‹ L'art étrusqueChapitre 265 sur 357 · Titc-Live, .XXXIX. S · texte numérisé non relu

Titc-Live, .XXXIX. S

LES STYLES DE LA PEINTURE

été coustarameut partagés et comme tiraillés entre deux influences contraires. D'une part la réalité les attirait avec sa variété, sa vie, ses couleurs. Par je ne sais quel instinct particulier à leur race, ils se sentaient poussés vers la reproduction précise des personnages et des choses, vers l'exactitude du détail individuel. Ils rêvaient avant tout de peindre ce qu'ils voyaient autour d'eux, les spectacles, les types, les costumes de leurs pays. Tandis que se déroulait sous leurs yeux le

Fig. 293. — Grec luttant contre deux Amazones. Fragment (Vune composition peinte sur un sarcopliage de marbre, de Cométo. ilusée de Florence. Motuimenfi, IX, pi. X.X.

tal)leau de ces funérailles solennelles où s'étalaient toutes les splendeurs d'une opuleiite civilisation, où il semble que tout un peuple s'unissait moins pour mener le deuil d'une existence brisée que pour célébrer le triomphe d'une ame s'épanouissantà l'éternelle félicité, tandis qu'éclataient les cris, les danses des festins et le joyeux tumulte des luttes, des courses et des jeux, tout ce pittoresque frappait vivement l'imagination des artistes, qui s'ingéniaient à le traduire de leur mieux par des formes sensibles. D'autre part leur main, pinson moins incertaine, était comme enchaînée à l'art grec, qui les environnait de tous côtés.

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qui les tentait par la perfection croissante de ses procédés techniques, par la beauté de ses formes et de ses proportions, par l'harmonie de ses couleurs, par la variété de ses sujets. Comment ne pas céder à toutes ces séductions, d'autant plus vives qu'elles étaient toujours présentes? Comment résister au facile plaisir d'imiter des modèles tout trouvés et sans cesse renouvelés? Les peintres étrusques n'y résistaient pas. L'histoire de leur peinture n'est pas autre chose qu'un conflit perpétuel entre l'instinct réaliste de l'Etrurie et les conventions idéales de l'art grec. Tantôt celles-ci l'emportent, tantôt au contraire c'est l'instinct national qui prend le dessus. Le temps semble donner l'avantage k la Grèce ; les sujets grecs, les formes grecques finissent par faire la conquête de l'Etrurie. Mais à peine l'idéal grec a-t-il pris pied sur le sol de l'Etrurie qu'il s'y dénature. L'originalité étrusque réagit sur lui. Les sujets mythologiques de la Grèce s'entremêlent d'une foule d'éléments propres à la démonologie étrusque. Les belles formes perdent quelque chose de leur pureté, de leur élégance simple et harmonieuse. Le réalisme invétéré de l'Etrurie perce toujours dans une brutalité de mouvements et d'expression qui répugne t\ l'art de la Grèce, ainsi que dans l'importance exagérée attribuée aux menus détails, X l'exactitude des costumes, des attributs et de tous les accessoires.

Il est une autre remarque s\ la([uelle nous conduit l'étude comparée des styles, c'est (jue le développement de la peinture en Etrurie ne s'est pas accompli de la même manière tjue celui de la sculpture. Il a été à la fois moins étendu et plus régulier. Comme la sculpture, la peinture a pris naissance dans cette région de la Toscane méridionale qui a été de bonne heure le centre d'un mouvement commercial actif avec la Grèce et dans laquelle les tribus barbares de la race étrusque ont pour la première fois appris les éléments de la civilisation. Comme la sculpture, elle a été jirovoquée par des importations, principalement par des importations céramiques. Mais, chose curieuse, il semble qu'elle ait k peine dépassé les limites de la région (|ui l'avait vue naître. Elle a rayonné de proche en jiroche, d'une part le long des côtes depuis Cervétri jusqu'à la vallée de l'Albegna, en

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passant par Cornéto, Vulci et Cosa ; d'autre part vers la vallée de la Chiana en remontant la vallée du Tibre et eu passant par Véies, Orte, Bomarzo et Orviéto. Dans tout le reste delà Toscane, du moins jusqu'à présent, on n'a pas signalé une seule peinture. C'est un art qui jusqu'au bout est resté en quelque sorte régional. C'est peut-être ce qui explique la régularité relative de son développement. Peu éloignés les uns des autres, situés dans de grands centres, soit à peu de distance de la mer, soit sur le cliemiu du commerce qui mettait constamment en communication la haute vallée du Tibre et les côtes des Maremmes, les ateliers de peinture paraissent n'être pas demeurés dans cet état d'isolement qui a tant nui, nous l'avons vu, aux progrès de la sculpture. Aussi, tandis que les sculpteurs , esclaves d'une routine que le hasard seul renouvelle, esclaves surtout des matériaux plus ou moins convenables qu'ils ont sous la main, travaillent longtemps comme ils peuvent, chacun de leur côté, ont chacun leur style et n'arrivent ù un semblant d'unité artistique que dans la dernière période de l'art étrusque, c'est-à-dire vers le troisième siècle, les peintres marchent de concert de l'archaïsme gréco-oriental jusqu'au style mythologique. Sans doute il y a des retards ici ou là, qui tiennent soit à la persistance des traditions archaïques dans un atelier, soit à un goût tout local . soit à l'individualité de l'ouvrier. Mais, en dépit de ces retards^ tous les ateliers traversent à peu près parallèlement les mêmes phases, subissent les mêmes influences et transforment leur style dans le même sens à peu près en même temps.

Il nous reste à porter un jugement sur la valeur artistique des fresques étrusques. Il ne faut pas se faire d'illusions : ces fresques sont loin d'être des chefs-d'œuvre. Qu'ici ou là ou puisse admirer une tête bien faite, un profil pur, une physionomie expressive, une figure construite avec un sentiment juste des proportions et des mouvements ou même un groupe bien composé ; qu'il y ait des détails de costume heureusement rendus, des combinaisons de couleurs brillantes ou harmonieuses, qu'enfin l'impression générale de tel ou tel tableau soit avantageuse : il n'en demeure pas moins certain que, pris dans son ensemble, l'ieuvre des peintres étrusques est assez mé-

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diocre. L'invention est pauvre eu somme, puisque ce sont invariablement les mêmes sujets qui reviennent, traités à peu près de la même façon. L'exécution est hâtive et l'on perdrait son temps î\ vouloir y relever toutes les gaucheries, toutes les étrangetés du dessin ou de la coloration. Le travail est quelquefois si peu soigné que les personnages ressemblent à de véritables caricatures. Est-il besoin de dire (jue ces fresques n'appartiennent pas au grand art? Tout y trahit plutôt la main d'un ouvrier que celle d'un artiste. Les peintures sont évidemment de l'art industriel au même titre que les sculptures des sarcophages et des urnes ou que les gravures des cistes et des miroirs. Comme les sculpteurs et les graveurs, les peintres travaillaient d'après des types convenus, qu'on se passait de main en main dans les atehers. La chose a été mise en lumière par de nombreuses comparaisons entre les peintures, les urnes, les cistes et les miroirs'. Certains motifs sont si souvent reproduits et avec une telle uniformité qu'il faut supposer l'existence d'une collection de modèles courants, pour la plupart empruntés à la céramit]ue grecque, et dans laquelle les artistes étrusques n'avaient que la peine de chercher les éléments de leurs comi>ositions.

Mais quelle que soit la banalité des peintures étrusques, elles n'en conservent pas moins un grand prix aux yeux de l'archéologue. D'abord, mieux que toutes les autres productions de l'art étrusque, elles nous offrent une suite k peu près continue d'ieuvres qui nous permettent de suivre pas à i)as les progrès et les translormations du style en Étrurie. En second lieu, eu nous peignant avec mi réalisme scrupuleux quelques grandes scènes de la vie étrusque, elles nous ouvrent des vues sur une grande civilisation, que nous sommes d'autant plus curieux de connaître qu'elle a beaucouji prêté à Komc. • Nous pénétrons dans l'existence du peuple étrusque : nous le voyons au milieu de ses joies et de ses deuils; nous nous figurons tout le luxe de son mobilier, de sou costume, de sa parure. .

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