‹ L'art étrusqueChapitre 9 sur 357 · I, lU · texte numérisé non relu

I, lU

2. On trouvera Tindication de tous les textes dans Touvrage de JI. Noël des Vergers, VÉtru-

r et les Ètiusijiies. I, p. 113, note 2. :!. Stvabon, V, 4, i>. 221.

12 L'AHT ETRUSQUE.

d'auteurs ont même pris Rome pour une ville tyrrhénienne. Je crois donc que Tyrrhéniens et Pélasges différaient en réalité de nom et de coutumes; je crois encore que leur origine n'était pas la même, et cela pour plusieurs raisons, dont la plus décisive me paraît être la dissemMance de leurs langages. » Après avoir ainsi réfuté Hellanicos et Hérodote, Denys nous donne ses idées personnelles : >c Je regarde comme l'opinion la plus probable celle qui voit dans les Tyrrhéniens une nation autochtlione , conclusion conforme à l'originalité de leurs mœurs et de leur langage. Rien ne s'oppose à ce que les Grecs les aient appelés Tyrrhéniens, soit parce qu'ils étaient habiles à construire des tours, soit du nom d'un de leurs chefs. Quant aux Romains, qui appelaient Etrurie le pays qu'ils habitent, ils les ont nommés Etrusques. Les Etrusques eux-mêmes se nonunent Basena, du nom d'un de leurs princes. »

Ainsi les anciens étaient loin d'être fixés sur le caractère ethnographique des Etrusques. Si plusieurs sont d'accord pour identifier les Etrusques, les Tyrrhéniens et les Pélasges, ils se contredisent en ce sens que l'un fait des Tyrrhéniens une branche détachée de la famille jiélasgique et que l'autre fait des Pélasges une branche détachée de la famille tyrrhénienne. Le récit d'Hérodote est un roman oïl l'imagination de l'historien crédule et conteur a mis tant de détails étranges et invraisemblables que la légende y étoutt'e l'histoire. C^uant j\ Denys d'Halicarnasse, il raisonne à tort et ù travers sur les anciennes traditions des historiens grecs, mêlant au hasard les traditions pélasgiques et les traditions helléniques, cherchant dans la situation ethnographique des peuples méditerranéens, telle qu'elle était de son temps, des arguments pour expliquer des mouvements de races qui s'étaient produits plus de dix siècles avant lui, concluant k tout instant du présent au passé, et ]iarlant bravement des langue» |M'-lasgique et lydienne comme si à son épo(ine ces langues étaient encore vivantes.

Si les anciens ne sont ])as d'accord sur la nature de la race étrusque, les modernes ne le sont pas davantage. Les hypothèses les plus «liverses, les plus extravagantes même, ont été proposées. On trou-

L'ÉTRURIK ET LES ETRUSQUES

verait difficilement une race à laquelle on n'ait tenté de rattacher les Etrusques. On en a fait des Pélasges, des Italiotes, des Grecs, des Ibères, des Celtes, des Goths, des Slaves, des Phéniciens, des Egyptiens, des Libyens, des Arméniens, des Hébreux, des Hittites, des Tartares, etc. On a battu, pour leur trouver im berceau, toutes les régions du monde antique depuis les bords du Gange jusqu'au détroit de Gibraltar. On les a promenés à travers l'Europe, l'Asie et l'Afrique comme des enfants perdus à la recherche de leurs parents, et le piquant c'est qu'à force de poursuivre ces insaisissables parents on a fini par les rencontrer partout. Nous n'entreprendrons pas de résumer ici les théories innombrables imaginées depuis deux siècles par la science aux abois : les dimensions d'un volume ne suffiraient pas à une pareille analyse. De toutes ces théories , la plus raisonnable est celle qui attribue les Etrusques à la race pélasgique : mais c'est là une hypothèse qui ne fait en somme que substituer un problème à un autre. Qu'est-ce au juste que la race pélasgique?

On ne saura la vérité sur les Etrusques que le jour où l'on pourra dire quel idiome ils ont parlé. Jusqu'ici leur langue ne nous a pas encore livré son secret. Elle est là sous nos yeux, représentée par plusieurs milhers d'inscriptions que l'on conserve avec soin et dont la collection ne cesse de s'augmenter'. On en déchiffi-e les caractères, qui sont, comme ceux de tous les alphabets méditerranéens, dérivés de l'écriture phénicienne ; mais ces caractères sont pour nous lettres mortes. Sous les mots que l'on transcrit couramment se cache une langue impénétrable. On a bien quelques inscriptions bilingues, en latin et en étrusque, mais outre qu'elles sont rares (une douzaine au plus), elles sont trop courtes ou trop insignifiantes pour fournir à l'interprétation des éléments de comparaison suffisants". Tout ce qu'on a pu faire jusqu'ici a été de dresser, à force d'études patientes, un tableau des principaux faits de la phonétique étrusque, de retrouver quelques noms d,e nombre (et encore ne sont-ils pas tous certains!), quelques radi-

1. Fabretti. Corpus hiscr'iplioimm kalk-arim (mllqiùons œri, 18.'i8-1879.

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