LE LABOUREUR AU REPOS
Tableau de Ch. Tschaggeny.
L'azur, dans sa limpidité,
Eft pur & profond, comme un songe
De paix & de félicité-,
Le jour lentement se prolonge;
Dans l'herbe chante le grillon, L'air eft en feu, la terre sue.
Le laboureur, dans un sillon, Se repose sur sa charrue;
Il eft seul sous des cieux brûlants, Seul face à face avec la terre, Dont il ouvre les larges flancs, Dont il gagne le calme auftère;
Les yeux dans le vallon plongés, Il s'arrête un inftant & rêve; Sur les saisons, sur leurs dangers, Il semble interroger la grève :
Il voit se couvrir la moisson, Frileuse, d'un manteau de neige; Il voit monter à l'horizon Le bon printemps qui la protège;
Il voit, dans les guérets en fleurs, Que sans cesse, en maître, il surveille, La terre enfanter sans douleurs Pour l'homme qui souffre & qui veille.
Il voit s'asseoir à son bercail, A côté de sa grange pleine, L'aisance, fille du travail, La propriété calme & saine.
Il va reprendre ses travaux, Sous cet espoir qui l'aiguillonne; Réglant le pas lourd des chevaux Avec un refrain monotone,
Il va, nul doute ne l'atteint :
La main sûre, la foi profonde; Il sait que son labeur eft saint, Il se sent nécessaire au monde.
Tourbillon terrible ou joyeux, Le travail prend, loin de nos villes, D'un aftre roulant dans les cieux Les aspects sereins & tranquilles;
Là, s'unissent, en bénissant, Dans une paisible harmonie, Le peuple toujours renaissant La glèbe toujours rajeunie;
Et cet homme, le soc en main, Porte en ses placides prunelles, Porte dans le travail humain Le calme des lois éternelles!
Ah ! quand pourras-tu, liberté, Tracer tes sillons dans la rue Avec la calme sûreté Du laboureur à sa charrue?