JALOUX
Voir Willems.
« Je suis jaloux ! Pourtant je l'enime & je l'aime ! Son âme eft comme un ciel de mai quand le jour point ; Elle porte en son cœur le respect de soi-même, Et son cœur eft à moi, son cœur qui ne ment point !
La virginité rit dans toute sa personne : Sa pudeur eft la grâce autant que la fierté, Au timbre de sa voix l'innocence résonne, L'honneur eft à son front la première beauté.
Je suis jaloux! Pourtant je l'honore entre toutes: A sa voix, le soupçon tomberait à genoux ; La raison à mon cœur ne permet point de doutes, Mais je l'adore, elle eft belle & je suis jaloux !
Qu'eft-ce donc que je crains? Oh ! je ne crains rien d'elle. Quel eft le Don Juan qui refterait debout Devant l'éclair d'honneur que lance sa prunelle ? Rien ! rien ! je ne crains rien d'elle; mais je crains tout !
Je crains... Je ne veux pas qu'un regard la profane ! Une vierge a bien plus à garder que l'honneur ; L'aile du papillon si promptement se fane ! Un vain souffle flétrit le duvet de la fleur.
Il eft des mots charmants qu'on ne doit pas entendre, Il cft de doux regards qui me feraient rugir; C'eft subir un affront que' devoir se défendre, Et je tuerais celui qui la ferait rougir !
Elle eft charmante, elle eft adorable, elle m'aime !
Je ne veux pas qu'un sot, un fat, — tout m'eft suspect, —
Ose lever sur elle, & fut-ce en rêve même,
Un désir plein d'amour, un regard sans respecl: !
Je crains ces loups gantés rôdant autour des femmes, Leur lorgnon sans pudeur & leurs propos sans foi ; Je crains les nobles cœurs, foyers de pures flammes, Les grands cœurs, plus puissants & plus dignes que moi.
Je suis jaloux ! jaloux de tout ce qui l'admire", Pour l'admirer, l'aimer, il ne faut qu'un inftant! Jaloux de ses beaux yeux attirant le sourire, Et jaloux de sa voix, quand un autre l'entend !
— Fuyons l'éclat, le bruit, le danger, le tumulte ! Grâce ! ils vont tous t'aimer, s'ils te connaissent tous ! Si je t'honorais moins, je craindrais moins l'insulte ; Si j'avais moins d'amour, je serais moins jaloux. »