XXIV PREFACE
Jordaens fit un de ses chefs-d'œuvre : le Triomphe de. Frédéric Henri, en peignant pour les héros de la république batave ce que Rubens peignait pour les Médicis, j'ai l'intime conviction que Rubens, sous un régime meilleur, n'eût pas négligé l'hiftoire contemporaine, comme l'école hollandaise l'a fait trop souvent; je me figure quelle grandeur il eût donnée à cette épopée de la liberté de conscience, & je ne puis m'empêcher de maudire un régime qui a dit à ce génie : Tu n'iras pas plus loin !
Rubens cependant fut bon citoyen; il aima, il servit sa patrie. Cette brillante école d'artiftes, qui illuftrait le pays vaincu, adoucissait les mœurs du vainqueur, fraternisait avec nos frères suspects de la Hollande & eut une véritable influence civilisatrice. C'eft alors qu'on vit deux peintres belges, Balthasar Gerbier pour l'Angleterre, Rubens pour les archiducs, négocier la paix de l'Europe. Rubens croyait à la renaissance de son pays, il put l'illuftrer. Tl était permis à la Belgique de respirer un inftant; Rubens en profita pour lui donner une gloire immortelle.
Mais bientôt le charme fut rompu; la Belgique, sacrifiée secrètement par les clauses de la Cession, fut publiquement sacrifiée par le traité de Munfter. La