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milieu des teintes environnantes, comme une note dans un accord, ce n'eu: pas seulement l'exacT:, c'eft le vivant; ce n'eft pas seulement une vérité, c'eft une harmonie.
Le beau ne se borne pas non plus à la couleur. La peinture flamande a aussi ses règles de composition; elles peuvent s'exprimer en deux termes : le vrai & l'héroïque, le mouvement & la grandeur, la vie &. l'idéal.
L'efthétique établit une différence entre le beau, plus calme, plus serein, plus mélodieux, & le sublime, plein de fougue, de puissance & d'harmonie. Raphaël réunit l'exact & le beau; Michel-Ange, sublime dans ses compositions, n'eft qu'exact dans l'exécution; Rubens unit le vrai pittoresque au sublime.
Regardez une grande œuvre du maître d'assez loin pour ne diftinguer rien qu'un ensemble confus : déjà vous apercevez l'harmonie, une incomparable harmonie de couleurs; déjà vous voyez la vie dans ce chaos qui s'agite : une gamme de couleurs, de grandes lignes, conformes à l'idée, représentent le mouvement général, &la première impression annonce le sujet. Approchez : les masses d'ombre & de lumière s'enchaînent dans ce mouvement, les groupes se dessinent ; il n'eft pas un groupe, pas une figure qui vive à part; tout concourt à l'effet d'ensemble; il n'eft pas un détail qui ne soit à sa place; les détails secondaires s'effacent, vaguement esquissés comme dans une scène qui passe; aucun n'attire les regards que dans la mesure de son importance; tous se rattachent à la masse principale de lumière & ramènent les yeux au point culminant du drame. C'eft une idée, une scène,
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un drame, comme on les saisit d'un coup d'œil; c'eft L'unité dans le mouvement, c'eft la vie.
Regardez la composition : le sujet eft toujours si bien choisi, si bien mis en scène en vue des effets pittoresques, qu'il semble fait exprès pour la peinture : c'eft encore le vrai. Le sujet eft toujours placé si haut dans les sommets de l'art, toujours rendu avec tant de majefté épique ou de fougue dramatique, qu'il semble descendu des sphères supérieures de L'idée : c'eft le grand. Ce n'eftplus l'univers des Van Eyck, c eft l'épisode de Metsys; mais l'épisode eft tout un poè'me. La façon primitive de placer le sujet dans la vie générale eft abandonnée; mais l'idéal ne manque point &., cette fois, les procédés artiftiques de l'exprimer sont trouvés : tantôt, c'eft la pompe de l'allégorie, comme dans la galerie des Médias; tantôt, c'eft l'intervention célefte, comme dans le Martyre de saint Liévin; tantôt, la manière épique de mettre le sujet sur la toile suffit pour l'élever au faîte de l'art, comme dans la Descente de croix. C'eft l'héroïque, c'eft l'idéal.
11 exifte une collection de gravures italiennes retouchées par Rubens; l'artifte y (étudiait son art par la comparaison avec les grands maîtres. Plusieurs tableaux de Rubens sont des imitations; ainsi, la Descente de croix rappelle Daniel de Volterre, &. la Communion de saint François ressemble à la Communion de saint Jérôme du Dominiquin. Rubens, comme Molière, prend son bien où il le trouve. Mais, dans ces plagiats du génie comme dans ces études sur les gravures des maîtres, Rubens cherche toujours plus de vérité, plus de mouvement, plus de grandeur; où il voit l'exact, il met le vrai; où il voit le
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talent, il met du génie; où il trouve le beau, il crée le sublime.
Ainsi, grâce à cet homme extraordinaire, la peinture flamande s'appropria toutes les ressources artistiques d'une époque où Fart était en pleine maturité, pour les compléter, les féconder, les harmoniser. Ainsi, la peinture flamande eut son dessin, sa couleur, sa composition, & elle acquit en tous ces points une supériorité inconteftable, glorieuse, immortelle.
Honneur donc à Rubens! Honneur à la pléiade de grands artifles qui formèrent & continuèrent son école, aux Van Dyck, aux Jordaens, aux Teniers !
L'école flamande, de Van Eyck à Rubens, fut largement féconde; tous les genres furent cultivés, depuis la peinture à l'huile jusqu'à la peinture sur verre, depuis la ftatuaire en marbre jusqu'à la sculpture en bois, depuis la ciselure sur or & sur argent jusqu'à de merveilleux ouvrages de fer & de cuivre, depuis la gravure jusqu'à la tapisserie. L'art était puissant, il vivifiait l'induflxie. Gloire donc, à tous les titres, à l'école flamande ! Ses grands artifles seraient plus nombreux encore si plusieurs d'entre eux n'avaient cherché dans le Nord une atmosphère plus libre & ajouté leur gloire à celle de l'école hollandaise; & l'école de Rubens se serait perpétuée à travers les siècles si l'indépendance du pays n'avait pas été illusoire.
Cependant, pour ma part, l'école hollandaise, malgré Rembrandt, ne m'inspire aucune envie : Rubens eft plus grand de dix coudées. Mais, quand je songe qu'au sortir d'une révolution si riche en hommes & en événements, tant de sujets héroïques se présentaient à l'esprit du peintre, quand je me souviens que