‹ L'art étrusqueChapitre 29 sur 357 · Helbig, Italiker in der Poehene, p · texte numérisé non relu

Helbig, Italiker in der Poehene, p

î\ l'âge des pozzi et dont quelques-unes sont du cinquième siècle, on recueille des céramiques pareilles à celles que nous avons ici. Si cette poterie n'avait pas été faite dans le pays, la tradition ne s'en serait pas conservée si longtemps.

C'est donc bien à une céramique étrusque que nous avons affaire. Or il se trouve que cette céramique toute locale a des traits de ressemblance avec d'autres céramiques, étrangères à l'Italie. Sur les rivao-es extrêmes du bassin oriental de la Méditerranée, en Troade, î\ Hissarlik, on rencontre des poteries analogues, des ampoules sphéroïdales avec goulot penché, des vases à plusieurs goulots, des vases en forme d'animaux, d'autres en forme de barques, des fusaioles, des figurines modelées au pouce avec un art enfantin. A Hissarlik comme en Italie, les vases sont façonnés grossièrement à la main, avec une argile mal pétrie et mal cuite ; ils sont pourvus de bossettes et ornés de dessius géométriques incisés '. Ailleurs, à Chypre, dans les plus anciennes tombes de l'île, se retrouvent des poteries semblables -. A quoi tiennent ces analogies? On pourrait dire à la rigueur que ce sont des coïncidences fortuites, que les céramiques jirimitives ont à peu près partout la même physionomie, qu'il }• a au Mexique et au Pérou des poteries pareilles à celles de Chypre et d'Hissarlik, et que les plus anciens potiers de l'Italie ont pu rencontrer naturellement, au même titre «jue ceux de l'Amérique, des formes et des procédés d'ornementation familiers aux ])Otiers de l'Asie Mineure. Mais à quoi bon faire intervenir le hasard? Les poteries que nous comparons ici n'ont pas été trouvées si loin les unes des autres qu'il faille renoncer :\ chercher entre elles un lien commun. Si grand que soit le bassin de la Méditerranée, c'est un monde relativement restreint dont toutes les parties ont fait entre elles pendant des siècles des échanges de peuples et de marchandises. Il a pu arriver par exemple que, dans le troulde d'une de ces révolutions ethnographiques dont nous avons déjt\ parlé, des tribus de même race habitant le nord de la Tlirace se soient trouvées séparées; (pie les unes, ])a.ssant le Hosphore, se soient répandues

I. DumoDt et CiupUin, lu Cirami'iurt de lu 1 2. Ce (ont \ctviue»A\l»d'Alamtra (Pcirot et Grict prtprt, (mc. I, p. Im. | Chipie», //i»(. ilt l'art, t. III, jv ill et «84).

LA PREMIERE CIVILISATION ETRUSQUE. 57

sur l'Asie Mineure et de là d'île eu île jusqu'à Chypre, tandis que les autres, poussées vers l'Occident, s'arrêtaient en Italie; et qu'ainsi certains procédés d'industrie, notamment l'art de fabriquer des poteries et de les orner de dessins géométriques incisés, aient été portes simultanément en Troade, à Chypre et en Toscane par les rameaux détachés d'une seule et même peuplade. L'hypothèse est séduisante : rien n'est plus simple en eftet que d'admettre, avec M. Conze ', une industrie aryenne primitive, qui de l'Europe centrale aurait passé avec les diverses tribus aryennes dans les péninsules de la Méditerranée, et apporté avec elle les éléments de la décoration géométrique '. Mais ici il ne s'agit pas seulement de décoration géométrique : il s'agit aussi de formes qui ne sont pas nécessairement associées à cette décoration. Et puis il s'agit de céramiques étrusques, c'est-à-dire de céramiques appartenant à un peuple qui selon toute vraisemblance n'est pas aryen. Il est vrai qu'il a vécu longtemps côte à côte avec des tribus aryennes et qu'avec cette faculté d'assimilation qui, comme nous le verrons plus loin, est le trait saillant de son caractère, il a pu leur emprunter certains de leurs procédés industriels. Mais il se trouve précisément que les tribus aryennes à côté desquelles il a vécu, auxquelles il a Ijeaucoup emprunté, n'ont rien dans leurs céramiques qui rappelle les céramiques troyennes ou chypriotes, si ce n'est quelques motifs géométriques très élémentaires tracés à la pointe. En effet ni dans les terramares, ni dans les plus anciennes sépultures latines on ne rencontre les types caractéristiques d'Hissarlik ou de Chypre ; mais en revanche on y voit des types très particuliers qui n'existent ni à Hissarlik ni à Chypre, des urnes-cabanes par exemple et des anses en croissant. Nous sommes en présence de deux groupes céramiques distincts qui, du moins dans le choix des formes, procèdent de principes différents. Ce n'est donr pas des tribus aryennes installées en Italie que les Etrusques tiennent les formes céramiques qu'ils ont en commun avec les peuples de la Troade

1. Voir les mémoires intitulés ; Zur Geschichtt: der An/iiiiffe griech. Kiinst, et la lettre complémentaire de M. Conze, publiée dans les Annali (1877).

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