‹ L'art étrusqueChapitre 260 sur 357 · Dcnnia, I, p · texte numérisé non relu

Dcnnia, I, p

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merce jette sui' les côtes de l'Italie, c'est-à-dire des jDeiutiives céraïuiques. L'artiste étrusque ne trouve rien de mieux que de reproduire, eu les amplifiant, les dessins que le liasard lui met sous les yeux; mais si les types sont grecs, la composition ne l'est pas. Le sujet est étrusi^ue et se rapporte aux usages funéraires du pays. Les formes helléniques s'entremêlent d'éléments toscans, qui les dénaturent et les démarquent pour ainsi dire. Sous l'inexpérience du peintre, dont la main encore incertaine demeure l'esclave des modèles tracés sur les vases par des mains plus habiles, on voit poindre l'effort .naïf d'un art qui a quelque chose de particulier ù exprimer. L'expression est grecque, mais la conception est étrusque. Avec le teiiqis, cet art va se dégager et parler une langue qui sera bien à lui.

L ARCHAÏSME TOSCAX.

Ce progrès, nous le trouvons eu partie réalisé dans un groupe de peintures trouvées à Cornéto et à Chiusi, appartenant aux tombes dellc iscriziom , ciel morto, del vecclno, dei vasi dipinti, del Barone, degli aucjuri, et délia scimia '. Ces peintures sont certainement postérieures aux plaques de Cervétri. Il y a encore bien des gaucheries de dessin, des raideurs, des bizarreries, qui sont le fait d'un art à ses débuts, mais on observe déjà une connaissance plus juste de la construction du corps humain. Les figures ont quelque chose de moins uniformément compassé. Elles sont plus allongées, plus sveltes et semblent plus libres de leurs mouvements; on en remarque quelques-unes qui se montrent de trois quarts, la tête et les jambes étant toujours figurées de profil et les yeux de face. Tous les pieds ne sont pas également posés à plat : le talon commence à se détacher. Les attitudes sont plus variées et plus agitées. Au lieu de personnages graves qui s'avancent posément, nous voyons des gens qui cou-

1 . Je ne cite ici que quelques tombes, celles où se | mentionne n'inapUque pas une succession chronolovoient le plus nettement les traits caractéristiques gique. de chaque période. L'ordre dans lequel je les |

reut, qui sautent, qui dansent. Sans doute l'équilibre n'est pas toujours irréprochable , mais enfin les mouvements sont indiqués avec une justesse relative dont les plaques de Cervétri ne nous offraient pas l'exemple. La coloration n'est plus réduite aux quatre couleurs fondamentales (noir, rouge, blanc, jaune) : le peintre dispose d'une couleur nouvelle, le bleu, et sait par des combinaisons obtenir des nuances intermédiaires, tels que le rose-chair et le gris. En un mot, il n'a pas encore dépouillé les caractères de l'archaïsme, mais sa main commence à s'assouplir.

FIg. 285. — Scène funéraire. TaMcan principal de la tombe del mono A Corntto. .Vonumtnti, II, ji). 11.

Ce qui distingue surtout les peintures de cette catégorie, c'est ce que j'ajipellerais leur indépendance. Les artistes (pii les ont faites semblent s'être af'iranchis des lisières de l'art grec archaïque. Ils conçoivent par eux-mêmes et trouvent d'eux-mêmes les formes les i>his propres à traduire ce qu'ils ont conçu. Ils n'adaptent jias tant bien que mal une composition helléniipie î\ la représentation d'une scène étrusijuo; mais cette scène, ils cherchent h la présenter cominc ils la voient et avec le caractère qu'elle a dans leur pays. Leur peint me est personnelle et nationale.

Considérez par cxemi»le le tableau principal de la i/roft(t del mnrtn ifig. 285). Nous sommes dans une chamlire mortuaire étrusque, devant un lit où un homme vient de rendre le dernier soupir; montée sur un

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de ces longs escabeaux dont les nioninnents figurés de l'Etrurie nous offrent si souvent l'image, une jeune femme s'approche du défunt l)0ur lui fermer les yeux et s'apprête à lui voiler le visage, tandis (^u'un autre proche pai-ent, penché au pied du lit, ramène sur ses jambes l'extrémité d'une couverture. Plusieurs personnages entourent la couche et manifesteut leur douleur par des gestes désordonnés, les gestes traditioiniels de la désolation. Ce n'est pas là une de ces scènes idéales d'exposition funèbre et de lamentations comme nous en montrent les amphores attiques du cap Colias : c'est une scène particulière (pie le peintre met sous nos yeux. Le

Fig. ii^H. — ScL-i

de jeux. Tombe âet/li auguri à Comi-to. Moiiumenti, XI, pi. XXV.

défunt n'est pas un cadavre (juelconque, c'est un Etrusque déterminé; la jeune femme et le jeune homme sont aussi des individualités précises; une main plus sûre aurait fait des portraits, mais à défaut de la j)liysionomie propre de chaque personnage vous avez les noms écrits au-dessus de leurs têtes. Nous sommes en pleine Etrurie, au milieu d'une famille étrusque, devant un mobilier et des costumes étrusques. Les autres sujets ne sont pas moins nationaux, si je puis dire. Les danses joyeuses au son de la musique, les combats d'athlètes, les danses de pyrrichistes, les courses de chevaux, les banquets, tout cela se ra}»porte, directement, nous l'avons vu, aux cérémonies (pu étaient chez les Etrusques l'accompagnement ordinaire des funérailles solennelles. Ce sont des tableaux de moeurs étrusques. Ici encore tous les traits sont ajipropriés et pour ainsi dire indigènes. Les

costumes sont ceux que l'on portait en Étiurie : partout de longs vêtements, à couleurs voj-antes avec broderies; sur la tète des femmes, le tidulus ou capuchon national, dont les pans tombent sur les épaules; jjas de nudités, les danseurs même ayant une sorte de pagne autour des reins; au lieu de couronnes végétales comme en Grèce, des couronnes d'étoffe comme on n'en voit qu'eu Etrurie. Il y a plus : il semble que le peintre ait cherché à représenter non pas une cérémonie funéraire quelconque, mais une cérémonie déterminée. En voyant la physionomie expressive du vieux galantin en bonne fortune qui est peint dans la tombe del veccliio, on a l'impression qu'on est en face d'un portrait. Ne sontcepas comme des portraits encore toutes ces têtes qui figurent dans la tombe délia sclmia i\ Chiusi : celle de la noble dame, grave et majestueuse, qui du haut de son estrade préside aux jeux funéraires; celle de ces athlètes aux formes massives et c\ la physionomie bestiale? On n'est pas ici dans le domaine de la fantaisie ni du convenu : la réalité même, une réalité qu'il a vue ou dont des témoins oculaires lui ont fourni les éléments, voilà ce que le peintre s'efforce de représenter dans la mesure de son talent. L'archaïsme des plus anciennes fresques de Cornéto corresi>ond donc à une émancipation du génie étrusque. Il est encore voisin de l'enfance, dont il a encore la raideur, la gaucherie, l'inexitérience; niais il a conscience de sa force naissante, s'essaie à marcher de Inimême et commence à prendre une allure persdnnoUo. Nous voyons ]ioindre une peinture nationale.

Mais si cette peinture est nationale, elle l'est par ses aspirations et non point par ses procédés. Leur éducation s'étant faite avec les l)eintures céramiques de la Grèce et peut-être sous la direction de quelipies artistes grecs, les peintres étrusques ont l'œil et la main accoutumés à certaines formes, A certains gestes, i\ certaines conventions, qui sont des formes, des gestes et des conventions helléni- (jues. Il est impossible qu'il n'en reste jias quelque chose. De lA, dans des sujets foncièrement étrusiiues et traités dans un esprit étrusque, des réminiscences helléniques. Tel cavalier, tel danseur, tel lutteur rappelle de loin un mudèle grec. Le style n'est pas grec, mais le

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mouvement général de la figure fait songer, sinon à un original déterminé, du moins à un type connu : de même les peintures de Cimabuë et de Giotto, sans être de style byzantin, ont à première vue avec les peintures byzantines un air de famille. Il y a là un phénomène très naturel, la mémoire des formes étant aussi tenace, sinon plus tenace, que la mémoire des idées.

Les réminiscences dont je parle auraient été en somme peu de chose et n'auraient pas nui à l'épanouissement du style proprement étrusque si elles n'avaient pas été constamment entretenues et renouvelées par suite de l'inliltration continue et croissante de l'hellénisme en Italie. Supposez pour un instant que les Etrusques, après avoir reçii des Grecs les premiers éléments de la peinture, eussent été abandonnés à eux-mêmes : ils auraient naturellement développé les qualités d'observation personnelle que nous avons relevées dans les peintures archaïques de Coruéto ; ils auraient donné libre essor à cet instinct de la vie et de la réalité qui était dans le caractère de leur race et qui, longtemps contenu, finit par éclater dans l'art de leurs descendants, les Florentins du quinzième siècle. Malheureusement pour eux il en advint tout autrement : les circonstances furent telles que cet instinct national ne réussit jamais, durant toute l'antiquité, à prendre le dessus. Sollicités sans cesse par les modèles nouveaux qu'offraient à leur imitation les céramiques peintes de Grèce, jetées par milliers sur les marchés de l'Etrurie ou fabriquées en Italie par des artistes grecs, trop pauvres de procédés techniques pour ne pas accueillir avec empressement tous les perfectionnements matériels réalisés par les Grecs dans l'art de la peinture, ils en vinrent insensiblement à se laisser prendre aux séductions d'un idéal (|ui n'était pas le leur et à sacrifier leur originalité naissante à la tentation de reproduire les belles formes helléniques.

Cette tendance commence à se manifester dans celles des peintures de Cornéto qui se classent vers la fin de la période archaïque et particulièrement dans celles de la tombe dei vasi dipintP . L'ensemble

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