XI 1 PREFACE
douze dans le rétable des Van Eyck à Gand, s'harmonisaient avec 1'architeclure, & les cadres de ces retables, comme le Triomphe de l'Église de J. Van Eyck à Madrid, sont devéritables chapelles gothiques. Ainsi le réel s'unit à l'idéal avec une naïveté grandiose.
Ces caractères appartiennent à l'époque. Trois traits seulement diftineuent & honorent l'école flamande : le sentiment du réel, le coloris, le perfectionnement de la peinture à l'huile.
Par là, la peinture flamande marche en tête de l'art, &. bientôt son influence s'étend partout avec sa gloire. Grâce à son éclat, grâce à la munificence de nos princes, grâce surtout à la richesse de nos bourgeois & au grand mouvement de notre commerce qui attire & héberge en Flandre toutes les nations, l'amour de la peinture se propage dans toute l'Europe; les écoles du Rhin, de Weftphalie, de Franconie, de Souabe & d'Alsace acceptent l'invasion de l'art des Van Eyck, des Memling& des Roger Vanderweyden. L'influence s'étend au delà des Alpes, au delà des Pyrénées ; l'école vénitienne suivra bientôt l'impulsion-, &. le père de Raphaël va célébrer en vers la gloire de l'école flamande :
A Bruggia fu tra gli altri lodato
El gran Joannes, el discipol Rugero (i).
Les premières corporations de Saint-Luc datent du commencement du treizième siècle. Cent cinquante ans s'étaient à peine écoulés que l'Europe entière admirait le génie de la Flandre.
(i) Jean Van Eyck & Roger Vanderweyden.
PRÉFACE Xtll
Ne nous méprenons pas cependant &. n'exagérons rien. Nos peintres sont en tête de l'époque; ils ont perfectionné le procédé matériel, ils ont créé l'école du coloris, comme le reconnaît Vasari ; pour la science comme pour la pratique, ils valent, ils surpassent tous les autres &. ils sont eux-mêmes. Mais l'art elt encore dans l'enfance, & il faut quelque chose de plus pour conftituer une de ces écoles qui imposent à l'hiftoire un grand nom. La peinture flamande exiftera; mais attendons ! La peinture flamande, c'elt l'école de Ruhens.
Nos artiftes semblent avoir l'inltincl de ce qui leur manque, car ils vont se jeter dans toutes les innovations & frapper à toutes les portes du progrès.
Premièrement, le réel eft poussé plus loin. L'étude de la physionomie, de la main, de l'anatomie, du nu, de la perspective, fait l'objet de préoccupations sérieuses. Quentin Metsys érige presque en syftème une tendance inftinctive jusqu'alors. A Cologne & dans l'école monaftique d'Italie, les vierges idéales avaient été à peine des femmes ; quand la Renaissance aura triomphe, Raphaël peindra la madone avec la beauté sereine & matérielle de la ftatuaire antique. En France, un tableau religieux qu'on attribue à Jean