ETRENNES DE LA REINE D'ANGLETERRE
Tout s'agite dans le palais :
D'après les coutumes anciennes, La reine a reçu ses étrennes Des quatre coins du sol anglais.
Ainsi, l'induitrie inconnue
Met au jour ses nouveaux produits-,
De tous les progrès du pays
La Cour passe ainsi la revue.
En vafte caravansérail, Windsor, ce jour-là, se transforme, Pour recevoir en bonne forme Ce roi qu'on nomme le travail.
Elisabeth eft en liesse,
Son triomphe la réjouit;
Un salon surtout l'éblouit,
Elle y revient, revient sans cesse.
Jamais elle n'avait reçu, Châle ou tapis, laine ou soierie, Ces trésors de la draperie, Ni ces merveilles du tissu ;
Jamais, ni ces batittes fines, Jamais, ni ces gants de chamois, Ni ces dentelles de l'Artois Dignes des royales poitrines ;
Les fleurs y naissent sous l'outil.
La salle à peine eft assez grande; C'eft l'exposition flamande, L'exposition de l'exil.
Aux Gueux que la tourmente emporte, L'Angleterre ouvre son bercail, Et l'invasion du travail A pénétré par cette porte.
Comme le général vainqueur Comptant une dépouille opime, Dans cette abondance sublime La reine mire sa grandeur:
« Oh! les glorieuses étrennes!
A moi, mes bons proscrits! A moi La pourpre des manteaux de roi, Les taffetas de Valenciennes!
HISTOIRE NATIONALE ig5
« Venez ! Aux bûchers allumés, C'est par l'exil qu'il faut répondre.
Devenez des bourgeois de Londre, Soyez mes sujets bien-aimés.
« A moi, les Flandres jardinières !
A moi, le Wallon tisserand!
Des arts qui font un peuple grand
A moi ces vafles pépinières
« Venez de Bruxelles, venez De Mons, de Tournai, de Nivelles, Avec vos machines nouvelles, Et vos doigts perfectionnés !
« Ypre & Gand, ces ruches humaines, Ces urnes de prospérités, Vont sur mes naissantes cités Verser leurs alvéoles pleines.
« Vondel, Lansberg, Plantin, Marnix, Portez aux Provinces-Unies La science & l'art, ces génies; Moi, j'ai l'induftrie, un Phénix.
« Venez ! la liberté magique, Ici, toujours vous sourira; L'Angleterre s'enrichira Des épaves de la Belgique.
i qG l'art flamand
« Nos riches ports, nos coteaux verts, Aux proscrits offrent des refuges, Et Norwich va remplacer Bruges, Sandwich va supplanter Anvers.
<r Philippe deux, ce roi féroce, Me voulait pour épouse; mais Il n'eût pu me donner jamais Un si riche présent de noce ! »