VI PROLOGUE
A nous donc, artiftes, nos frères!
Maîtres de l'art, rois du pinceau, Bravez les préjugés contraires, Formez les phalanges du beau !
A nous ! Si le sarcasme impie Taxe notre amour d'utopie, Relevez le gant de l'affront; Vengez notre mère féconde En faisant briller sur le monde Un aftre sublime à son front.
A nous! Lorsqu'un dompteur, un maître,
Accapare une nation,
Eft à la fois le roi, le prêtre,
Et la pensée & l'action;
Monté sur l'hécatombe humaine,
Il hésite; sa grandeur vaine
Rêve un piédeftal moins glissant :
Il cherche, en des pompes sublimes,
La gloire, oublieuse des crimes,
La pourpre qui cache le sang ;
S'il pouvait payer un Homère, Des Phidias & des Mozarts!
Il demande un luftre éphémère Au luxe, ce singe des arts; Après la trombe des croisades, Partout, l'éclat des ambassades, Le faite, suivant la terreur, Foudre qui rayonne & qui gronde, Vont annoncer que sur le monde Il pèse un nouvel empereur.