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LES MIROIRS

Les Etrusques se servaient de miroirs en argent ou en bronze. Il nous reste fort Y>en de miroirs d'argent : le Musée Britannique en possède un qui présente en relief une scène bachique ' ; on en a récemment trouvé un autre dans le sarcophage de Seianti Thammia , î\ Chiusi : c'est un disque découpé daiis une feuille d'argent très mince, avec une bordure de postes où se voient quelques traces de dorure : il est muni d'un long manche plat, qui s'arrondit à l'extrémité en forme de feuille et sur lequel on a gravé une raie verticale entre des stries obliques, d'un dessin semblable à celui d'une arête de poisson*. A part quelques fragments d'autres miroirs analogues, tous les ustensiles de cette catégorie que nous ont livrés les tombes étrusques sont en bronze. Quelques-uns à l'origine étaient dorés'.

Comme les miroirs grecs, dont ils ne sont qu'une imitation, les miroirs étrusques étaient de deux sortes; les uns étaient des disques polis, enfermés dans une double boîte î\ charnière ' ou bien faisant corps avec le couvercle de la boîte à l'intérieur; les autres étaient de simples disques, polis d'un côté et plus ou moins ornés de l'autre, qu'on tenait en main par une poignée. La décoration était à reliefs et i\ graffites, à reliefs pour les miroirs-boîtes et t\ graflfites pour les autres : on a cependant quelques miroirs à poignée ornés de reliefs.

Les miroirs à reliefs ne sont pas encore très nombreux. Tanui les plus beaux il faut citer celui du Musée Grégorien où l'on voit la figure d'Aurore enlevant Céphale (fig. 372), composition analogue ;\ celle de l'acrotère de Cervétri dont nous avons parlé plus haut'". Le style

L Bromeroom, p. 42, n. 30.

2. Xolhie, 188G, p. 3.j6. Miltheilmigcn (Rome), I, p. 219. Hclbig, Aiililt DeiikmaeUr, I, p. !), fig. 1. La feuille d'argent a f<i peu de coD!<i.'<taiice que ce miroir n'a dû avoir qu'une destination funéraire.

8. On voit encore des rcste-i de dorure «ur plu- »ieur« miroirs du Musie Grégorien.

i. On peut voir un de ces miroirs dans la main de Selniili Thauuiiia, p. 851, fig. 211. La figure lô.'i

(p. 1119) en montre un analogue, mais dans une boîte carrée.

5. Voir p. 328, fig. 219. — Pour les princip;inx miroirs S\ reliefs, voir linllelino, li*75, p. 82-84 (miroir Strozzi : PArls entre Minerve et Venu»); /iiillrliiin, 18(!fi, p. 17 ( Grecs et AuLizones) ; .Vonumnili. VIIL pi. XLVII (Ulysse et Pénéloi>c);

VIII, pi. XLVIII, 2 (enlèvement de Ganymètlc);

IX, pi. .\X.\I, 1 (Grecs et Amaiones); ihil., 8 (combat d'un homme et d'un griffon); ibùl., 4

LA METALLURGIE.

est archaïque et rappelle celui des œuvres de l'art attique coutemporaines de la fin du sixième siècle ou du commeucemeut du cinquième. D'un tout autre style et d'une facture beaucoup moins soignée est le miroir de Cornéto qui montre Bacclius enfant assis sur les genoux de la Terre eu présence de Mercure ' (fig. 373). L'exécution est lourde et molle, comme si la forme avait été usée par le tirage d'un grand nombre d'épreuves. Ce monument n'est curieux que parce qu'il reproduit à peu près identiquement une composition qui se rencontre sur trois autres miroirs et sur le couvercle d'une boîte en terre cuite jirovenant de l'Ttalie méridionale ". Il y avait donc des modèles d'un usage courant dans la plupart des ateliers de plastique. Ces modèles venaient certainement de la Grèce, où nous savons qu'il existait des miroirs à reliefs et d'où les types avaient dû se répandre grâce à de nombreux surmoulages. Qui sait même si plusieurs des miroirs à reliefs découverts en Etrurie ne sont pas de fabrique lielléni(|ue ■' ? A l'appiii de cette conjecture il faut remarquer que deux miroirs semblables, représentant tous deux Dionysos assis avec une figure féminine debout entre deux Amours, ont été trouvés, l'un à Cervétri, l'autre en Crimée''. Ils ont sans doute la même origine et ont dû être apportés dans les deux contrées par des marchands grecs, ceux-ci faisant à la fois le commerce dans la mer Noire et dans la mer Tyrrhénienne.

Si les miroirs à reliefs sont assez rares en Etrurie, en revanche les miroirs en forme de disques, avec dessins gravés sur la face opposée à celle où l'on se mirait, sont très nombreux : on en possède actuellement plus de quinze cents'. Les gravures dont ils sont décorés se présentent sous la forme de compositions plus ou moins compliquées,

(Hercule an jardin des Hcspérides); Miltheiluni/en (Rome), II, p. 157 (1» Oreste et Néoptoléme ; "2" scène bachique).

1. Von Rohden, Aimali, 1884, p. 30-19. On trouvera daniî la notice le.? indications bibliographiques relative.' aux trois autres miroirs analogues.

■2. Annali, 1884, p. 30 et .çuiv., tav. d'agg. E.

3. La question peut se poser par exemple pour le miroir Strozzi, pour le. miroir du Musée Grégorien et pour un miroir de la collection Barberiiii, étudié par M. Helbig (Bu/fc<ino, 18GG, p. 17)

4. Masner, I^iti Spîctjcîrelief ans Cœye (^Arck, epUjr. Mitllieil.am Oesterrekh'), X, 2, p. 222-225, pi. VIII.

5. Gerhard, Etnisl-ische Spieycl, 4 vol. L'ouvrage est continué par Kliigmann et Koerte (9 livraisons parues). Pendant longtemps on a désigné les disques gravés par le nom de patères. Inghirami le premier a reconnu qne c'étaient des miroirs {Specchi misliclil, 1824). ïl se trompait seulement en leur attribuant un sens mystique et une destination plus ou moins symbolique.

encadrées d'uue bordure qui est généralement une guirlande de feuillage, de lierre par exemple. Les sujets des compositions sont si variés qu'à moins d'en faire le catalogue, on ne peut en donner qu'une idée d'ensemble. Ils se répartissent en trois groupes. Dans le

Fig. 372. — Aurore enlevant Cépliale. Miroir & reliefs du Muste Grégorien. Monumeitti, III, pi. XXIII. Diamètre, O'.IO.

premier se placent les tableaux relatifs à l'histoire des dieux, tels que la naissance de Minerve ou de Bacclius, l'eulèveiuent (rKumpc, la réunion de Bacclius et de Sémélé, de Cérès et de Proserpine, la toilette de Vénus et Adonis, le bain de Vénus, Apollon et les Muses, Vulcaiii rabii([uaiit le clieval «le Troie. Le second groupe comprend des tal)leaux relatifs à l'histoire des héros de l'épopée hellénique, d'Hercule, de Thésée, de Télée, d'Achille, de IVisée, d'Ajax, d'Ul\sse, de Paris et «rHéloiie, (riloctor, de Castor et Pi.llux, d"(Edipc, d'Étéode et

LA METALLURGIE.

Polynice, deBelléroplioii,de Jason, etc.'. Tous ces sujets peuvent être identifiés avec assez de précision grâce aux nombreuses inscriptions qui donnent les noms des personnages figurés. Le troisième groupe se compose de tous les tableaux qui ne rentrent dans aucune des

Fig. 373. — Bac2hU5 enfant, sar les genoux de la Terre. Couvercle de miroir à reliefs trouvé à Cométo- Annali, 1884, tav. d'agg. F.

deux catégories précédentes ou dont le caractère demeure indéterminé, soit faute d'inscriptions explicatives, soit parce que les personnages désignés ne sont pas connus. Il semble qu'il y ait quelques scènes empruntées aux moeurs de l'Etrurie. Ainsi sur un miroir du musée de Florence on voit représentée une danse, qui , par les attitudes et les

1. Voici qnclqnes-uns de ces sujets : Hercule tuant rhydre de Lerne; Hercule et le sanglier d'Érymanthe ; Hercule et Atlas ; Hercule et lolaos ; Hercule et Hippolyte, reine des Amazones ; l'apothéose d'Hercule; Thésée et Antiope; ThétLs et

AHT KTRUSqCE.

Pelée ; Pelée et Atalante ; Aurore et Céphale ; Persée et Méduse ; Persée et les Grées ; Bellérophon et Pégase; la chasse de SIéléagre; l'enlèvement de Ganymède; la fuite d'Hellé; Étéocle et Polynice; le jugement de Paris; Achille et Penthé-

costumes des danseurs, rappelle certaines fresques de Cornéto'. Ce qui domine, ce sont les scènes de bain ou de toilette, les danses, les figures de génies ailés, surtout les génies féminins auxquels les Étrusques donnaient le nom de Lasa, allégories analogues à celles des Victoires de l'imagerie hellénique '.

Comme on le voit, sur les miroirs étrusques, de même que sur les urnes cinéraires et les cistes, c'est la mythologie et l'épopée hellénique qui font presque tous les frais de la décoration. Ou y retrouve toutes les légendes popularisées par les vases peints, surtout par les vases peints de la décadence \ Il faut remarquer la prédilection que les graveurs accusent pour les scènes où figurent Vénus, ou Bacchus, ou les Dioscures, ou Hélène. Cette prédilection tient i\ plusieurs causes. Elle s'explique j\ la fois par la popularité de la mythologie légère à partir du quatrième siècle, par le développement de certains cultes en Italie, comme celui de Bacchus et des Dioscures; enfin par la destination du miroir, qui, étant un objet de toilette, appelait naturellement des scènes éveillant des idées de grâce ou de coquetterie ; de là des figiu'es comme celles de Vénus, d'Adonis, d'Hélène, personnifications idéales de la beauté et du pouvoir magique qu'elle exerce autour d'elle. De li\ aussi tous ces génies ailés que les graveurs de miroirs mêlent aux compositions mythologiques, sortes de démons aimables, Victoires de bon augure, qui pi'écisent le sens gracieux de la scène, au même titre que sur les urnes les Charons et les Furies précisent le sens d<niloureux des tableaux tragiques.

Parmi les miroirs étrusques on en rencontre beaucoup qui sont très simples et dont tous les graffites se réduisent î\ deux ou trois personnages, avec quelques ornements végétaux. Tels sont les nombreux miroirs représentant les Dioscures armés, assis l'un eu face de l'autre;

silc-c; reDlérement da Palladium; Calcb.t^ con- ^nlt-int les entrailles des victimes ; Âcliillc et Patroclc;le combat d'Âjax et d'Hector; Ajax em- ].ortaDt le cadavre d'Achille; Ulysse consnltant l'ombre de Tirésias; la toilette d'Héli-nc; Héli-nc et PoriK ; Hélène et ses frères ; Hélène et Ménélas apri-8 la prise de Troie; Hélène dans l'Ue de Lencé.

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