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QUI MANQUENT A LIÈGE

TABLEAU DE STRASZINSKY

Liège, cesseras-tu, peuple de sang prodigue, De balotter ta vie aux forums de l'intrigue,

Aux hasards de la liberté ?

Les siècles sont passés des tribuns consulaires ; Un bras fort a lié les garrots populaires ! Règle ton pas tranquille & ronge tes colères

Au sage frein de l'unité.

Ils chevauchent, la paix eft faite; Comte & prélat, de fête en fête, Vont, joyeux & fraternisant; Un serment public les rassemble, Ils ont échangé maint présent; Ils viennent de prier ensemble.

Quand Liège était à bas, comme un daim éventré,

Sous Tépieu des ducs de Bourgogne, Que le vainqueur au pied la foulait sans vergogne, Que le chanvre germait sur son sol labouré,

Lamarcq n'a pas désespéré, Lamarcq a reparu debout sur les ruines, Lamarcq a mis du feu dans toutes les poitrines;

Sanglier de sang altéré, Lamarcq a poursuivi les meutes assassines,

Et tout désaftre eft réparé -, Et, sous Thorrible soc, Liège s'eft relevée,

Et, d'un haut nid forte couvée, Le droit en: revenu dans la ville achevée,

Et le Perron est restauré.

Et l'Évêque eft rentré dans sa ville prospère

Qui n'eft jamais grande à demi ;

Et dans Lamarcq, Liège aime un père,

Et, le Prélat fête un ami.

Ils chevauchent, troupe en liesse, Folâtrant, luttant de vitesse, Aux chemins fleuris du bonheur; La confiance les rassemble, Cette sainte foi de l'honneur; Ils viennent de prier ensemble.

Soudain, dans ce joyeux transport, Lamarcq est assailli de vingt coups d'eftocade ; A lui ! Mais ses amis dirigent l'embuscade,

La fraternelle cavalcade Se tourne contre lui, jetant des cris de mort.

Ils sont trente contre un, le poussant avec rage; Il se défend avec courage, Il.s'accule à la trahison; Comme un malfaiteur on l'outrage, On l'insulte comme un larron !

Et, quand il dut fléchir sous le nombre des reîtres. Il ne dit que deux mots, le dédaigneux héros ; Il dit aux prélats : Traîtres!

Aux chevaliers : Bourreaux !

Ils venaient de prier ensemble !

Où va cette troupe qui tremble Et cache un homme garrotté?

Ils vont, l'œil en sang, le front pâle... A Maeftricht, ville épiscopale, L'échafaud eft toujours monté.

Ils vont à travers la bruyère, N'osant approcher la chaumière, • Évitant l'œil des villageois.

— Quel eft donc cet infâme piège?

Rien ! C'eft un évêque de Liège Qui tue un héros des Liégeois.

Liège, cesseras-tu, peuple de sang prodigue, Debalotter ta vie aux hasards de l'intrigue? Pour de sûres grandeurs, laisse de vains orgueils!

Que te sert de laisser sur la mer de l'hiftoire, Ainsi qu'une bouée, un nom expiatoire,

Franchimont, ce phare de gloire,

Othée & Brustheim, ces écueils?

L'ordre, voilà le cri que ce siècle répète ;

Tu ne peux pas toujours, pensant dans la tempête

Et travaillant sur un volcan, Déchaînant le tonnerre aux civiques paleftxes, Choisir tes magiftrats, élire tes bourgmeftres, Comme un chasseur cherchant l'aigle aux gouffres alpestr Comme un plongeur, sa perle, au fond de l'océan.

Quel eft ce spectre qu'on révère, Cette ombre qui passe sévère Et qu'on bénit dans la cité?

On dirait qu'il sort de la tombe Ou qu'il y descend &. succombe, Aux yeux du peuple épouvanté.

Son corps n'eft plus qu'une alvéole ■, Mais l'amour du peuple auréole Son front dévafté, pâle & beau ; Ce moribond dont l'oeil attire Porte le nimbe du martyre Et la majefté du tombeau.

Ce sperïre dont Liège s'honore, Cette ombre représente encore Le vieil esprit de liberté;

L'évêque en vain rêve l'empire, Liège eft debout : Beeckman respire, Liège eft debout dans sa fierté.

Aux mains des Métiers, un despote Veut briser le sceptre du vote, Par le piège ou par le canon; Mais le magiftrat populaire Brave sa ruse & sa colère, Et vingt ans Beeckman a dit : Non !

Le corrompre? Eft-ce qu'on achète Un peuple libre, brave, honnête?

Ce peuple en lui s'eft incarné.

Le dompter? Le poison l'essaie, La mort le traîne sur sa claie; Il règne encore, empoisonné!

Son corps cède au feu qui le mine, Mais le droit vit dans sa poitrine; Et, lorsqu'on a dû l'enterrer, Liège survit dans sa ftatue; Jusqu'à ce qu'il l'ait abattue, Le tyran n'ose respirer.

O martyre ! ô force divine !

De son chef la ville orpheline Garde le sceptre de ses droits.

— Ah ! ce poison eft sacrilège !

Non ! c'eft un évêque de Liège' Qui tue un père des Liégeois.

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