‹ L'art étrusqueChapitre 258 sur 357 · Biilitlino, 1874, p. 225 et •uiv · texte numérisé non relu

Biilitlino, 1874, p. 225 et •uiv

LES STYLES DE LA PEINTURE

Après les fresques Campana se placent, dans l'ordre chronologique, les plaques de terre cuite peinte trouvées à Cervétri (planche IV). Les premières de ces plaques, au nombre de six, ont été découvertes en 1856 par le marquis Campana; elles ont passé au Louvre avec une partie de la collection Campana. Peu d'années après à Rome, on en vendit d'autres qui étaient fausses , ce qui eut pour effet de faire naître des soupçons sur l'authenticité des premières. Aujourd'hui ces soupçons n'existent plus depuis (ju'en 1874 les frères Boccanera ont découvert cinq nouvelles plaques dans un tombeau de Cervétri : celles-ci sont pour le dessin et la coloration semblables à celles du Louvre : elles sortent évidemment du même atelier et peut-être sont-elles de la même main.

Les six plaques du- Louvre n'appartenaient pas toutes à la même composition. On remarque en effet des différences de dimensions pour l'une d'entre elles, qui est de près de 10 centimètres plus haute que les autres. On remarque aussi que les ornements qui lui servent de bordure en haut et en bas ne sont pas les mômes que sur les autres plaques. Il y avait évidemment deux séries, qui ne nous sont pas parvenues complètes. Nous ne parlerons ici que des quatre plaques qui paraissent pi'ovenir de la même composition. Trois d'entre elles s'ajustent bien ensemble et forment un tableau : au centre s'élève un autel qui par la disposition en échiquier de ses pierres multicolores rappelle certaines façades florentines, et derrière l'autel on voit un fut de colonne avec chapiteau à volutes portant un chaudron ou brûle-parfums ; à gauche de l'autel alhimé se tient un homme, la main droite levée dans l'attitude de l'adoration ou de la prière i'pl. II, 2); — • derrière lui s'avancent trois personnages, la main droite levée, un homme armé d'un arc, une femme avec une tige de feuillage, un homme avec une lance (pi. II, 1); — à droite de l'autel deux personnages marchent vers lui, un homme armé d'un arc, la main droite levée, et un génie ailé portant dans ses bras une jeune hlle (pi. II, 3). — La dernière plaque ne peut guère se placer qu'à la droite de celle-ci, si, comme cela est vraisemblable, elle se rapporte au même sujet : elle nous transporte à un autre moment que celui du sacrifice :

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deux vieillards assis l'un en face de l'autre, sur îles pliants, s'entretiennent de la victime, dont ITinie voltige au-dessus de leurs têtes sous la forme d'un oiseau à tète de femme; l'un d'eux, qui est armé d'un sceptre, parle à l'antre, qui l'écoute à peine et semlile plongé dans une douleur muette (pi. II, 4) '.

Quel peut être le sujet de cette composition? On a naturellement pensé au sacrifice d'Iphigénie. Mais, selon Brunn -, une pareille interprétation n'est pas acceptable. Il n'y a pas là de sct^ie mythologique ; aucune des figures n'a le moindre caractère divin ou héroïque. Ce sont des Etrusques « pur sang » que nous avons sous les yeux, des Etrusques représentés non d'une façon idéale, mais avec tout le réalisme que comporte le style d'un art encore peu développé. D'ailleurs les sujets mythologitiues n'apparaissent que dans la dernière période de l'art étrusque. Ni les urnes, ni les cippes, ni les sarcophages, ni les peintures de style archaïque n'en présentent aucun exemple. Les scènes sont toujours, sans exception, relatives au culte des morts : ce sont des expositions funèbres, des sacrifices, des banquets, des danses, des jeux. Il est très probable que la scène peinte sur les jtlaques de Cervétri appartient au même ordre de sujets. C'est une procession solennelle vers le bûcher funéraire, du genre de celles (pii se rencontrent si souvent sur les bas-reliefs des cippes archaïques de Chiusi. Cette interprétation est la seule qui permette d'expliquer d'une manière satisfaisante la présence du personnage debout devant l'autel allumé, lequel n'a ni l'attitude, ni le costume, ni les attributs d'un prêtre, et n'est très vraisemblablement que l'un des proches parents de la défunte; seul de tous les autres personnages, il est sans barbe et a les cheveux coupés, ce qui chez les Grecs et iteut-être aussi chez les Étrusques était un signe de deuil.

La démonstration de Brunn, ilont je viens de résumer les principaux arguments, me ]>arait juste de tnus ])oints, et je crois comme lui qu'il ne saurait être ici question du sacrifice d'Iphigénie. Le sujet est bien étrusque. Étrusque aussi est la figure de ce démon ailé (pii piute la

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