Vitrnvc, II, X
L'ARCIIITECTUCE EX ETRLKIE.
manière générale le goût des Etrusques pour un art très particulier qu'ils ont poussé fort loin et dont nous rencontrerons à chaque instant l'application.
Cet art, les Étrusques n'ont pas été seuls à le pratiquer dans l'antiquité. On le retrouve en Egypte, en Fhénicie, en Asie Mineure, ù Chypre, à Rhodes, dans tout le bassin oriental de la Méditerranée '. Dès lors on est conduit à se demander si les Etrusques ne le tiennent pas d'une tradition importée. Il se peut que, dans le nombre des ra'irchauds venus de l'Orient qui s'arrêtaient le long des côtes tosca nés, tel ou tel soit mort sur cette terre étrangère, y ait été enseveli suivant le rit de son pays dans un caveau taillé en plein roc, et que par imitation les indigènes de l'Italie aient conçu la pensée d'enfermer, eux aussi, leurs morts dans des retraites analogues. Il faut remarquer que la plus ancienne forme de la tombe étrusque n'est pas la tombe en souterrain, et que l'usage de ce type nouveau ne commence à se répandre qu'au moment où apparaissent eu grande quantité les objets de style oriental dans le mobilier funéraire. Cette coïncidence est par elle-même assez signi-
Fig. 112. — Roche découpée en forme de façade à Sovuua. Canina, Etrnria Mnrîthna, II, pi. CXXI, 7.
1. Perrot et Chipiez, Ilht. fie l'arl, I, p. 2,55 , III, p. 101 et suiv. .vr.T ÉTP.csgi'E.
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ficative. Une fois l'habitude prise de tailler la tombe dans le roc, le reste va de soi. On se familiarise ]ieu à peu avec l'emploi du ciseau; comme on rencontre à jieu près j^artout une pierre facile à entamer, on l'attaque avec audace, on la façonne, et de jjrogrès en progrès ou en vient à être assez habile jniur lui donner des formes savantes et compliquées.
Si vraisemblable que puisse être l'hypothèse d'une technique ini])ortée, je ne la présente qu'avec réserve. Il ne serait pas impossible aussi que l'idée de travailler la roche sur place se fût naturellement ofierte aux Etrusques et qu'ils y eussent été en quel(]ue sorte amenés par la facilité qu'ils trouvaient à creuser dans certains terrains leurs tombes il pozzo et ^fossa. Imaginez des populations qui, dans les différentes contrées qu'elles ont habitées, ont été obligées par la nature du sol de protéger leurs urnes funéraires contre les éboulements, et qui ont pris l'habitude de disposer autour de ces urnes soit des dalles formant réduit comme à Cornéto, soit des manchons ])lus ou moins épais eu pierres sèches comme à Bologne ou à l'oggio Renzo. Tout 5\ couji le hasard de leurs migrations les transporte sur un sol plus compact ([ui n'est ni trop meuble ni tnq) dur, et qui leur permet de creuser des puits funéraires en se dij-jiensant des précautions accoutumées. Elles ne tardent pas A en reconnaître les avantages, et dès lors elles recherchent partout, pour y établir leurs nécropoles, les collines où le terrain présente les mêmes (|ualités. Peu à peu elles s'enhardissent h ouvrir aux flancs de ces collines des trous ])lus larges et plus ]>rofonds. La simple fosse s'allonge et devient une sorte de galerie, qui elle-même s'élargit graduellement et se transforme en une chambre souterraine. Maîtresses de la teehni(iue qui convient i\ la percée d'un terrain aussi favorable, elles arrivent insensiblement à y découper pour les morts de spacieuses demeures, aussi bien aménagées que celles «les vivants, et auxquelles on finit par donner une façade extérieure en harmonie avec le luxe et l'ampleur des dispositions intérieures.
§ 3. LA COXSTErCTION APPAKEILLKE.
Il n'était pas toujours possible d'utiliser les roches surplace. Lors- (ju'au lieu d'un canal souterrain, d'un couloir ou d'un tombeau, qu'il était facile de tailler à sa fantaisie, on avait à élever sur certains points déterminés des murs de défense, des temples ou des habitations, il fallait débiter la roche par morceaux pour la transporter sur l'emplacement choisi (lu futur édifice : là tous ces éléments étaient rapprochés et agencés de telle sorte qu'ils fissent ensemble un tout parfaitement compact. C'est ce qu'on appelle le système de la construction appareillée.
Ce système de construction est très variable et change d'aspect suivant la forme, les dimensions, l'ajustement des éléments. Une première méthode, tout à fait rudimentaire, consiste à employer les blocs de jnerre à l'état brut, tels qu'ils se sont détachés de la masse rocheuse de la carrière. Il y eu a d'énormes et de petits, de réguliers et d'informes, suivant le hasard des éclatements. On les entasse comme ils viennent, sans ordre préconçu, sans autre souci que celui de l'équilibre, et quand les joints ne se touchent pas, ce qui arrive inévitablement, on insère dans les intervalles les morceaux les plus petits, pour boucher les vides et caler les gros blocs. L'ensemble tient par son poids et on ne se préoccupe pas de le liaisouner soit par des crampons de bois ou de métal, soit par du mortier. C'est ainsi que sout faites ces murailles primitives dont on a des exemples à ïyrinthe et dans plusieurs pays phéniciens '. Les Etrusques ne paraissent pas avoir pratiqué ce .système; du moins on n'eu trouve pas de traces dans les régions qu'ils ont occupées. Il leur arrive bien quelquefois d'employer des pierres brutes, mais c'est toujours à l'état de moellons jtlus ou moins gros ou de galets, jamais à l'état de blocs gigantesques comme ceux qui se voient dans les vraies murailles cyclopéennes. Du reste les matériaux dont ils avaient la disposition n'étaient