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IV PROLOGUE

Ses meetings bien bruyants & ses chambres bien sages,

Et ses citoyens renaissants.

Dans ses annales, j'aime à flâner en tourifte;

Là, sa gloire eft vivante encor; Et, quand la nuit se fait, que le présent s'attrifte,

Son hiftoire a des aftres d'or.

J'aime ses coteaux verts, aux flancs gonflés de houille,

Aux sommets ceints de hauts fourneaux ; Ses bois où le poète avec l'oiseau gazouille,

Sa dune où mugissent les flots; Au bord de l'Océan, ses vagues de verdure

Dont l'œil sonde la profondeur; Ses vallons, ses rochers, Suisse en miniature ;

Ses beffrois, types de grandeur; Tout m'y plaît; car partout je rencontre au passage,

Comme de bons & vieux amis, Des souvenirs prêtant une âme au paysage,

Donnant une voix au pays.

Ici, mon fils efl né; là, repose mon père :

L'aurore vient après le soir; Là, l'étude joyeuse, ou la lutte prospère;

Partout la vie & le devoir.

Ici, les saints regrets; là, les éternels charmes,

Dominant les combats du jour; Après l'ami tombé, les jeunes frères d'armes;

Et, dans un coin discret, l'amour.

De cantons en cantons, la renaissance étale

Ses bons travaux, ses vœux meilleurs; Là, du monde des arts eft une capitale;

Là, des ruches de travailleurs.

Dans ce beau site, un peuple eft mort pour la patrie,

Un savant pour la vérité;

Tantôt c'eft la pensée & tantôt rinduftrie

Dont se décore une cité-, C'eft Liège & sa Garonne, Anvers & sa Tamise,

Bruge & ses toits en espaliers ; C'eft l'Ardenne puissante, où l'hiftoire remise

Ses héroïques sangliers.

On ne permettrait plus au vainqueur de Pavie

De mettre Paris dans son Gand ; Mais la Flandre eft debout & n'eft plus asservie

Aux routiers d'un maître arrogant.

Bruges, ce Pompéi de l'art du moyen âge,

Semble d'hier ressuscité; Par ses trésors aux rois il ne fait plus ombrage,

Mais aux reines par sa beauté.

Et partout le travail, & partout, saint preflige,

Du haut du marbre ou de l'airain, La gloire des aïeux criant : « Noblesse oblige! »

Au peuple, jeune souverain.

Puis, le ciel s'élargit pour les âmes plus fortes :

Aux peuples nous tendons la main; Quand la patrie eft libre, elle a toutes ses portes

Ouvertes sur le genre humain.

Ainsi, tout vit, tout chante, & l'œuvre eft commencée,

Et l'avenir eft tout en fleur.

Ah ! partout la nature exalte la pensée,

Mais le pays nous parle au cœur !

Le devoir eft plus doux lorsqu'à son. ciel il brille,

Et Dieu même eft mieux écouté ; Car la sainte patrie eft en grand la famille,

Eft en petit l'humanité.

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