PRÉFACE XI
Cet art s'épanouit aussi dans la liberté. Il peint l'homme, même dans la divinité; il cherche la beauté de la femme, il s'inspire des splendeurs de la chair. Place au sentiment de la réalité pittoresque!
L'art de l'enluminure avait d'abord été cultivé par des moines. En Italie, l'école de Cimabuë continue à être myftique. Fra Angelico eft un moine, humble, timide & trille, qui pleure en peignant le martyre de Jésus & Notre-Dame aux Sept douleurs, & qui refuse l'archevêché de Florence -, Savonarole prêche une croisade contre l'art profane.
La Flandre n'aura pas de Savonarole. Elèves de l'école myftique de Cologne, les Van Eyck deviennent en Flandre les peintres du réel. Nos artiftes ne portent pas le froc, ils s'associent en corporations bourgeoises, ils mènent une vie aclive de voyageurs, de soldats, de révolutionnaires ou de grands seigneurs ; ils sont comédiens & poètes, comme Karl van Mander; on les anoblira comme Rubens & Sprenger ; ils ne seront pas moines, ils seront ambassadeurs comme Rubens.
Le sentiment de l'idéal ne manque pas à cette première école, mais il eft naïf & primitif, comme sa couleur & son dessin, comme l'enfance de l'art. Pour placer leur sujet dans la vie générale, les peintres ne trouvent rien de mieux que de représenter l'univers, de diviser le tableau en nombreux compartiments, où chaque côté de l'idée puisse trouver une place : le symbole comme le fait, le surnaturel à côté de l'humain ; ici les origines, là les résultats. Dans les vieux myftères, le théâtre était partagé en trois étages : le ciel, la terre & l'enfer; la peinture employa les mêmes procédés. Ces divisions d'un tableau, qui vont jusqu'à