‹ L'art flamandChapitre 56 sur 106 · LA CAMPINE · texte numérisé non relu

LA CAMPINE

Tableau de Roffiaen.

Un sable roux, taché de mousse, Où l'œil & la bêche s'e'mousse, Où la maigre bruyère pousse

Sur un terrain plat; Un horizon vide & tranquille, Une vafte lande sans ville, Un sol sans feu, lampe sans huile,

Un ciel sans éclat;

Puis, une hutte sans muraille, Fermée avec de la broussaille, Et, comme une tente de paille,

Attachée au sol ; Un coq qui picore & chantonne, Un porc qu'on vendra dès l'automne, Et quelque grillon monotone

Pour tout rossignol !

Là, rien dont l'âme soit ravie ; Rien qu'une maigre & pâle vie, Qui, patiente & sans envie, S'enferme au bercail;

Mais, sous des aspects misérables, Là sont deux choses admirables Qui devraient être inséparables :

La paix, le travail.

Rien de grand dans la deftinée; La pensée aride & bornée, La vie en une taupinée,

La mort en haillon ; Mais cette brute périssable, Dans une lutte inépuisable, Chaque année, en sa mer de sable,

Conquiert un sillon.

Libres cités, peuples d'élite, Votre progrès va-t-il plus vite, Lui qui bien moins souvent évite

Le trouble & le mal?

Hélas! à vos portes encore, L'homme, citoyen qui slgnore, Grouille en des huttes de pécore.

Comme un animal.

Et ce tableau, cher à Tartifte, Tant votre bruit elt creux & trille, Plaît, comme un contrafte, au touriile

Égaré, le soir; Car cette lande demi-nue, Dans sa poésie ingénue, Elt aride, sévère, ardue

Comme le devoir.

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