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LA MERE ET L'ENFANT

Poésie flamande d'Em. Hiel.

L'air glissait sur mon front une fraîche caresse ; Nul soupir n'attriftait le bois silencieux; Tout sur terre était allégresse, Tout était splendeur dans les cieux.

Le fleuve, le haut mont, l'oiseau gai, la fleur pure, Semblaient s'épanouir sous un rêve enchanteur, Sous un rêve divin qui berçait la nature Dans les preftiges du bonheur.

Le zéphyr, murmurant une charte prière,

Se plongeait avec volupté Dans ce vafte océan de vie & de lumière

Qui roule dans l'immensité.

L'universelle mélodie.

Elargissait l'esprit, attendrissait le cœur; Sous ces rayonnements du beau, Tàrne agrandie

Vivait dans un monde meilleur.

— Là, dans le bois, sous l'ombre douce

Qui répand un myftère ami,

Une mère avait sur la mousse

Posé son enfant endormi-, A ses pieds, fleurissait le muguet solitaire ; La fauvette jetait ses hymnes dans le vent, Et tout chantait aux deux, tout chantait sur la terre:

« Voici la mère & son enfant ! »

Oui, cette femme était superbe :

Ses traits étaient harmonieux -, Une âme vibrait dans son verbe, Un aftre riait dans ses yeux ; Sa joue était l'aube nouvelle ; Ses cheveux se bouclaient dans un blond sans fadeur -, On sentait briller autour d'elle Une auréole de pudeur.

Regardez : sur l'enfant voilà qu'elle s"incline;

En le baisant, elle a frémi : « Ah! dit-elle, — & sa voix prend une ardeur divine, —

On dirait un ange endormi !

Enfant, garde toujours, garde ton innocence,

Pour le bon, pour le mauvais jour!

Sous les revers, dans la puissance, Que ta croyance forte & sainte soit l'Amour !

« L'amour, de toute chose, eft la source infinie; L'amour embrasse tout dans son sein maternel,

Il eft puissant comme la vie ;

Comme le soleil, éternel.

C'eft l'amour que l'oiseau roucoule ; C'eft l'amour qui s'élève, en pur encens, des fleurs ; Il plane sur les monts; au sein des mers, il roule,

Dans des flots de mille couleurs.

« Et c'eft lui qui me fit ta mère,

Qui m'unit à l'homme d'honneur,

Qui dans tout homme voit un frère, Qui comprit où pour moi se trouve le bonheur; Qui, partout où rugit l'hydre de la souffrance,

Court la dompter, la prévenir,

Sans songer à la récompense

Et quoi qu'il en puisse advenir.

« Cher ange ! ah ! garde en toi le grand cœur de ton père ! » L'enfant ouvre les yeux, sourit avec douceur

Et murmure : « Oui, petite mère. »

Et la mère ardemment le presse sur son cœur;

Puis, dans la triomphante étreinte, Elle partit, portant son fardeau précieux,

Comme un ange emporte une sainte

Dans la sérénité des cieux.

CENFANT

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