‹ L'art flamandChapitre 60 sur 106 · SON NOM · texte numérisé non relu

SON NOM

Traduit du flamand de J. Vuylsteke.

Si Dieu me donnait ce génie Qui prend partout, à pleine main, Aux roses l'odeur, le carmin, A la source son harmonie,

Au rossignol son doux accord, Leur clarté sublime aux étoiles Qui nagent dans la nuit sans voiles Comme de petits poissons d'or-,

Victoire ! de cette richesse Je ferais un temple immortel, Et je placerais, sur l'autel, Le nom sacré de ma maîtresse.

Tout ce qui brille à l'horizon, Tout ce qui chante dans les plaines, Etoile, oiseau, fleurs & fontaines, L'exalterait dans ma chanson.

LA FIANCEE

Voir Fraikin : L'innocence.

Tu veux savoir pourquoi je l'aime?

Tu ne Tas donc pas vue, en sa douce fierté, Portant au front le diadème D'une étincelante beauté!

Tu n'as pas vu, chafte puissance, Comme un soleil de mai dans un limpide azur, Aux candeurs de son innocence Se mêler l'ardeur d'un sang pur!

Dans sa pudeur l'amour respire; Sa grâce confiante eft un parfum d'honneur; Au feu discret de son sourire, N'as-tu pas vu poindre un grand cœur?

L'art n'a pas de plus divin rêve Que sa beauté plaftique & ses traits ingénus ; Van Eyck y trouverait une Eve Et Phidias, une Vénus;

Simple tout ensemble & coquette, L'honneur impose en elle & l'abandon sourit ; Le goût fait toute sa toilette, Et le cœur est tout son esprit.

Sous ce charme qui fait qu'on l'aime, Animant tous ses traits & suivant tous ses pas, On sent le respect de soi-même, Feu sacré qui ne s'éteint pas.

Jamais, ô sublime nature, Nul ne put espérer d'un cœur affectueux, Amant, plus de passion pure, Epoux, tant d'amour vertueux.

Oui, dans une émotion vive, J'ai vu, pour tous les temps, heureux ou combattus, Sous la vierge fière & naïve, La mère aux vaillantes vertus.

Me demander pourquoi je l'aime !

Mais vois donc, dans ses yeux, dans son cœur, à son front, Ce rayon de beauté suprême, Cette flamme d'amour profond !

Viens voir, viens voir sa fierté tendre, Sa démarche de reine & de vierge à la fois ! Viens donc entendre, viens entendre Son âme chanter dans sa voix!

Viens ! — Mais non ! ne viens pas, demeure ! Ignore sa beauté, doute de mon émoi !

Car, si tu l'avais vue une heure, Tu l'aimerais autant que moi.

Page 1