XIV PRÉFACE
Fouquet représente la mère du Chrift sous les traits d'Agnès Sorel allaitant l'enfant d'une façon presque indécente. En Flandre, la rnère du Chrift eft la femme dans la beauté de l'innocence & de la modeftie; ce n'eft ni la maîtresse sensuelle, ni la Vénus antique; c'eft la jeune mère.
Secondement, ce sentiment du réel divise les genres & partage -la scène. Le portrait sort des tableaux religieux où l'on aimait à le placer; il redevient un genre à part, humain & profane. Les spectacles de la nature se débarrassent des saints, des anges, du doigt de Dieu & de l'homme même : genre profane qu'illuitreront bientôt les Ruysdael, les Bril, les Wynants & tant d'autres. La vie universelle cesse de remplir la toile, l'épisode l'emporte. On cherche des moyens plus simples, plus artiftiques d'exprimer l'idéal &, faute de les trouver, on sacrifie l'idéal.
Troisièmement, les scènes populaires & grotesques vont prendre une importance réelle. On ne peignait que les saints, les rois ou les héros ; on peint le peuple dans sa vie privée, dans son échoppe, à la danse, au cabaret. Jérôme Bosh avait préparé Callot, Breughel annonce Teniers.
Enfin, l'Italie a grandi au soleil de la Renaissance & elle nous surpasse ; tous nos peintres se tournent vers cette splendide lumière. Van Orley &Otto Yenius imitent Michel-Ange, Sprenger l'exagère; Michel Cocxie & Franz Floris aspirent au titre de Raphaël flamand &. l'obtiennent. Calewart va jusqu'à se faire naturaliser Italien; il aura pour élève l'Albane, le Dominiquin &. le Guide. L'influence fut si grande que la peinture française se perdit dans l'engouement, &. que