LE GRISOU
L'épouvante & le deuil pèsent sur la contrée : Un éclair de grisou, tonnerre intérieur, A, dans son antre étroit, foudroyé lehouilleur. Ils sont là, dix, la face horrible, labourée. Le travail rude & saint était leur champ d'honneur; C'eft là qu'ils sont tombés, en charbons, en poussière ; Tombés sans voir le jour à leur heure dernière, Tombés sans qu'un ami les pressât sur son cœur ! Tout le village en pleurs les meneau cimetière-, Vieillards, femmes, enfants-, tous, hormis le curé : Près de son dieu vengeur le prêtre eft demeuré : Ils sont morts sans secours; ils gisent sans prière. Mais, pour leur refuser, dans un dernier adieu, Un mot venant du cœur, un sourire de Dieu, Mais pour leur dénier la tombe hospitalière, Pour être plus cruel que l'hydrogène en feu, Pour condamner le mort, s'attaquer au cadavre, Pour ajouter l'affront à la douleur qui navre Vingt familles en deuil... quel fut leur crime enfin? « Ah! monsieur, ces gens-là travaillaient le dimanche! « Un vieillard répliqua, hochant sa tête blanche : « Le dimanche, il eft vrai, les enfants n'ont pas faim. »