on en avait mis. A leurs yeux ce n'étaient que des accessoires décoratifs.

Je crois aussi qu'il ne faut pas attribuer une autre valeur aux scènes de chasse. Sans doute on voit quelquefois des scènes de ce genre sur les urnes étrusques (sanglier de Calydon) et sur les sarcophages romains. Mais d'abord les chasses qui figurent sur les urnes et les sarcophages appartiennent à la catégorie des sujets mythologiques, dont la mode ne commence que dans la dernière période de l'art étrusque, vers le troisième siècle avant notre ère, au lieu que les peintures qui nous occupent sont des scènes de genre, antérieures d'un siècle au moins au développement de la mythologie grecque en Etrurie. En second lieu, si les chasses mythologiques entrent î\ un moment donné dans le domaine de l'imagerie funéraire, ce n'est pas en tant que chasses banales, mais en tant qu'expéditions fameuses par les catastrophes qu'elles ont amenées. Ce qu'on y montre, c'est la blessure mortelle d'un héros, c'est l'imminence d'un dénouement fatal. Au contraire les chasses de nos fresques sont des chasses d'amateurs, de simples parties de plaisir, qui n'ont rien de tragique, si ce n'est pour le gibier. On n'y voit qu'un malheureux lièvre traqué sans péril ou des chasseurs rentrant i\ la maison avec leur butin au bout d'une perche. S'il y a une allusidii fiiii('rairo, il faut avouer qu'elle est bien cachée.

Je proposerai ici une conjecture «pii ma ('té suggérée par la descrijjlion d'une fresque, .'nijoiinriiui (h'iruite, de Cervétri. Cette

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fresque présentait les figures suivantes : un chasseur lançaut une flèche contre un cerf; un lion dévorant un cerf; un lion accroupi ; un Hon poursuivant un bélier '. C'est une scène de chasse, mais une de ces scènes comme les concevait l'art oriental, scène sans suite, sans composition, purement décorative. Ou en voit d'analogues souvent reproduites sur les monuments figurés de l'art gréco-oriental en Grèce et en Italie. Pour l'artiste qui l'a peinte elle n'avait certainement pas plus de sens que n'en avaient les panthères et les lions que l'on semait dans les tympans. Dès lors n'est-il pas possible d'admettre que, le motif de la chasse une fois entré dans les habitudes de l'ornementation étrusque, l'idée soit venue à quelque peintre, amoureux de la vie et de la vérité, de le traiter non plus d'une manière conventionnelle, mais avec un sentiment personnel des êtres et des choses? Ainsi ont procédé les Grecs, qui, après avoir longtemps reproduit sur leurs vases corinthiens les animaux féroces et les chasses traditionnelles de l'art oriental, ont peu à peu substitué à ces types monotones des compositions personnelles plus vivantes. Ainsi ont fait les porcelainiers modernes lorsque de la flore ornementale, qu'ils trouvaient sur les vases de Chine, ils ont peu à peu passé à l'imitation des fleurs naturelles. Les chasses seraient donc des motifs d'ornementation transformés en tableaux de genre par le pinceau réaliste des Etrusques.

La transformation était d'autant plus aisée que ces tableaux pouvaient dans une certaine mesure, comme les scènes de pêche de la tombe dei cacciatori, se rattacher à l'ensemble des cérémonies funéraires. Celles-ci comportaient en effet im banquet solennel, où l'on servait à coup sûr des pièces de gibier puisqu'une des fresques Golini nous présente, accrochés sous un appentis, une biche et un Hèvre, à côté d'un bœuf et de plusieurs volailles (fig. 266). Dès lors pourquoi les peintres n'auraient-ils pas figuré lâchasse de ce gibier? Ils nous montrent bien les préparatifs du repas, les esclaves affairés disposant les tables et pétrissant les gâteaux (fig. 279], les cuisiniers surveillant la cuisson devant leur four, les provisions pendues dans

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