‹ L'art flamandChapitre 44 sur 106 · FAIM, FOLIE, CRIME · texte numérisé non relu

FAIM, FOLIE, CRIME

Tableau de Wiertz.

Elle aimait d'un amour honnête, Elle aima d'un amour fécond ; Un joyeux enfant rubicond De sa mansarde était la fête.

Leur âtre était la pauvreté; Mais les époux n'y prenaient garde, Ayant au ciel de leur mansarde L'amour & la paternité.

L'homme mourut, terrible épreuve !

Mais, sous ses larmes étouffant, Elle regardait son enfant, Et l'enfant soulageait la veuve.

Puis, quand il faut gagner pour deux, On n'a pas le temps d'être trifle; La faim, quelle sombre égoïfte !

Le besoin, quel ingrat hideux !

N'importe! Elle a ce qui console :

Un enfant, un ange, un amour!

— Mais l'enfant eut faim à son tour; Alors la mère devint folle.

Voler! tuer! nourrir l'enfant !

G'eft un droit ! & rien ne l'arrête ! Sur une proie elle se jette Avec un râle triomphant ;

C'eft un agneau! le mettre en pièce, Quelle joie & quel bon repas!

Son ange va revivre! — Hélas !

C'eft son ange qu'elle dépèce.

Et, tandis qu'en maint sage écrit La loi du travail s'élucide, Sous la faim, moderne Euménide, La pauvre mère folle rit !

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