Journal of hellenic studies, 1884, p. 105 et suiv
3. Cœna nocemdialis, chez les Romains. Tacite, A nnales, YI, 5. Porphyr., ad Uorat., Epod., XVII, 48. Serviu.3, ad yEneid., V, Gi.
LAIJT ETRUSuUE.
ne manquer de rien et de recevoir régulièrement les satisfactions matérielles, propres à entretenir leur obscure existence ; de là une liaison intime entre l'idée du repas et celle de la suprême félicité dans l'autre monde. Le banquet est donc, si je puis dire, un symbole à double face, répondant à la fois au souvenir des vay-ycia et à la notion de la vie bienheureuse. C'est ce qui explique qu'à travers les âges il se présente sous des formes si variées. M. Percy Gardner a très bien mis en évidence la série de ces transformations. Dans certaines compositions, c'est le souvenir des vcaJ'jix qui domine; dans d'autres au contraire, c'est l'idée de l'iiéroïsatioii.
Examinons à ce point de vue les tableaux de banquet sur les fresques étrusques et en niCme temps les scènes de danses, qui s'y rattachent étroitement. Plusieurs paraissent devoir être rapportés aux cérémonies des funérailles et du repas offert aux morts par les survivants. La composition n'y a rien d'idéal. Le lieu de la scène est nettement déterminé : on est en plein air au milieu d'arbres, sous une tente ou devant une façade décorée de couromies, de guirlandes ou de boucliers '. Les convives sont nombreux et anonymes, c'est-à-dire qu'aucun d'eux ne se distingue des autres et ne semble représenter le mort en particulier. Tous sont bien vivants, quelque peu fous, et dans tout l'enivrement d'une allégresse terrestre. Autour d'eux s'agite une foule, bien vivante aussi, de danseurs, de danseuses, d'esclaves, d'animaux familiers perchés dans les branches des arbres ou errant sous les lits. Les mets que l'on sert, on les a jxiur ainsi dire préparés sous nos yeux. Nous avons pu voir, dans la tombe Golini, les pièces de boucherie, le gibier et les volailles, les serviteurs mettant les tables en ])lace, écrasant la farine des gâteaux au son de la flûte (fig. 279) ^ s'occupant de la cuisson devant le four allumé : c'est bien là le spectacle d'un banquet réel avec tout le remue-ménage qu'entraîne une jiareille fête.
1. Cette fnç.idc était probablement celle du tomlicau. Devant plusieurs tombes d'Orriéto on & tronri des nmns de bois carbonisi et une multitude de détritus, dessons de vases & boire, os de bccuf, de porc, de poulet et arêteade poisson, restes
des repas funéraires (.Vo(i,-iV, 1S87, p. 319-.1J0). 2. Cette fresque confirme un texte d'Athénée disant, d'après Alkimos. que chez les Étrusques on pétrissait la p&tc au sou de la flùtc (Athénée, XII, p. 618)
LA PEINTURE
Voici maintenant d'autres tableaux d'un caractère tout différent, où tout au contraire nous reporte à l'idée d'une immortalité joyeuse. Dans la tomlie delV Orco, par exemple, point de convives nombreux, point de serviteurs, point d'arbres, point d'animaux, rien qui éveille l'idée d'un repas sur la terre ; mais un couple dont les visages sont des portraits, avec leurs noms au-dessus de leurs têtes, dans des attitudes calmes, majestueuses, eu quelque sorte divines;
Fig. 279. — Préparatifs An repas funèbre. Tombe Golini, à Orviéto. Conestabile, Pilture mumli, pi. V.
autour de ces personnages, une nuée bleuâtre, envelopjmnt tous les contours et indiquant, selon l'ingénieuse conjecture de M. Helbig ', l'atmosphère ténébreuse et voilée (^oçov -/îspoîvTa) du royaume des ombres. Nous sommes évidemment dans un monde idéal et ce qui achève de le prouver, c'est que toutes les fresques de la même tombe présentent des sujets ou mythologiques ou infernaux : c'est là que se trouve, entre autres, le groupe d'Hadès, de Proserpine et de Géryon.
Enfin, à côté de ces tableaux d'un aspect ou franchement réel ou