‹ L'art étrusqueChapitre 294 sur 357 · Athénée, XV, p. 700. 1 4. Pline, //. -V., XXXIV · texte numérisé non relu

Athénée, XV, p. 700. 1 4. Pline, //. -V., XXXIV

500 LAUT ÉTRUSi^UE.

plus florissants dans le jiays compris entre la liante vallée du Tilire et la source de l'Arno. Pendant plusieurs siècles, sans doute ju.s(iu'à l'époque romaine, ces ateliers ont été en pleine prospérité et nout cessé de répandre leurs produits sur les marchés de l'Italie centrale '. De là le nombre considérable de bronzes que l'on trouve partout en Toscane. Il y en a dans les moindres musées, dan? les galeries i)articulières et jusque chez les paysans. Et quelle variété infinie! Ce sont des statuettes de divinités, des ex-voto, des ustensiles de ménage ou de toilette, des fournitures de guerre, des pièces d'équipement, des appliques, des ornements de toute espèce, sans compter une multitude de fragments dépareillés, d'anses, de pieds, de couvercles, etc.

De toutes les collections de bronzes étrusques, les deux plus remarquables sont celles de Florence et de Pérouse. Celle de Florence se compose en grande partie d'objets trouvés dans l'Apennin, j)rès de la source de lArnu, dans les eaux du lac de Falteroiia. Il y avait 1<\ sans doute un sanctuaire ou des eaux thermales auxquelles on attribuait certaines vertus miraculeuses et qui paraissent avoir été pendant des siècles un lieu de pèlerinage : de là une multitude d'ex-voto de toutes sortes, parmi lesquels on compte un grand nombre de figurines'". La collection de Pérouse doit son originel une trouvaille analogue fiiite en 1812 à San Mariano, à quehiues kilomètres de la ville. Par un heureux hasard on a mis la main sur un de ces dépôts, comme les temples antiques en avaient quelquefois, pour jeter au rebut le surplus des ofiVandes qui les encombraient \

v? 1. — i,i;s ritiiKiNKs.

Considérons d'abord les figurines, ce <[ue Pline appelle les si'ijna tuscanica. Il y en a de toute espèce. Les unes sont certainement des

1, ln;/eniii Tiitcorum Jingcmlii timiiUicrii l'iUm i 102, pi. XII-XVI.

iiiiiuilnrerutil. (TcTtuWiCB, .Ipoliytl., 'I».) 1 8. Vcrmiglioli, Saggio </t Aroici tlruicM, Vv.

2. Sur la dteouTcrtc dn mont Faltcronft, voir I roii8e.l81S.Micnli,.lfoii. ii«f</.,p.'i7-4l;pl.XXVIIIhiillrllno, 1838, p. G5.(;8; eS-TO; 1842, p. 17!>- 1 XXXI. Une partie de« brome» do San Mariano a 184 ; Aimait, li<4a, p. Soi j Micili, Mon. iiirr/.. p. M- 1 passé au mutée de Miiuich cl à celui de Londrc».

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ex-voto : c'est le cas par exemple de celles qui proviennent de San Mariano ou du lac de Falterona. D'autres sont sans doute de petites idoles, comme il y en a dans tous les temps, sortes de divinités portatives sans lesquelles il n'y a point de religion populaire. D'autres entin sont des appliques provenant de coffrets, de trépieds, de vases, de candélabres,, etc. Quoiqu'il puisse paraître naturel de les classer en deux grandes catégories, comprenant d'une part les images religieuses et d'autre part les statuettes décoratives, nous les étudierons toutes ensemble, connue elles sont exposées dans la plupart des musées, sans nous arrêter à des distinctions qui sont ù vrai dire plus apparentes que réelles. Sans doute il a pu arriver ([ue telle ou telle figurine ait pris une valeur symbolique pour avoir été consacrée dans un sanctuaire ou avoir servi d'idole, mais à l'origine toutes se valent et n'ont par elles-mêmes aucun caractère déterminé : tout dépend de l'emploi qui en sera fait. Voici par exemple un chien ou un oiseau. Au moment où il sort du moule, sait-on quelle destinée le hasard lui réserve? Ira-t-il se dresser sur le bord d'un chaudron ou s'aligner au milieu d'ex-voto étiquetés sur les tablettes d'un sanctuaire? Et cet Hercule avec sa massue, ce I\Iars avec sa lance, cette Minerve avec son égide, peut-on assurer qu'ils seront l'objet d'un culte au fond d'une chapelle? Car il peut très bien se faire qu'ils aillent échouer sur la pointe d'un candélabre. Il en est de ces petits bronzes en Etrurie comme des terres cuites que fabriquent par milliers les coroplastes de Tanagre. La destination n'en est pas prévue d'avance. Ils sont ce que les fait la fantaisie de celui qui les achète, et cette fantaisie, qu'il est impossible de deviner, n'influe en rien sur la main de l'ouvrier qui les façonne. Ne faisons donc aucune différence entre les figurines votives et celles qui ne le sont pas. Supposons qu'elles s'offrent à nous, telles qu'elles sont au sortir de l'atelier, dans leur banalité provisoire, quand nul ne peut dire encore si elles seront un objet de dévotion, une offrande ou une applique de vaisselle.

La façon en est très inégale. L'industrie des bronzes, s'adressant à des publics divers, était obligée d'avoir des figurines de tous les

prix. Pour satisfaire en particulier aux exigences de la piété populaire, il fallait faire des statuettes votives à bon niar- / \^ *-''^'" ^*" trouve souvent, notamment dans la collection

ï^^ Guardabassi à Pérouse, des figurines qui ne sont pas

autre cliose que des morceaux découpés dans une feuille de métal, semblables à ces silhouettes infonnesque les enfants taillent avec des ciseaux dans une feuille de carton. Vn petit rond forme la tête; deux appendices horizontaux simulent les bras et deux autres apjiendices obliques les jambes. Des trous marquent la ])lace des yeux, de la boiiche, des seins et du nombril.

Fig. 330. — Bronze

Totitrcpns«ntant H est impossiblc d'imagluer quelque

nn dieu gncirier. 11/1/ • t-<

Musée de Florence, cliosc dc plus élémentaire. li.ncore au-

Hauteor, 0",18. . , ,, . . , .

jourd hui on peut voir des images analogues accrochées aux tableaux de l'iconostase dans les chapelles de la Grèce moderne. Il existe en Etrurie une seconde espèce de figurines, moins grossières de facture que les précédentes, mais encore très rudimentaires : ce sont des images t\ revers plat , façonnées d'un seul côté, propres à être appliquées sur une surface. Une troisième catégorie se compose de tiges allongées, auxcpielles on a donné tant bien que mal l'apparence d'un personnage. Il y eu a beaucoup qui représentent un guerrier casqué, armé d'un bouclier et brandissant une lance, dans l'attitudo traditionnelle attribuée au dieu Mars par la plastique' étrusque (fig. 33G). D'autres représentent un supi>liaiit debout, tenant une patèrc à la main, ou peut-être un dieu Lare (fig. 337). Ces figurines ont k peine deux ou trois centimètres d'épaisseur et s'élèvent eu hauteur jusqu'A trente, quarante centimètres, quelquefois davantage. La disproportion est ridicule : les jambes surtout n'en finissent i)as. D'où i)eut venir cet usage étrange de labri- (lUiT ainsi des statuettes démesurément allongées et eoniiiie étiréos A

Fig. .1.1*. — Bmnic votif du mil«*>c de Vnllrrm.

DrniiU, U. piigc l"*!".

Au i;».

LA METALLURilIE. 503

plaisir? La raison n'en saurait être cherchée dans l'impuissance des ouvriers étrusques ni dans leur ignorance des proportions ; car, si le corps est ainsi disproportionné, la tête et le buste sont souvent traités avec soin et avec un sentiraent juste des reliefs du corps humain. Evidemment l'ouvrier était assez habile pour modeler des jambes, s'il l'eût voulu. Si donc il ne les a pas modelées, s'il les a ridiculement allongées, c'est par système. Et ce qui achève de le prouver, c'est le fait que des statues en terre cuite, faites dans des moules, soignées dans le détail, retouchées même à l'ébauchoir, des œuvres par conséquent qui témoignent d'un certain art, présentent quelquefois la même invraisemblance voulue de proportions. Je me demande si cette invraisemblance n'est pas l'effet d'une de ces supercheries religieuses si familières à l'antiquité. On sait quelle place tenaient les vœux dans les cultes de la Grèce et de l'Italie. Comme les dieux étaient censés avoir un domicile unique, leur sanctuaire, et qu'ils passaient pour ne vouloir traiter avec les hommes que donnant donnant, toutes les prières devaient se faire devant le sanctuaire même et être accompagnées d'une offrande matérielle qui était comme le prix effectif de la faveur demandée. Or le hasard voulait souvent qu'au moment où l'on avait le plus besoin du secours d'un dieu, l'on se trouvait éloigné de sou sanctuaire et hors d'état de présenter sur-le-champ l'offrande exigible. On faisait alors un vœu, ce qui revenait à acheter en quelque sorte à crédit la protection divine. On indiquait la nature de l'objet qu'on se proposait de consacrer et l'on s'engageait, comme un débiteur envers son créancier, à un remboursement ultérieur. Mais il arrivait ce qui arrive toujours en pareil cas : ou faisait de belles promesses, d'autant plus belles que la circonstance était plus critique. Mais l'heure une fois venue de tenir ces promesses, souvent faites à la légère et avec une exagération toute méridionale, on lésinait avec le dieu : on lui donnait, au lieu d'une hécatombe de bœufs vivants, une hécatombe de bœufs en terre cuite ; au lieu d'une statue d'or, une statue d'argile dorée ; au lieu d'une statue haute d'une ou de deux coudées, une tige métalHque de la dimension promise, qui n'était qu'une ca-

504 LAT.T Eira'SyL'E.

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ricaturc, mais qui avait l'avaiitage dV'iniiloyer l'tni île iiiatiÎTe et de ne pas coûter cher. Ainsi les fij^^urines allongées de rÉtrurie ne seraient pas autre chose que des expédients pour faire avec peu de bronze un grand ex-voto.

Il serait injuste de juger la toreutique étrusque d'après ces poupées informes et ridicules. A côté de celles-ci on trouve beaucoup de statuettes d'un t\j)e régulier et convenablement façonnées. Quelques-unes même sont assez bien venues. Je citerai notamment un bronze du Cabinet des médailles représentant un athlète avec des haltères dans la main (tig. 338). Les jambes et les bras V.,^ '--^jf •'^'^"^ traités d'une manière défectueuse, "^ v^ mais le torse et la tète sont d'un modelé

sûr et ferme; on y observe un sentiment juste des reliefs anatomiques et un ensemble de jiroportions qui font supposer un prototype helléni<jue; peut-être avonsnous li\ le surnioulage d'un bronze grec. ]\Ialheureusenient les pièces de cette valeur sont rares, et je crois que presque toutes proviennent, comme celle-ci, de surmoulages. En général les bronzes de l'Etrurie sont lourds d'aspect et d'une

Tig 338. — AthliU- avic linlUres. lironie , .

dû Cabinet des mfriaiiics (coucct. jnimi. excciition mcdiocre ; Ics uus surtout et

Hauteur. 0", M". , - . , . ,

les extrémités sont pauvrement traités, et à cet égard les bronzes ])euvent être rapprochés des statues et des ])eintures. Ici encore nous sommes en présence d'oeuvres de pacotille, faites par des praticiens qui vont au plus pressé, n'ont pas de préoccu])ations esthétiques et se contentent au besoin d'un moule inqiarfait. Mais ici encore nous retrouvons chez l'ouvrier le souci du détail accessoire poussé jiisqu'A la minutie. Si le bronze n'est pas une iigurine banale et anonyme, une image quelconque de ilieu

LA METALLL'RGIE.

OU de déesse, mais doit représenter un personnage déterminé avec un costume particulier, on s'acharne avec le burin sur l'épreuve sortie du moule, ou la surcharge d'incisions, pour rendre avec la plus scrupuleuse exactitude les moindres traits du visage, du costume et de la parure. On promène l'outil partout, sur les cheveux, comme si l'on tenait à marquer les enruolements de chaque tresse et les fils de chaque boucle ; sur les yeux, pour bien indiquer la prunelle, la pupille, les cils et les soiircils; sur les mains et les pieds, où l'on ne manque pas de tracer les ongles; sur les vêtements enfin, dont on veut montrer tous les ornements. Voici par exemple une statuette du musée de Berlin (fig. 339). Le modelé en est mauvais; il semble qu'il n'y ait pas de corps sous les vêtements, tant les formes sont grêles, tant la taille est amincie, tant la poitrine est plate; le visage, les pieds, les mains, tout est incorrect. En revanche, quel soin dans la reproduction des vêtements! Le tutulus avec les dessins qui le décorent et la couronne d'étofi"e qui l'entoure, les cheveux ondulés sur le front, les tresses qui tombent en masse régulière sur la nuque, les bracelets, les plis de la

ART ÈritcsguE. Cl

339. — Face et revers d'un bronze votif, du musée de Berlii Micali, ilon.per serv. pi. XXSIII, 1, 2. 2/3 de la grandeur rielle..

tunique constellée de petites croix, d'étoiles, de points, et garuio dune bordure brodée,' le mantelet à large bordure brodée qui pend sur le dos et dout les extrémités descendent des épaules jusque sur la poitrine, les sandales à dessins, tout est rendu avec une excessive minutie. La même attention à reproduire les menus détails du costume s'observe sur un bronze du Musée Grégorien, représentant un haruspice coift'é de son tutulus i\ poiute et à jugulaire, vêtu d'un manteau brodé sur les bords et que retient une grosse agrafe sur la poitrine (fig. 340).

Dans un passage où il énumère les ditiéreuts styles de la sculpture pour définir par comparaison les différents genres d'éloquence, Quintilien parle des statuœ tuscam'cœ et laisse entendre qu'elles représentent pour lui la rigidité mal assouplie d'un art qui commence '. Comme tous les rhéteurs romains qui, à l'exemple de Cicéron, aimaient A éclairer les questions littéraires par des rapprochements avec les beaux-arts, Quintilien n'exprimait pas une opinion fondée sur des réflexions personnelles, mais répétait un jugement qu'il avait entendu ou lu quelque part, une banalité courante passée à l'état d'axiome : nous voyons en etVet par Horace que le public au temps d'Auguste appréciait de la même manière les tyrrliena sifjiJla, puisqu'on les considérait comme des curiosités d'amateur, quelque chose d'analogue à ce qu'on appelle aujourd'hui des primitit.s ". L'impression des anciens était juste. Les bronzes étrus- Fig. 341. - Brost»

voti( Ju ma»)«

ques ont en enet une certame a|)i)arence d archaïsme. .10 norencc. ii.u- Beaucoup a entre eux reproduisent des types plastiques antérieurs au cinquième siècle : il sufiit de rappeler par exem-

Fig. 340. — Haruspice en costome. Petit bronze da musée Grjgorien. Miueo Grtyo- Hano, I, pi. XLIII.

Hauteur, 0",09.

1. Quintilien, XII, 10, 1. 1 p-is ponr lear bcauti qn'on les rcclicrcluit. Un

2. Éptlrtt, II, '2, li<0. C'-e nctait certainement | texte de Fronton indique a.'aei ce qu'on en pen-

LA METALLURGIE.

pie l'iuiiombrable série des figurines dérivant plus ou moius directement du type connu sous le nom d'Apollon de Ténée ' , ainsi que la série non moins abondante des statuettes féminines serrées dans ime robe étroite dont elles pincent un pli avec la main gauche '. Ajoutez à cela différents autres types empruntés à l'art grec archaïque, celui de l'Hercule étroitement serré dans sa peau de lion', celui de la Gorgone courant, le genou plié presque jusqu'à terre ', le Centaure avec deux pieds d'homme et deux pattes de cheval % et d'autres encore. Mais l'archaïsme des bronzes étrusques n'est pas seulement dans le type ; il est aussi dans la facture. Le modelé a toujours quelque chose de lourd, de sec, d'anguleux, ce qu'exprime très bien Quintilien en disant duriora et tuscanicis ijroxima ''. Les proportions sont d'autre part courtes et ramassées, avec une exagération de musculature d'autant plus choquante qu'elle est rarement bien correcte. Quintilien signale l'analo-

'clif.xut i SlusJe

Brmize votit troi , Hauteur, a'",26.

sait à Rome : a Unid si quispostiduret, ut Phidias hidicra, ut C'attackfts deùm simitlacra Jîiigeret, aut Calamis turina, aut Po!i/cletus etrmca?1>(^Ad Veritm, I, p. 123, éd. Mai.)

1. Voir plus haut, p. 318, fig. iH. Voir aussi Mi- C3\i, Mon. per serv., pi. XXXIV, 5, 9, 11; XXXV, 1, 8 ; XXXVI, 6. Mon. ined., pi. XI, 1 ; XVII, 1; XVIII, s. Gozzadini, Attlica necrop. a Marzabotto^ pi. XII, «, 8 ; XIII, 1,3,5; XIV, 1,2,0. Notizie, 1887, p. 230-232, pi. IV, 2. Sur la diffusion extraordinaire de ce type en Italie et .'i Rome même,

voir Helbig, Notizie^ 18!*8, p. 229 et suiv.

2. Voir plus haut, p. 318, iîg. 215. Micali, Monum. per servire, pi. XXXII, 1, 2; XXXIII, 1-3; XXXIV, 3, 4. Mon. ined., pi. XVIII, 1, 3, C. Gozzadini, Antica necrop. a Marzabotto, pi. XI, 1-4.

3. Micali, J/oJi. per serv., pi. XXXV, G, 7, 14. A'oir plus haut, p. 312, fig. 21S.

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