FAIM, FOLIE, CRIME
Tableau de Wiertz.
Elle aimait d'un amour honnête, Elle aima d'un amour fécond ; Un joyeux enfant rubicond De sa mansarde était la fête.
Leur âtre était la pauvreté; Mais les époux n'y prenaient garde, Ayant au ciel de leur mansarde L'amour & la paternité.
L'homme mourut, terrible épreuve !
Mais, sous ses larmes étouffant, Elle regardait son enfant, Et l'enfant soulageait la veuve.
Puis, quand il faut gagner pour deux, On n'a pas le temps d'être trifle; La faim, quelle sombre égoïfte !
Le besoin, quel ingrat hideux !
N'importe! Elle a ce qui console :
Un enfant, un ange, un amour!
— Mais l'enfant eut faim à son tour; Alors la mère devint folle.
Voler! tuer! nourrir l'enfant !
G'eft un droit ! & rien ne l'arrête ! Sur une proie elle se jette Avec un râle triomphant ;
C'eft un agneau! le mettre en pièce, Quelle joie & quel bon repas!
Son ange va revivre! — Hélas !
C'eft son ange qu'elle dépèce.
Et, tandis qu'en maint sage écrit La loi du travail s'élucide, Sous la faim, moderne Euménide, La pauvre mère folle rit !