Le sujet est incertain. Est-ce une image de
la migration de l'ombre vers les enfers, ou bien ceUe d'un convoi funéraire? La composition est si étrange qu'il est difficile de l'interpréter avec sûreté.
L'Airr ETRUSQUE.
il est fin de taille et liaiii sur pattes; le sphinx est dans le même genre. Les lions, les chiens, les léopards, l'âne, tous sont plus ou moins bizarres. Ce sont des animaux de fontaisie; il semble que le peintre n'ait janiai- vu ni un clieval ni un chien. Il est clair (jue nous avons affaire à un art enfantin. L'incertitude d'une main novice se trahit encore i)ar la manière dont sont traités les personnages; mais, chose curieuse, tandis (jue les yeux ne sont pas :\ leur place, tandis (pie les doigts, les mains, les pieds sont dessinés avec gaucherie, les détails de
Fi(r. 283. — DdniC' funibrc. Fresque de lu tombe Campana, do Veil. Micali, Uon. inr-l., |<I. I.VIII.
la musculature sont accusés, sinon avec une parfaite exactitude, dn moins avec une certaine intelligence des reliefs anatomiques. Il y a là une précision relative qui surprend d'autant plus qu'elle contraste ilavantage avec tous les solécismes de dessin que nous avons signalés. Ces bizarreries s'expliquent si l'on admet avic M. IIelbig'(]uo le i>cintre des fresques Campana a pris le modèle de ses animaux et «le ses personnages sur des vases peints de style gréco-oriental. L'analogie est frappante en elTet. Sur les vases coi int biens, coininc ici, la composition procède par zones horizontales; les animaux sont di'mesurénienf amincis, allongés, efflanqués; les figures d'hommes sont remarquables
I. Annall, 186n, j). S.17, Von Schefficr, Kpochtn rf«r rlriisl- Kui,i(, p. W et Biiiv.
LES STYLES DE LA PEINTURE
par le développenieut exagéré de la musculature ; le champ est rempli de tiges végétales et de fleurs'. Le rapprochement avec les vases corinthiens est d'autant plus légitime qu'on a trouvé dans la même nécropole des vases de ce style.
La composition des fresques Campana est antérieure au début du quatrième siècle, puisque T'eiV a été détruite en 396 av. J.-C. ■. D'autre part elle ne remonte pas plus haut que le sixième siècle, époque de la floraison du style corinthien à figures. Elle me semble
Fîg. 283. — Suite des fresques de la tombe Campana.
devoir être rapportée au temps où l'hellénisme, momentanément éliminé de l'Etrurie par la prédominance du commerce phénico-carthaginois, reprend définitivement le dessus, c'est-à-dire à la fin du sixième siècle ou au commencement du cinquième. Si, quelques années avant la révolution de 510 à Rome, Tarquin le Superbe s'adresse à un artiste de Veii pour la fabrication des quadriges qui doivent orner le couronnement du temple Capitolin, c'est qu'à ce moment la ville a des ateliers de plastique céramique assez importants : or, si elle a des ateliers
1. Annali, 1855, p. 20; 1863, p. 217. Dumont et Chaplain, Céramiques, p. 23 et suiv. — Des cavaliers à peu près identiques à celui de la tombe
Campana se roieut sur un vase corinthien de Cervétri {AntmVi, 18G6, p. 275, tav. d'agg. Q). ■2. Tite-Live, V, 19--22.
de ce genre, elle doit en avoir aussi pour la peinture, la plastique eéramique et la peinture étant alors inséparables, témoin Gorgasos et Damophilos, qui sont à la fois des modeleurs et des peintres '.
Nous ne savons pas dans quelle mesure le style gréco-oriental des fresques Campana a été répandu en Etrurie. En tous cas il ne paraît pas avoir été confiné à Veii. On a trouvé en eft'et des fresques analogues à Cervétri ", à Cosa' et bien loin de ls\, dans la vallée du Clanis à Poggio-Renzo près de Chiusi '. Il est probable qu'à la fin du sixième siècle tous les ateliers de peinture qui existaient dans la Toscane
Fig. i^-i. — Sniic dt-^ fri^qnw 'le la tombe Camiwna
méridionale procédaient à peu près de la même façon en s'inspiraut des modèles fournis par la céramique de style gréco-oriental. Ce qui prouve du reste qu'à un moment donné ce style a été populaire chez les Etrusques, c'est qu'il a laissé dans leur art une trace ineffaçable. Leur peinture en a toujours gardé quelque cliose. Dans plus d'une tombe du cinquième ou du quatrième siècle on remarque sur les tymjians des chambres peintes des groupes d'animaux féroces ou fautastiques, sphinx, griffons, lions, léoi)ards, conçus dans le même esprit de convention décorative que le sont ceux des vases corinthiens et que l'on peut considérer comme un legs du style gréco-oriental.