‹ L'art étrusqueChapitre 333 sur 357 · Annali, 1877, p. iOâ. Monumenti , X, planche XXXIX · texte numérisé non relu

Annali, 1877, p. iOâ. Monumenti , X, planche XXXIX

4. Voir le compte rendu des fouilles Barberini, en li<55. Annali-Monmnenti , 1855, p. XLY- XLVIII. Annali, IXGG, p. 180-189; Monumenti

VIII, p!. XXVI. — Fouilles Eernardini. Animli, 1876, p. 248 et suiv.; 1879, p. 5, 18; Monumenti, X, pi. XXXI-XXXni; XI, pi. II.

5. Helbig et Diimmler, Mittheilungen (Rome), II, 1887, p. 37-13.

6. Nous avons déjà observé l'appendice en forme de boule à rextrémité des fibules d'argent trouvées à Bologne, dans des tombes qui contiennent des vases peints de style attique. Ce modèle de fibule semble donc avoir été répandu au cinquième siècle.

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style'. Les plus anciens, ceux qui paraissent à l'époque des tombes î\ pozzo et des tombes à fossa, ont des formes relativement simples et sont tous ornés de dessins géométriques en filigrane ou en granulé. Ceux (jui viennent ensuite, et qui correspondent à la fin du scptiè-nie siècle ou au commencement du sixicme, présentent des formes plus compliquées, des dimensions plus considérables. L'ornementation estampée domine, ainsi que l'ornementation en appliques soudées. On remarque surtout une multitude de motifs empruntés à l'art oriental, des divinités ailées, des lions, des panthères, des griffons, des chevaux ailés, etc., tous ces êtres féroces ou fantastiques que nous avons rencontrés déjà si souvent dans le cours de cette étude. Ces bijoux peuvent être riches, éclatants, travaillés avec habileté; mais on ne peut pas dire qu'ils soient vraiment beaux. Les types ont souvent quelque chose de bizarre, les filigranes ne sont pas très fins; le granulé n'a pas cette ténuité dont le secret a si longtemps tourmenté la patience de MM. Castellani. Ce sont en somme, il faut l'avouer, des bijoux d'assez mauvais goût, d'une opulence tout asiatique.

On n'en peut pas dire autant des parures qui se rencontrent dans les sépultures étrusques entre le sixième et le troisième siècle avant notre ère. Avec elles, nous nous trouvons dans mi monde nouveau. Qu'on se rappelle seulement certaines pièces : le disque i\ fleurons du Louvre, le médaillon en forme de masque de Bacchus, la boucle d'oreille de Bolséua avec le char du Soleil, et surtout le diadème garni de marguerites, vraies merveilles de bijouterie. Des formes géuérales simples, en dépit d'une complexité apparente; une composition savante et harmonieuse qui subordoime les moindres détails k un effet d'ensemble et enchevêtre une multitude de motifs sans confusion et surtout sans altérer la piin-té des profils; une richesse extraordinaire d'ornementation, oïl se montre la ])lus ingénieuse fantaisie, sans qu'il y ait jamais rien de chargé ni de lourd; un art lilire de toute convention décorative, (pii, au lieu de reproduire, connue l'art oriental, toujours les mêmes motifs banals, .s'insjiire directement de la nature animale ou végétale et en rend toute la variété; une dextérité inouïe, qui sem-

1. Je Dc parle ici, bien rntcndii, 'lUC dea bijoux en métal précieux.

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ble jouer avec le nu'tal, qui amincit le filigrane au point de le rendre imperceptible, fait du granulé une poussière presque impalpable, façonne avec des feuilles d'or des oiseaux, des chevaux, des hommes, des fleurs, si petits qu'on les distingue à peine et pourtant d'un modelé si vivant qu'on ne pense plus, en les voyant, à la rigidité de la matière mise en œuvre : voilà les qualités qui mettent ces bijoux hors de pair. Cette délicatesse élégante a quelque chose de léger, d'aérien, d'insaisissable, dont aucune description ne saurait donner l'idée et qu'on ne goûte pleinement qu'en présence de l'objet lui-même, lorsqu'on peut l'étudier de près sous toutes ses faces, en l'analysant dans ses moindres détails.

Avec la bijouterie du troisième et du deuxième siècle, nous tombons des hauteurs de ce style pur et ravissant dans les vulgarités d'un style ù la fois prétentieux et commun. Il semble qu'à cette époque la valeur d'un bijou se mesure moins à la finesse de la main-d'œuvre qu'à la surface de métal précieux qu'il exhibe. Voyez, par exemple, les gros pendants d'oreilles de Pérouse ; considérez les parures de la plupart des statues couchées sur les couvercles des sarcophages et des urnes, ainsi que les parures analogues dont on retrouve les débris dans les tombeaux du temps. Plus de fiKgranes ténus, plus de granulés microscopiques, plus rien qui rappelle même de loin les fantaisies idéales de l'âge précédent. Partout de grosses perles, des glands, des olives, des poires, des torsades épaisses et massives, des pierres précieuses vraies ou fausses enchâssées dans l'or, de larges chaînes, d'énormes fermoirs, de grands médaillons. Partout des formes lourdes et baroques. On dirait que les l)ijoutiers ont maintenant autant d'attention à boursoufler l'or que leurs prédécesseurs en avaient à l'alléger, à le vaporiser en quelque sorte. Les bijoux du troisième et du deuxième siècle présentent de curieuses analogies avec ceux dont se chargent encore aujourd'hui les paysannes de la campagne romaine. Ce sont des bijoux faits pour des gens qui ont plus de coquetterie que de goût. On veut quelque chose qui se voie bien, qui ait l'air de peser. Inélégance est dans la volumineuse rotondité de la parure.

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Ces observations sur les styles nous amènent naturellement à la question d'origine. Cette bijouterie d'un art si inégal, d'une facture si hétérogène, est-elle bien tout entière l'œuvre des Etrusques? Estce la main d'un seul et même peuple ijui a ainsi passé des exagérations décoratives du style oriental aux ex(iuises fantaisies du style grec, puis aux lourdes banalités du troisième siècle? J'avoue que j'ai de la peine à le croire.

Pour les bijoux de style oriental, il est difticile de prouver d'une manière irréfutable leur origine étrangère, mais il y a en faveur de cette origine de fortes présomptious. Les tombes qui nous les ont conservés, la tombe Régulini-Galassi, les tombes à zim de Cliiusi, les sépultures archaïques de Palestrina, sont remplies d'objets exotiques, bronzes, ivoires historiés, pièces d'argenterie, coffrets plaqués d'argent, scarabées de faïence émaillée, œufs d'autruche, etc., toutes choses qui paraissent subitement en Etrurie à la fin du septième siècle, quand Carthage entre en relations avec la Toscane, et qui disparaissent au début du sixième siècle, aussi vite qu'elles ont jtaru, en même temps que se détourne vers d'autres rivages le courant commercial qui les a apportés. D'autre part, des bijoux analogues, de même facture et de même style, avec les juêmes reliefs estampés, avec les mêmes appliques en forme d'oiseaux, de lions ou de sphinx, avec le même genre de filigrane et de granulé, se retrouvent dans tout le bassin de la Méditerranée, partout oîi se fait sentir plus ou moins directement l'influence de l'Orient, en Grèce, dans l'Archipel, î\ Chypre, à Rhodes, en Asie Mineure, en Sardaigne '. Enfin, ;\ l'époque où ces bijoux se montrent en Etrurie, les populations de l'Italie centrale sont encore fort peu avancées dans la civilisation. Elles sont jiauvres en métaux et n'ont encore qu'une industrie dans l'enfance. C'est i\ peine si elles savent modeler des céramiques et assembler des pièces de métal. Est-il' vraisemblable qu'elles aient fabriqué elles-mêmes tant lie bijoux, qui, pour n'être pas d'uni" l'artmc très compliquée,

1. Lcnormant, let Premiiift CtrilùntwMt, II, . I.\, X. Jahrbnch d. ./. Z-. aick. /mtilult, J8lJ7,

p. ;ik4. Krcut arrh^<Jngiquf, nou». «4r., IV, 1H61, | p. 90 et suiv., pi. VIII. BulUKimo. ICT9, p. 6. HhII.

p. I«;i; et cuiv.; VI, ImJÎ, p. 261 et «uiv. .Ire». île corr. hillrn., \»:9, p. lîfl. pi. IV. .Ii...'i/i, IS^,

ZcilHttff,\Si;«.p. -Il; 18SI, p. 99 et «uiv., pi. VIH, | p. 71 et nui».

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supposent néanmoins une certaine pratique des métaux précieux, l'art d'assembler le filigrane et le granulé, et aussi l'art de façonner en ronde bosse des figures. Il y a, il est vrai, une difficulté. Si les bijoux de style oriental sont de jjrovenance étrangère, comment expliquer que deux fibules d'or, celle de Chiusi et celle de Palestrina, portent l'une une inscription en caractères étrusques, l'autre une inscription en caractères latins? Mais d'abord il faut foire une distinction entre ces deux fibules. Si elles reproduisent toutes deux la même forme typique, celle de la fibule i\ étui allongé, elles ne soût pas du même art. L'une, celle de Chiusi, est très ornée et d'un travail délicat; l'autre, celle de Palestrina, est toute simple, sans aucun décor, ni filigrane, ni granulé. Celle-ci pourrait très bien être une imitation, faite sur place, des fibules analogues importées par le commerce'. Quant à l'autre, qui a dil certainement être fabriquée en Etrurie, puisque l'inscription est en étrusque, elle ne prouve pas l'existence d'une bijouterie indigène. Il se peut très bien qu'elle soit l'œuvre d'un artisan étranger, carthaginois ou grec, travaillant en Toscane. La main même de cet étranger se trahit jnir un détail caractéristique : l'inscription en effet est en caractères étrusqiies, mais tracée à l'envers, de gauche à droite, comme on commençait à le faire en Grèce dès le sixième siècle, alors que de tout temps les Etrusques n'ont jamais écrit que de droite à gauche. Je croirais volontiers que la fibule a été faite par un ouvrier grec, sur le modèle de celles dont les Carthaginois avaient introduit la mode en Etrurie".

Les bijoux qui, à partir du sixième siècle, succèdent aux bijoux de style oriental ne seraient-ils pas, eux aussi, d'origine étrangère? On en fait d'ordinaire honneur aux Etrusques, parce que c'est en Etrurie que les bijoux de ce style sont le plus nombreux. Mais l'Etrurie est aussi le pays qui a fourni la plupart des beaux vases atticpies que

1. Encore n'cst-il pas certain que l'inscription soit authentique. On a émi.^ des doutes sur ce point. Tout au moins, si rinscription est antique, a-t-elle été tracée par un ouvrier étranger, osque peut-être, peu familiarisé avec l'alphabet latin.

LigiKina, Mllt/ieilmi;/en (Rome), II, p. 133-140. 2. Ce genre de fibule.-i existait dans la Grande- Grèce. Le musée de Naples en possède une provenant de cette partie de r Italie (^L'Art, 188-.', p. :î1).

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l'on possède : est-ce une raison pour déclarer que les vases en question sont étrusques? La Toscane nous a conservé beaucoup Je merveilles d'art céramique, parce que l'usage était de les enfermer dans les tombeaux et que les tombeaux étrusques étaient mieux faits pour résister au temps que ceux de la Grèce, mais la plupart de ces merveilles sont attiques. Grecs sont les vases signés que nous avons étudiés plus haut ; grecs aussi peuvent être les bijoux qui nous occupent. Niera-t-on qu'ils soient l'œuvre d'un peuple artiste, artiste, si je puis dire, jusqu'au bout des ongles? Or tel n'est pas le caractère des Etrusques. Tout ce qu'ils ont laissé, aussi bien le peu qu'ils ont imaginé par eux-mêmes que ce qu'ils ont copié, leurs profils architectoniques, leurs types plastiques, leurs vases peints, leurs bronzes, leurs gravures, leurs surmoulages même, tout est lourd et lianal. Ils ont pu avoir une certaine habileté technique et ime grande force d'assimilation. Mais une chose leur a toujours manqué, c'est le sentiment esthétique. Toute l'histoire de leurs arts en témoigne. Il serait vraiment bien étrange que leur bijouterie seule fît excejition. S'ils avaient eu réellement le goût délicat <]ue cette bijouterie suppose, est-il vraisemblable qu'ils l'eussent caché ailleurs pour ne le manifester que dans le travail des métaux précieux? J'ai de la jH'ine à croire que tous ces chefs-d'œuvre d'industrie ne soient pas sortis d'une main grecque. Tout ce que nous savons de l'art hellénique nous conduit à cette conclusion. Nous retrouvons ici la pureté élégante de son style, ses fantaisies inépuisables et charmantes, ses compositions totijours harmonieuses jusque dans leur extrême complexité. Nous y retrouvons aussi cette dextérité extraordinaire que les anciens nous ont vantée. La façon d'un diadème comme celui du Louvre ou d'un j^endant d'oreille comme celui de liolséna ' ne devait être rju'un jeu pour des artisans capables d'animer en ipielque .sorte des parcelles d'or minuscules, de modeler des fourmis microscopiques, de fairi' un vaisseau assez petit pnur tenir smis los ailes

1. Je rapproche h dessein ces deux ouvragi'.-', | conronncnt le diadème (pi. I, i°>). Elle» cnt ité

qui i>:iniii>Hcnt sortir du mime atelier. On rcmar- I C'<tanip<^ et découpées arec le ni^mc in-lrument

«|uu en effet que le» p.-ilmettes qui aurmontent I à l'emportc-piccc.

1« croif.'ant (pi. I, 2) sont identiques & celles qui I

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d'une alieille, on nne nionclie abritant un char à quatre clievaux '. Mais voici des arguments pins positifs encore. On sait que les découvertes de la Crimée ont fourni une riche collection d'ohjets helléniques, de vases peints notamment et de bijoux, jadis importés en Chersonèse par le commerce athénien ■. Or il se trouve que les bijoux de la mer Noire répondent tout à fait aux bijoux de l'Etrurie : même style de part et d'autre, même complexité d'ornements délicats, mêmes filigranes ténus, mêmes granulations imperceptibles. Comme il est impossible d'admettre que l'Etrurie ait importé des bijoux en Chersonèse, il faut croire que ces objets, de même nature et de même façon, recueillis aux deux extrémités du monde méditerranéen, proviennent d'un centre industriel commun, qui était à la fois en relations avec le pays des Etrusques et le pays des Scythes, ce qui revient à dire que les uns comme les autres sont d'origine hellénique, ou mieux encore, attique. Ou peut remarquer d'ailleurs que pour plusieurs des bijoux de style grec trouvés en Étrurie on a des répliques provenant de Grèce. Ainsi on retrouve la boucle d'oreille à haide (fig. 378) dans la Grande-Grèce, à Tarente ", la boucle en gondole (fig. 379) à Chypre'. On a recueilli à Ithaque une torsade de fil d'or en forme de trompe avec une tête de lion au bout, tout à fait identique au pendant d'oreille figuré sur notre planche I, n" 13". Deux torsades analogues, mais avec la tête d'un autre animal, ont été trouvées à Athènes et en Béotie '^. Une boucle d'oreille d'Ithaque reproduit i\ peu près le type figuré au w" 3 de notre planche, si ce n'est que l'amphore en pendeloque est presque identique à celle de notre n" 7 '. La boucle d'oreille du Louvre avec une tête d'ambre rappelle une boucle à tête de femme trouvée à Smyrne *. Dans une vente qui a été foite, le

1. Œuvres de Callicratès et de Myrmécidés, Bninn, Gesch. der griech. Kûnsller, II, p. 405.

2. Antiquités du Bosphore Cimméricn, pi. VI et suiv. Comptes rendus de la Commission arch. de Saint-Pétersbourg, 1868, pi. I; 1870, pi. X.

.S. Musée de Naples (L'.-lrt, 1882, p. 30).

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