LA CAMPINE
Tableau de Roffiaen.
Un sable roux, taché de mousse, Où l'œil & la bêche s'e'mousse, Où la maigre bruyère pousse
Sur un terrain plat; Un horizon vide & tranquille, Une vafte lande sans ville, Un sol sans feu, lampe sans huile,
Un ciel sans éclat;
Puis, une hutte sans muraille, Fermée avec de la broussaille, Et, comme une tente de paille,
Attachée au sol ; Un coq qui picore & chantonne, Un porc qu'on vendra dès l'automne, Et quelque grillon monotone
Pour tout rossignol !
Là, rien dont l'âme soit ravie ; Rien qu'une maigre & pâle vie, Qui, patiente & sans envie, S'enferme au bercail;
Mais, sous des aspects misérables, Là sont deux choses admirables Qui devraient être inséparables :
La paix, le travail.
Rien de grand dans la deftinée; La pensée aride & bornée, La vie en une taupinée,
La mort en haillon ; Mais cette brute périssable, Dans une lutte inépuisable, Chaque année, en sa mer de sable,
Conquiert un sillon.
Libres cités, peuples d'élite, Votre progrès va-t-il plus vite, Lui qui bien moins souvent évite
Le trouble & le mal?
Hélas! à vos portes encore, L'homme, citoyen qui slgnore, Grouille en des huttes de pécore.
Comme un animal.
Et ce tableau, cher à Tartifte, Tant votre bruit elt creux & trille, Plaît, comme un contrafte, au touriile
Égaré, le soir; Car cette lande demi-nue, Dans sa poésie ingénue, Elt aride, sévère, ardue
Comme le devoir.