XX PREFACE
Quel plus riche élément du beau pour la peinture que ces couleurs prodiguées par la nature avec tant d'éclat & tant de variété & résumées dans la gamme magique de l'arc-en-ciel ! Ressources trop souvent négligées par le peintre. De cette opulente palette, l'école française ne prend que les tons faibles; l'école espagnole, les tons sombres; l'école de Raphaël, les tons exacts, tranquilles, monotones, avec peu d'harmonie de couleurs & peu de clair-obscur; l'école hollandaise, les tons puissants avec un clair-obscur trop souvent artificiel & une harmonie sombre &: forte; l'école vénitienne, les tons harmonieux, mais d'une harmonie sobre & dans une gamme peu variée. — Rubens seul réunit l'éclat, la puissance, l'harmonie; Rubens seul emprunte à la nature toutes ses richesses : aussi brillant, aussi varié, aussi frais, aussi primesautier, aussi vrai qu'elle, dans ses oppositions & dans ses fusions, & combinant ses effets, les faisant ressortir par le contrafte, avec une facilité due à une science profonde & à un maniement incomparable du clair-obscur.
Raphaël semble trop souvent ignorer pourquoi il se sert d'une couleur plutôt que d'une autre; ses tableaux font l'effet de bas-reliefs sublimes, enluminés au hasard. Michel-Ange ignore les ressources du clairobscur; il eft obligé de diviser son Jugement dernier en espèces de compartiments encadrés dans les nuages d'un ciel bleu. On peut détacher d'un tableau de Michel-Ange, de Titien, de Véronèse, une figure entière, & la couleur en refte possible, en eft exacte encore. La couleur de Rubens n'eft vraie qu'à sa place, dans le degré de lumière où elle se trouve, au