UN METIER DE CHIENS
Tableau de J. Stevens.
L'homme pousse, les chiens tirent ; Leurs flancs lourdement respirent, Leur dos fléchit, éreinté; Dans une ornière profonde, D'où jaillit la boue immonde, L'attelage eft arrêté.
Les quatre forçats agitent Leurs maigres cous qui palpitent, Leur crin sale, échevelé ; Leurs yeux sortent de la tête, Mais de l'homme ou de la bête, Lequel eft le plus pelé?
Pour ne pas vivre d'aumône, L'homme emplit de sable jaune Son chariot, matin & soir -, Eux, trament la charge vile, Pour la vendre dans la ville, Au prix d'un affreux pain noir.
Les chiens tirent, l'homme pousse;
Leurs flancs, à chaque secousse,
Halètent à l'unisson -,
Sous l'effort, la dent se serre;
Le râle de la misère
Eft leur unique chanson.
Ils ont la mêmee.xiftence;
Ils partagent leur pitance;
Leur mot d'ordre eft : Travaillons.
Ils ne font qu'une famille,
Grondant au luxe qui brille
Et souriant aux haillons.
Car chaque misère humaine A son compagnon de chaîne :
Chèvre à lait, singe galeux.
L'àne eft, travailleur auftère, Le cheval du prolétaire; Le chien eft l'âne du gueux.