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LES PROSCRITS DU DUC D'ALBE

Tableau de Ferd. Pauwels.

D'un voile transparent la nuit enveloppée Dort dans un calme pur, comme un jufle au tombeau. Eux, cachant dans leur sein leur Bible & leur épée, Pressent la sombre barque en silence sur l'eau.

Ils abandonnent tout, comme on détache un lierre, Avec ses nids joyeux, des fentes d'une tour; Tout : le bois, rendez- vous de leur libre prière, Le ciel, riant témoin de leur premier amour !

Ils laissent derrière eux leurs habitudes chères, Le foyer de l'aïeul, les amis de trente ans; Ils quittent les vieillards, les épouses, les mères ; Ils s'arrachent à leurs enfants!

Ils ne reverront plus les seuils chéris, les rues, Où chante, à chaque pas, un souvenir joyeux ; Ils vivront au milieu de choses inconnues-, Sur la terre étrangère, ils fermeront les yeux.

Nulle entreprise d'or au loin ne les attire; Sombres, portant au cœur de stoïques mandats, Ils "vont cherchant l'exil & fuyant le martyre Pour de nouveaux combats.

La patrie eft en sang et le peuple au supplice, La conscience a vu ses intérêts trahis : Ils laissent le bonheur pour suivre la juftice; Leur pays n'eft plus libre, ils quittent leur pays.

Ils ont l'œil inspiré du sage qui succombe ; L'orgueil d'un saint devoir dans leur poitrine bout : N'importe où, dans l'exil, dans les fers, dans la tombe, Leur âme veut rester debout.

Du flot qui les emporte ils suivent le murmure, Et, quand leur monte au cœur le sanglot de l'adieu, Ils chantent : « Le Seigneur eft notre bonne armure,

Et notre épée eft Dieu

Ils élèvent alors au ciel leurs tètes nues, Et leurs yeux, en priant, échangent des éclairs; Ils prennent à témoin la profondeur des nues, Ils sentent dans leur sein l'âme de l'univers!

Us voguent, vaine épave échappée au carnage ; Et le bourreau partout exulte triomphant. Mais, sur des flots de sang, cette épave qui nage, C'eft la raison sublime & c'eft l'esprit vivant.

IQ2 ,L ART FLAMAND

O pouvoir de l'idée, ô grandeur solennelle ! Ils affirment, vaincus, sous le froid & la faim, Dans un cri de mourant, la juftice éternelle,

Dans un cœur d'homme, un droit divin

Des libertés du monde ils sont le sanctuaire. Et, lorsque le martyre aura sacré leurs fronts, L'hiftoire ira partout, fouillant leur ossuaire, Pieuse, recueillir leurs noms.

Le crime règne en vain; la pensée eft plus forte; Elle laisse aux tyrans ce pays dévasté, Et le proscrit qui fuit, dans cette barque emporte La patrie &. l'humanité.

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