CHAPITRE XVIII
LA BIJOUTERIE
De tout temps les Etrusques ont eu le goût de la païuie. Leurs tviniltures, aussi bien les plus anciennes que les plus récentes, sont richement pourvues de bijoux. Chez eux tout le monde tn portait, hommes, femmes, enfants. On en voit partout, sur les statues de pierre ou de terre cuite, les fresques, les bronzes, les cistes, les miroirs, les basreliefs funéraires*. Les figures couchées sur les couvercles des sarcojjhages et des urnes sont toiijours ornées comme des châsses : diadèmes, pendants d'oreilles, colliers simples, doubles ou triples avec pendeloques, chaînes et tressts qui tombent des épaules, se croisent sur la poitrine et descendent jusque sur les hanches, ceintures à broche, l)racelets au-dessus du poignet et du coude, anneaux aux deux mains, i\ tous les doigts et même à toutes les phalanges, tout le contenu des écrins du défunt a été comme répandu sur son image. Les Étrus(iues aiment tant les bijoux qu'ils ne conçoivent pas qu'on puisse s'en passer et que, quand ils empruntent à la Gr^ce le type de ses divinités ou de ses héros, ils maïKiuent rarement de les parer à la toscane. Il suffit de rappeler l'Apollon de Ferrare et le lîacchus retrouvant sa nirrcdu miroir de Berlin.
Les bijoux étrusques étaient faits de matières diverses. Les plus anciens étaient en bronze : nous l'avons vu eu analysant le contenii des tombes kpazzo. L'usage des bijoux de bronze se periiétua longtemps et ne disparut jamais, du moins dans le jiopulaire. Dans des tombes pauvres d'épocjue relative nient rércute nu trouve eiinire des tilaiies, îles
I. Ovide (.Im., 13, iU) dit en larlant de» jviiDca filles do Faltrii : Viryhiri criiir» iiiiro '/«•miiUY'" /irtmuiitur — Et îrgil nurntot pnlln itijitrba pt'ltt.
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épingles à cheveux, des boacles en bronze. Il est vrai que ce n'étaient plus à proprement parler des objets de parure, mais des accessoires de toilette nécessaires, comme le sont chez nous les agrafes et les épingles. La dépréciation du bronze ne fat pas le résultat d'une révolution soudaine, mais d'une transformation lente, presque insensible. Les métaux précieux forent d'abord très clairsemés. Ou vit apparaître ici où là quelques menus objets d'or ou de bronze doré, vendus en Italie par des marins de passage. Peu à peu le nombre s'en augmenta, à mesure que le commerce se développa sur les côtes. L'époque des dernières tombes Àjbssa et des premières tombes à corridoio marque le moment où l'importation de l'or commença à devenir régulière. A partir de la fin du septième siècle tous les riches Etrusques eurent des bijoux d'or; quelques-uns même en eurent beaucoup, comme l'a prouvé le trésor découvert dans la tombe Régulini-Galassi.
Largent pénétra en Etrurie par la même voie et à la même époque que l'or, mais en plus petite quantité et sous la forme de pièces d'argenterie, de coupes historiées, de plaques de coffrets, plutôt que sous la forme de bijoux. On ne rencontre guère comme objets de parure en argent que quelques fibules, quelques spirales pour la coifiure, des anneaux, et très rarement des pendants d'oreilles ou des bracelets. Il ne semble pas que l'argent ait jamais tenu une grande place dans la bijouterie étrusque. Quant au fer, il ne servit à la parure qu'à une époque très ancienne, lorsqu'il était encore une curiosité précieuse : on en faisait alors des anneaux, des bracelets , des fibules ' ; mais l'usage n'en tut pas très répandu et ne subsista pas longtemps. Du jour où le fer fut assez abondant pour qu'on en fit des instruments et des armes, on ne songea plus à s'en parer '.
Les bijoux étrusques n'étaient pas tous en métal. Les verroteries ont toujours été fort recherchées par les populations italiques. Les tombes de la région circtunpadane et de la Toscane fournissent ime quantité considérable de boules midticolores en verre émaillé, qui tantôt servaient de pendeloques à des colliers, tantôt étaient enfilées dans l'arc
1. Xotizie, ISM, p. 3^: 1885, p. 309. I qne Ton doublait d'une ienille d"or. XotUie, 1S86,
2. Onen fît oicoie quelquefois des bagues, mai- | p. 360; iTatkeUnHgeii (Borne), I, p. 330. '
des fibules ou dans l'anneau des boucles d'oreilles, tantôt formaient des têtes dV'pingles, tantôt étaient enchâssées dans le métal comme des pierres précieuses. La jilupart de ces verroteries provenaient de l'étranger, de Phénicie ou de Cartbage. Jamais on n'en trouve tant tju'à l'époque des tombes à fossa et des tombes à corrvJoio, c'est-à-dire à l'époque où des relations suivies commencèrent h. s'étalijir entre la Toscane et la civilisation orientale. Les marins de la Méditerranée, ayant affaire à des populations encore barbares et qui se contentaient à peu de frais, protitaient du goût que dans leur admiration naïve elles témoignaient pour le verre émaillé et en répandaient :\ profusion dans le pays. Plus tard les Etrusques devenant plus difficiles, on leur donna autre chose que des colifichets de ce genre. Après le cinquième siècle on trouve encore ici ou là quelques colliers avec des boules de verre : mais ils sont rares et ne se rencontrent guère que dans des tombes relativement assez pauvres. C'étaient sans doute des parures communes, fabriquées en Etrurie même à l'usage des petites gens.
L'ambre fut aussi de bonne heure appliqué à la parure, surtout chez les Etrusques de la région circumjiadane. Ceux-ci en jiossédaient naturellement plus que les Etrusques de la Toscane parce qu'ils en étaient comme les entrepositaires. C'était en efi'et aux bouches du Pô que venaient aboutir la plupart des caravanes qui apportaient l'ambre des rivages de la mer Baltique, pour le ven<lre aux marins de la Phénicie ou de l'Archipel. Il y a relativement peu d'ambre dans les plus anciennes tombes kjjozzo, sans doute parce qu'il l'époque où elles se rapportent le commerce était assez actif à rembouchure du Pô et enlevait la plus grande partie de ce que les caravanes a|)portaient. Mais peu à ])eu, par suite de circonstances qui nous échai)pent, soit que les apports des caravanes aient augmenté, soit que l'exportation ait diminué, l'ambre devint de plus en plus abondant en Italie. Il entra dans l'usage courant de l'industrie indigène : on l'enfila dans l'arc des fibules, on en fit des incrustations, on le iin'la aux verroteries dans les colliers, on le façonna de diverses manières. A la longue il perdit de son prix , si bien qu'après avoir servi à la parure des riches, il finit par être al)andonné aux classes populaires, qui en conservèrent d'autant plus lidèle-
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ment la tradition qu'elles y attachaient, on ne sait pourquoi, des vertus médicinales : à l'époque romaine, au temps de Pline , les paysannes de la haute Italie portaient toutes des colliers d'ambre '.
A ces diverses matières il faut ajouter l'os et les dents de castor, dont on faisait des incrustations plus ou moins grossières ; les coquillages, que l'on perçait d'un trou pour les transformer en pendelo(|ues; certaines pierres dures, débris d'armes ou d'ustensiles de l'âge de pierre, que l'on conservait pieusement comme des amulettes ' ; des figurines de faïence vernissée, importées de l'Orient, auxquelles on attribuait aussi certaines vertus préservatrices et que l'on suspendait, comme les coquillages, au fil des colliers; des morceaux d'ivoire brut ou travaillés; enfin des pierres précieuses, qui servaient de cliatons aux bagues et que l'on enchâssait dans l'or des bracelets, des boucles ou des pendants d'oreilles.