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LE TROUPEAU SURPRIS PAR L'ORAGE

Tableau d'Eug. Verboeckhoven.

J'aime un pré couvert de moutons, C'eft comme une seconde plaine :

L'une a porté le foin, l'autre porte la laine, Et le fermier a deux moissons.

Le troupeau s'agite & se serre ; On croirait voir, en messidor, Pour nous livrer leur toison d'or, Des nuages laineux descendus sur la terre.

Les cornes du bélier, son front taché de noir Dominent; & l'agneau, sous sa mère, folâtre; Et sur maint dos, la croix rougeâtre Rappelle aux rêveurs l'abattoir.

La chèvre, de parfums friande, Court au thym des rochers comme un aventurier ; Le ver prend sa soie au mûrier; Le mouton parque en une lande.

Bon peuple, tout apprivoisé, Qu'un berger coupe & tond, qu'un chien tient en alarmes, Il a son chef & ses gendarmes, Comme un Etat civilisé.

Il paîtrait, si joyeux, la verdure nouvelle !

Mais chaque coin des prés a son maître aujourd'hui Au respect de l'herbe d'autrui Un bon coup de dents le rappelle.

Tout le sol étant occupé, Refte la lande, maigre auberge ; Il broute le chiendent tout le long de la berge, Le mouron dans le blé coupé ;

Et néanmoins la laine pousse, Sur son cou docile aux ciseaux, Epaisse comme les roseaux Et soyeuse comme la mousse ;

Le berger, couvert d'un haillon, N'a de sceptre qu'une houlette; Le chien, qui sans cesse halète, Conduit aux bons chemins le sage bataillon;

C'eft un pêle-mêle de têtes, Ondulant & heurtant leurs crins dorés & longs; Telle une foule aux cheveux blonds Se presse en de joyeuses fêtes.

— Soudain, la bêlante brebis S'agite & se plaint. Un nuage Monte dans les cieux alourdis; Les mères ont prévu Forage.

Comme un écu qui sonne, il tombe par moments

Une large plaque de pluie ;

L'averse éclate, il faut qu'on fuie; Le troupeau roule au loin ses flocons écumants.

Plus d'amour! la fête se trouble; Le berger, dans ses bras, prend le plus jeune agneau ; Le gendarme s'agite, & la terreur redouble

Lorsque le chien hurle au fléau.

La laine aux buissons s'embarrasse, L'agneau perd son doux mamelon, Tout le troupeau se serre & roule en une masse Qui se précipite au vallon ;

On dirait la foule surprise Qu'un ouragan chasse du bal; On dirait, aux coups de la brise, Un nuage tombé, d'un seul bloc, dans le val.

Ces gais sillons mouvants qui portent de la laine Sont un chaos boueux que fouette la terreur... Jusqu'à ce que le ciel, qu'un rayon rassérène,

Rende sa toison à la plaine

Et son trésor au laboureur.

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