PROLOGUE IX
O cher pays qui nous inspire!
Nous le chantons, l'on refte froid ; Vous le peignez, & l'on admire Nos ancêtres, soldats du droit; L'on aime nos gloires pofthumes, On se. plaît à voir nos coutumes Animer des pinceaux joyeux ; Ah ! qu'on doute encore ou qu'on rie! Gloire à vous ! partout, la patrie Vit aux regards & parle aux yeux.
A la rescousse ! à la rescousse !
Orgueil du pays renaissant !
Nos progrès marchent sans secousse, Les beaux-arts ont horreur du sang; A la rescousse des poètes, Illuftres artiftes, vous êtes, Peintre, musicien, sculpteur, Les hardis semeurs de l'hiftoire, Les ambassadeurs de la gloire, L'avant-garde de la grandeur.
Vous aussi, sortez de vos cendres, Fiers bardes, modeftes rimeurs; A nous, vous qui parlez aux Flandres La langue de leurs vieilles mœurs.
Et nous, nous aussi, n'en déplaise !
Qui parlons la langue française Et qui pensons en citoyens!
N'aurions-nous pas, mère. chérie, Le droit de chanter la patrie Des Eburons & des Nerviens ?
Malheur au peuple qui récuse Les poètes qui Font chanté !
Faites une place à la muse, C'eft la sœur de la liberté.
Nous aussi, nous avons nos fresques, Nos scènes de mœurs pittoresques, Et nos francs rires, Dieu merci !
Aux grands hommes que l'oubli tue, Le penseur dresse une ftatue, Et le poe'te eft peintre aussi !
Unissons contre l'oftracisme, Unissons tout notre pouvoir !
Luttons, mais de patriotisme, Soyons émules du devoir.
A nous l'.artifte & le poëte !
Que la plume & que la palette Relèvent nos héros trahis, Et, dans des routes triomphales, Se disputent, nobles rivales, L'honneur d'illuftrer le pays !
A la rescousse ! à la rescousse !
Frères, marchons tous en chantant !
La même passion nous pousse, La même moisson nous attend.
Comme un mont, dont la haute cime S'épanouit au ciel sublime, Couve en ses flancs une cité ; Nous voulons, sans forfanterie, Vivre le cœur dans la patrie Et le front dans l'humanité.