‹ L'art flamandChapitre 15 sur 106 · XXVI PREFACE · texte numérisé non relu

XXVI PREFACE

Tout d'abord, nos artiftes maintiennent la renommée du pays. Ils se sont mis au niveau de leur époque; ils marchent de pair avec tous les autres. Ils gardent la supériorité de la couleur & relient dans le vrai. Tandis que trop de peintres, en France & en Allemagne, négligent l'âme de la peinture : la couleur, & sortent du domaine de leur art pour chercher le beau philosophique, symbolique, idéalifte; tandis qu'une autre école se jette dans les débauches d'un faux réalisme, la plupart des peintres belges relient dans la dignité de Fart & sont fidèles au coloris & au pittoresque.

En second lieu, ils sont de leur pays -, ils en peignent Thiftoire & les mœurs. Grâce à la permission de ses despotes, la Belgique n'avait pas cessé de croire à ses peintres, mais deux siècles de compression lui avaient ôté toute foi dans ses écrivains. Ce préjugé antipatriotique, tout en faveur de nos artiftes, nos artiftes en ont usé en patriotes. Nos librairies sont fermées à la pensée du pays-, ils lui ont ouvert nos musées. On ne croit pasque notre plume puisse illuftrer nos héros; ils les illuftrent avec le pinceau, le ciseau & le burin. Nos théâtres servent exclusivement à Thiftoire & aux mœurs étrangères-, ils mettent notre hittoire & nos mœurs en scène, sur la toile ou sur nos places publiques. Honneur à eux ! Quand Van Brée peint la Mort de d'Egmont ; Van Bedaff, la Confédération des Nobles & la Dernière entrevue de d'Egmont & du Taciturne ; quand Paelinck traite, avant Gallait, V Abdication de Charles F; quand François Cautaerts & après lui Hamman peignent Vésale; quand Daems peint aussi d'Egmont; quand de Keyser

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peint la Bataille des éperons d'or; Mathieu, la Mort de Marie de Bourgogne ; Wappers, un Episode de i83o; Slingeneyer, Ambiorix, etc.; Decaisne, les Belges illujlres; quand Kremer met en scène Lamarck jurant de venger d' Egmont , la Mort de Marnix, etc.; quand Brakelaer père & Van Severdonck peignent la Comtesse de Lalaing ; Dillens, la Camisade d'Anvers; De Groux, le Prêche de Junius; Wauters, Montigny ; Staellaert, la Mort de T'Serclaes; Leys, la Proclamation de l'Inquisition à Anvers; quand Gallait représente avec grandeur Y Abdication de Charles F & les Derniers Honneurs rendus aux comtes d' Egmont & de Horn; quand Debiefve glorifie le Compromis ; Pauwels, les Proscrits du duc d'Albe &. la Veuve de J. d'Artevelde; quand J. Gérard peint l'hiftoire entière du pays sur des cartons deftinés aux écoles; quand Madou, Dillens, Braeckelaer, de Block & vingt autres illuftrent nos mœurs flamandes ; Verboeckoven, nos pâturages & nos troupeaux; quand nos maîtres paysagiftes peignent les Ardennes, la Campine, les bords de la Meuse ou les Flandres; quand s'élèvent sur nos places publiques les ftatues de Rubens, de Vésale, de Thierry Martens, de Simon Stévin, de Roland de Lattre, de Grétry, de d'Artevelde; savez-vous ce que font nos artiftes? Ils font de la littérature nationale! ils ont compris que l'art doit être national autant qu'humain; ils n'ont pas voulu parler une langue morte ni une langue étrangère ; ils parlent la langue de l'hiftoire, de la liberté & de la patrie.

Ces deux points suffisent à la gloire extérieure & à la civilisation intérieure ; mais cela ne suffit pas pour

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