LES PARTIS JUGES PAR LE CHRIST
Tableau de Wiertz.
L'Homme elt né pour lever la tète Vers les cimes de la tempête, Dans l'azur lumineux & doux.
Vous, devant la splendeur des nues, Trompant les masses ingénues, Vous avez mis l'Homme à genoux.
Son corps, chef-d'œuvre de matière, Se baigne au sein de la lumière, Vit dans l'océan de clarté.
Vous, semblables à la nuit sombre, Sur son âme, où vous faites l'ombre, Vous entassez l'obscurité.
Il peut tenir à son service Toute la force créatrice -, Les éléments lui sont soumis.
Vous lui faites de la nature Un vil infiniment de torture, De ses besoins des ennemis.
Il croîtrait dans le jour sublime Qui chasse les hiboux du crime, Qui rapproche grands & petits.
Prolongeant sa nuit de souffrance, Vous dépecez son ignorance A tous les charniers des partis.
Tous ses sens possèdent le monde :
Il fait de la foudre une fronde, Le feu s'attelle à son essieu, Le roi des mers suit son amorce, Il voit le globe & sent sa force, Il voit le ciel & nomme Dieu.
Il eft plongé jusqu'à l'aisselle Dans l'harmonie universelle, Dans l'amour qui coule à torrents.
Vous le jetez, vivante proie, Comme un esclave à la lamproie, A tous les viyiers des tyrans.
Il peut vivre, pure atmosphère, Au sein de l'homme, égal & frère, En Dieu, son sublime milieu.
Vous faites, insensés pygmées, Avec les hommes des armées, Des cultes de haine avec Dieu.
Et le jufte voile sa face, Laisse l'amour pour la menace, Oublie encor ses doux penchants, Et, dans une sainte colère, Saisissant le fouet populaire, Chasse du temple les marchands!